« Nous oeuvrerons pour que les résultats de la recherche se répercutent sur les rendements »
Après le périple de Tombouctou du 5 au 7 janvier, le ministre de l’Agriculture, Aghatam Ag Alassane et sa délégation se sont rendus dans la région de Gao qui, selon les responsables agricoles de la région, dispose d’énormes potentialités de terres cultivables estimées à 240 000 ha sur lesquelles une superficie de 110 000 ha irrigable dont 30 000 ha dans la seule vallée du fleuve Niger.
Le périmètre maraîcher des femmes de Bagoudié, dans la commune rurale de Gounzouré, a été le premier site à recevoir la délégation ministérielle. Démarré 2008, ce projet coopératif des femmes de la localité bénéficie du soutien financier et matériel de la FAO à travers le Programme national de sécurité alimentaire avec le projet Petite irrigation villageoise dans les régions de Mopti et de Gao.
Il est considéré par la Représente-résidente de l’organisation au Mali, Mariam Mahmat Nour, comme étant un exemple de réussite.
Selon la présidente de la coopérative des femmes, Mme Salamata Touré, le périmètre maraîcher est d’une superficie de 2 ha.
Entièrement clôturé par des grillages, pour la première campagne (2008-2009), les 206 femmes y ont cultivé du gombo et du maïs. Cette année, en plus de ces deux cultures, 1,5 ha ont été emblavés en échalote et 0,5 ha en pomme de terre.
Les engrais et les semences sont entièrement pris en charge par le projet. Dans le souci d’une bonne production agricole et du respect de l’environnement, le système de production du périmètre de Bagoundié est axé sur l’approche Gestion Intégrée de la Production et des Déprédateurs (GIPD). Et les femmes ont été formées dans ce sens.
Visiblement très ému, le ministre a souhaité « une très bonne campagne aux femmes », avant de prendre le chemin de la sous -station de recherche agronomique. « Vive le Mali. Vive l’agriculture », scandaient les élèves, à l’arrivée de la délégation ministérielle. « Vous avez vraiment raison. Le Mali, c’est l’agriculture », a lancé le président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture de Mali (APCAM), Bakary Togola.
Après cet accueil, les visiteurs du jour ont visité la collection vivante de palmiers et dattiers. Ces arbres fruitiers en expérimentation sont attaqués par la « cochini blanche », une maladie sous forme de poudre, qui entrave leur évolution. Les parcelles d’expérimentation du jujubier greffé ont le plus ému la délégation du ministre. Expérimenté dans « le jardin africain », un seul pied de cet arbre sauvage amélioré a un rendement de 50 à 100 kg.
Très délicieux, ses fruits peuvent valablement remplacer les dattes sous nos cieux. Dans cette station de recherche agronomique de Bagoundié, les techniciens agricoles ne disposent que trois bœufs et une charrue.
D’où l’absence d’un aménagement adéquat de parcelles en expérimentation. Toute chose que le ministre a déplorée. Il a invité les chercheurs à la perfection pour servir d’exemple aux paysans. « La recherche est le secret du développement agricole. Vous devrez avoir des parcelles exemplaires », a déclaré le ministre.
Après ce site, le ministre et sa délégation se sont rendus au périmètre maraîcher de Djidara, créé en 1962 et réhabilité en 2006 par le Programme national d’infrastructures rurales (PNIR).
D’une superficie aménagée de 5,5 ha, 76 exploitants évoluent sur ce site avec 6 femmes pour la vente des produits. On y cultive principalement de la carotte, de la betterave, de la pomme de terre, du melon, du concombre et du persil. Les maraîchers sont confrontés à des difficultés d’approvisionnement en intrants, l’exiguïté du site et le vieillissement du sol.
La boucle a été bouclée par la visite de la plaine de N’Jawa. Pour renforcer les acquis de l’opération d’urgence initiée en 2005 par le Programme alimentaire mondiale (PAM) contre les effets de l’attaque acridienne et la sécheresse de fin de cycle de la campagne 2004-2005, le PAM a entrepris, en juin 2006, une intervention prolongée de redressement dans le but de restaurer le potentiel productif de la région.
