Depuis le démarrage de la transition, on ne sent pas un véritable fourmillement du nouveau gouvernement dans la conduite des affaires publiques. On a l’impression que l’équipe de M. Mahamadou Danda n’a pas véritablement pris fonction. Les membres du gouvernement nouvellement nommés ont brièvement occupé l’actualité à l’occasion de la publication de leur liste à travers les médias qui ont suffisamment parlé de la qualification et du parcours de chacun d’entre eux. Après cette phase, les nouveaux ministres se sont retirés presque de la scène publique. On les voit tout de même dans les visites des différents services rattachés à leurs départements ministériels sous forme de prise de contact. Mais visiblement ils traînent à embrasser les grandes questions relevant de leur tutelle. Le Premier ministre M. Mahamadou Danda, lui se consacre, pour le moment, à l’organisation des rencontres de la junte avec les différentes couches socioprofessionnelles du pays. Même dans les missions d’explication organisées en direction de leurs pays, on n’a pas encore constaté la présence du Premier Ministre. Il est évident que ce n’est pas le travail qui manque à la nouvelle équipe gouvernementale qui a hérité d’un pays où tout est presque à reconstruire après une gestion calamiteuse du président déchu, M. Tandja Mamadou.
Conformément à l’ordonnance portant organisation des pouvoirs publics durant la période de transition, le conseil suprême pour la restauration de la démocratie exerce le pouvoir législatif et exécutif et détermine les grandes orientations de l’Etat. Néanmoins, un Premier Ministre est nommé pour coordonner et conduire l’action gouvernementale en fonction des orientations définies par le CSRD. Même si les prérogatives du gouvernement sont bien délimitées, il ressort que cet organe occupe une place de choix dans cette période transitoire surtout que la même ordonnance ajoute que le président du CSRD qui est l’instance suprême peut faire une délégation du pouvoir à son Premier Ministre. Dans le cadre de la présente transition, le Premier Ministre a, au lendemain de sa nomination, donné le profil de son équipe qui, disait-il, sera constituée des technocrates moins marqués par la politique. A cet instant, M. Mahamadou Danda partageait certainement le souci de beaucoup de nigériens qui ont appelé depuis longtemps à une dépolitisation de l’administration publique. Au regard de la gravité du phénomène, les autorités de la transition de 1999 conduite par Daouda Malam Wanké ont été amenées à prendre une ordonnance qui fait la différence entre les postes techniques et les postes politiques. Malheureusement, cette disposition n’a jamais connu de succès avec les différents régimes qui se sont succédés.
Toutefois, après la publication de la liste portant gouvernement de la période transitoire, les espoirs des uns et des autres ont été quelque peu déçus car même si la nouvelle équipe de Mahamadou Danda est dominée par des technocrates, il n’en demeure pas moins qu’une impression se dégage relativement à des jeux d’influence qui ont présidé dans la formation dudit gouvernement pour faire place à des parents, amis, connaissances et alliés. Les nouvelles autorités ont dérogé à la tradition qui a voulu que les gouvernements de transition soient constitués des militants des différentes formations politiques en place, en optant pour une équipe de technocrates et apolitiques, pour être à l’abri certainement des jeux partisans. Ce choix peut avoir l’avantage de donner une équipe qui serait dans les principes portée exclusivement aux préoccupations et à la mission de l’Etat. Par contre, il prive le Premier Ministre et son gouvernement d’une base arrière constituée par des partis politiques qui peuvent être des vrais soutiens pour leurs militants qui siègent dans l’équipe gouvernementale dans leur rapport avec le CSRD. Par ailleurs, un gouvernement constitué des militants des partis politiques peut être un levier important pour la réconciliation au niveau de la classe politique à travers leurs représentants qui se rendront solidaires d’une gestion même transitoire. On sait que le CSRD a insisté sur la nécessité de réconcilier la classe politique et les nigériens entre eux pour aller de l’avant dans la restauration de la démocratie. En ce qui concerne la marge du gouvernement, gageons qu’après démarrage véritable de la transition avec l’installation du conseil consultatif, que l’équipe de M. Mahamadou Danda sera investie de pouvoirs nécessaires pour conduire à bien sa mission. Il faut reconnaître que les autorités de transition ont du pain sur la planche au regard des missions qui sont les leurs pour une période bien courte et un contexte plus ou moins délicat marqué par des divergences politiques créées par l’ancien régime et surtout par une situation économique désastreuse que seul un audit général suivi d’actes peut redresser.
Yahaya Garba