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Thierry Helsens-http://mali.blogs.liberation.fr/helsens/-25-11-09

Tirer vers le haut...

jeudi 26 novembre 2009

Je me souviens, lorsque j’étais étudiant et que je travaillais sur les chantiers pour financer mes études, il y avait toujours un imbécile pour me lancer de temps à autre : "C’est du travail d’arabe, ça".

Ça ne pouvait signifier qu’une chose, que j’avais mal bossé. Ce genre de réflexion, racisme ordinaire encore d’actualité en France, me reviens en mémoire quand sur des chantiers ou dans la vie de tous les jours au Mali j’entends des toubabous bien pensants me sortir une phrase du genre "de toute façon on est au Mali", ou encore "pour ici c’est bien ...." Comme si le fait d’être en Afrique ou au Mali justifiait que l’on accepte qu’un travail soit moins abouti, qu’une situation d’à peu près soit tolérée, parce que, bon, on est au Mali. C’est ce que j’appelle du racisme ordinaire, pas forcément dit méchamment, mais bon.

C’est exactement l’inverse de ce que l’on recherche normalement lorsque l’on fait de l’assistance technique, de la maîtrise d’œuvre, c’est-à-dire que l’on est censé aider à construire un pays, développer un secteur (l’alimentation en eau potable dans mon cas), former des communes à la maîtrise d’ouvrage.

Pourquoi je parle de tout ça ? Fin de l’année, bilan de ce qui a été réalisé en 2009 et donc préparation du travail avec les communes pour établir ce bilan et la programmation des trois prochaines années. En toile de fond, les objectifs du millénaire en 2015, les OMD, avec toute une palette d’objectifs dont le taux d’accès à l’eau potable. En 2000, l’objectif mondial était de réduire de moitié la fraction de la population qui n’y avait pas encore accès. Soit pour le Mali 75 % de la population. Bien sûr, les États ont toute latitude pour faire mieux, mais on sent que du côté de l’aide internationale c’est cet objectif qui sera visé, et si la crise internationale ne permet pas de faire mieux, ce n’est pas si grave que ça puisque ces fameux objectifs auront été atteints... Le Gouvernement de la République du Mali s’est fixé un taux d’accès de 82%, soit 7 points de mieux.

Vendredi dernier nous étions dans une commune du cercle de Ségou pour travailler sur cette fameuse programmation. Je pense que pour un maire et son conseil communal, le plus simple, même si ce ne sera pas réalisable d’un point de vue financier, est d’aborder le problème en disant "qu’est-ce que je dois faire, au minimum, pour résoudre les problèmes d’eau de ma commune ?". C’est-à-dire pour que tout village ou hameau possède au moins un point d’eau potable à proximité, pour que chaque personne puisse au moins bénéficier de 20 litres par jour à un prix décent.

Cette petite commune est composée d’un chef lieu de 7.000 habitants et d’une dizaine de villages dont deux sans aucun point d’eau potable et trois où les choses ont été faites à moitié. Après discussion avec le conseil communal, on convient, pour régler l’ensemble des problèmes d’eau potable de la commune de réaliser cinq nouveaux forages, de réhabiliter trois points d’eau et, pour le chef-lieu, de passer à un niveau supérieur : un petit réseau d’adduction avec château d’eau et, pourquoi pas, des robinets dans les concessions. Le tout bien sur après discussions car souvent les maires ont des ambitions au dessus des normes de la politique nationale. En général, pour une commune de taille moyenne, après avoir fait le bilan de ce qui existe et de ce qui manque, on arrive à un montant d’investissement nécessaire de l’ordre de 200 millions de FCFA (environ 300.000 euros). Pas excessif pour une commune d’environ 20.000 habitants, soit, mais avec 703 communes au Mali, on arrive vite fait à un total de plus de 200 milliards de FCFA soit, grosso modo, 300 millions d’euros.

Et finalement quand on aura terminé ce travail dans toutes les communes du Mali, il faudra bien se rendre à l’évidence, on ne pourra pas tout faire en trois ans, même pour les OMD. Il faudra faire des coupes sombres, expliquer que, bon, c’est bien beau toute cette programmation mais faute de de moyens on se limitera aux priorités et le reste attendra... L’Etat ne peut pas tout prendre en charge et l’aide internationale non plus, il faudra se contenter du minimum.

En réalité le plan national d’accès à l’eau potable a permis de chiffrer les besoins, pour les dix prochaines années, à 400 milliards de FCFA. Avec ça on résoudrait l’ensemble des problèmes et même un peu plus puisque l’on compte là-dedans des actions de formation, de renforcement des capacités, d’étude et de suivi de la ressource en eau, choses que l’on ne peut absolument pas négliger. On cherche aussi à "tirer vers le haut", mettre des robinets dans les maisons des centres plus importants plutôt que de laisser comme seul choix à la population d’aller à la pompe ou au puits, car c’est aussi ça le progrès et le développement. Et pas seulement savoir que l’on aura accès à l’eau toute l’année mais à 200 mètres de la maison.

Et j’en reviens au début de ma note : c’est pas mal pour le Mali que 75% de la population puisse avoir de l’eau potable, si l’on compare avec ce qu’il y avait avant. Mais pourquoi réduire de moitié ? Après, pour 2030, on plannifiera de réduire de moitié la partie restante, soit d’atteindre 87,5%, et ainsi de suite, un peu comme le paradoxe de Xénon d’Elée... vous connaissez ? La flèche qui n’atteint jamais son but car elle parcours toujours la moitié de ce qui reste à faire...

Thierry Helsens

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