C’est dans cette optique qu’il a initié , en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, ce projet qui a abouti à l’aménagement de 55 ha destinés à la riziculture en submersion contrôlée.
Le coût du projet est estimé à environ 157 000 000 de FCFA. Selon les responsables du projet, leur intervention a permis le surcreusement du canal d’alimentation long de 3 273 m ; la réalisation de l’ouvrage de retenue (150 m) des eaux de ruissellement du Tilemsi et de 2 digues de raccordement (337 m) de part et d’autre de l’ouvrage de retenue et la consolidation de la digue de protection long de 915 m réalisée par les exploitants de la plaine avec l’appui du PAM en vivres contre travail (8T) d’une valeur de 1 400 000 de FCFA. Le PAM a également appuyé l’association des femmes de N’Jawa avec un moulin et une décortiqueuse et des matériels et semences maraîchères d’une valeur de 3 413 000 de FCFA.
Le projet a, en outre, doté l’association des exploitants de la plaine en équipements de pompage pour l’irrigation d’appoint des parcelles rizicoles et le maraîchage.
Les travaux d’aménagement, qui ont pris fin en juillet 2008, offrent, selon les services déconcentrés agricoles de Gao, une grande opportunité aux exploitants de la plaine d’accroître leurs productions rizicoles grâce à l’amélioration du rendement à l’hectare. La réalisation de ces ouvrages et surtout l’octroi de motopompes donnent plus de garantie de succès à cette submersion contrôlée.
Selon la direction régionale du Génie rural de Gao, avant l’aménagement de la plaine, c’est-à-dire lors de la submersion libre, le rendement moyen était de 800 Kg par ha.
De nos jours, avec l’aménagement, ce rendement passerait à 1 500 Kg à l’hectare. D’où la satisfaction totale de la Représente-résidante au Mali, Alice Martin Daihirou.
Au terme de la visite, le Président de l’APCAM, Bakary Togola, a jugé cette mission ministérielle d’une « importance capitale pour les paysans ». A le croire, une telle action de nos autorités constitue une source de motivation pour les acteurs du monde rural.
Selon lui, partout où il est passé, la campagne a été bonne. C’est pourquoi, il a lancé un appel pressant à tous les acteurs « pour aider les producteurs à garder les récoltes afin de mieux commercialiser » à la fin de la campagne. « Que chacun joue sa partition à travers l’information et la sensibilisation des producteurs », a-t-il indiqué.
Avant d’affirmer que l’agriculture, l’élevage et la pêche constituent un passage obligé pour le développement du Mali. Pour sa part, le ministre de l’Agriculture, Aghatam Ag Alassane, a été en contact avec des populations courageuses qui travaillent beaucoup malgré les difficultés du climat.« Leur disponibilité à faire toujours mieux, nous encourage beaucoup.
Il s’agira de cadrer les calendriers agricoles par rapport aux saisons en influençant le cours du fleuve Niger pour qu’il y ait suffisamment de crue. Il faudrait également améliorer les techniques culturales à travers l’encadrement des paysans pour accroître les rendements », a –t-il déclaré.
Il s’est, particulièrement, réjoui des efforts déployés par l’ensemble des coopératives agro-pastorales qui ont eu la chance de recevoir sa délégation.
« Les résultats de la campagne sont, dans l’ensemble, bons. Et les Maliens sont en train de développer un esprit d’économie rurale. Nous œuvrerons pour que les résultats de la recherche se répercutent sur les rendements. Partout où nous sommes passés, la disponibilité foncière et l’eau ne souffrent d’aucun doute. Toute chose qui nous encourage dans notre mission de mettre en œuvre l’ambition du président de la république de faire du Mali, le grenier de l’Afrique.
Il s’agit d’y croire », a affirmé le ministre qui a chaleureusement salué l’appui du président ATT dans l’accomplissement de sa mission.
Soumaila GUINDO
Envoyé spécial à Gao
13 Janvier 2010.