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Youssouf Camara L’Indépendant, 19/04/2010

Système financier décentralisé au Mali : Une potentialité qui mérite plus d’attention de la part de l’Etat et des banques

mardi 20 avril 2010

Outil indispensable dans la lutte contre la pauvreté, les Systèmes financiers décentralisés (SFD) ou encore microfinance ont fait leur apparition au Mali en 1986 avec la création des Caisses villageoises d’épargne et de crédit autogérées (CVECA) du pays dogon suivie, une année plus tard, de Kafo Jiginew dans la zone cotonnière de Koutiala. Depuis les années 1990, le secteur a connu un essor considérable et représente de nos jours 40% de l’économie malienne. Aujourd’hui, il compte 58 institutions répertoriées par l’APIM - Mali pour 1 006 151 sociétaires, 3 129 emplois directs créés et un peu plus de 71 milliards de FCFA d’encours de crédit. Des chiffres encourageants mais insuffisants par rapport à l’objectif primordial du secteur qui est de permettre à 90% de la population malienne -exclue du service bancaire classique - d’accéder à des services financiers de proximité.

La microfinance est une réponse efficace à l’inclusion financière par la bancarisation de masse et la proposition de produits et services financiers adaptés aux besoins des populations marginalisées telles que les femmes et les jeunes.

Le secteur a connu son expansion au Mali dans les années 1990 avec la création de nombreuses institutions de microfinance sous l’impulsion de plusieurs bailleurs et opérateurs étrangers et la formalisation du cadre juridique. Celle-ci s’est matérialisée par la loi PARMEC qui, en dérogation à la loi bancaire, définit les conditions d’activité et les modalités de supervision des institutions de microfinance (IFM). Elle a été adoptée par les Etats membres de l’UMOA en fin 1993, qui fixe notamment le taux d’usure à 27%, exonère les IFM de la plupart des impôts et taxes et réserve l’exercice des activités de microfinance aux structures mutualistes, aux structures associatives ou commerciales pouvant signer des conventions-cadres quinquennales avec le ministère de l’Economie et des Finances.

"Le secteur de la microfinance se porte globalement bien. Elle contribue au développement économique et social du Mali, principalement pour les populations exclues du système bancaire classique. La microfinance est un financement alternatif qui complète le système bancaire ". Telle est la conviction du président de l’APIM, Alou Sidibé. Selon lui le secteur est devenu incontournable dans le développement socio-économique car ses 58 institutions comptent plus d’un million d’adhérents et ont octroyé plus de 71 milliards de FCFA en 2008.

Un secteur en proie à des difficultés

En dépit de ces avancées notoires, le secteur de la micro finance reste confronté à des difficultés et à des défis qui sont, entre autres :

Premièrement : la rareté de plus en plus croissante des financements auprès des banques locales due à la méconnaissance du secteur de la microfinance par le système bancaire, elle-même liée à l’absence de personnel qualifié pour le traitement des dossiers des QSFD, l’absence ou la faiblesse d’outils d’analyse spécifiques, l’absence de stratégie d’approche et de traitement des SFD au niveau des banques.

A ce sujet, le président de l’APIM, Alou Sidibé évoque ce qui s’est passé dernièrement dans le secteur avec certaines structures qui ont connu des cas de mauvaise gestion avérée. " Ce qui a fait peur aux banques, créé une certaine méfiance. Au niveau de l’APIM on est en train de travailler pour faire revenir cette confiance entre le système bancaire et les IMF parce que sans refinancement bancaire, c’est difficile pour les IMF de se développer, de faire face aux besoins de financement exprimé à leur niveau. Sachant qu’elles n’ont pas assez d’épargne car les clients sont majoritairement des gens à revenu faible, donc l’épargne n’est pas stable et il faut le compléter par le refinancement auprès du système bancaire " a-t-il ajouté.

Deuxièmement : les faiblesses en matière de gestion et de gouvernance au niveau de certaines institutions : elles se manifestent par les difficultés de production des informations financières et statistiques fiables, la mauvaise fonctionnalité des organes de gestion et la mauvaise gestion notoire au niveau de certaines structures. Troisièmement : la non éligibilité des SFD à la domiciliation des salaires et des pensions des citoyens, malgré la capacité de certains SFD à le faire et la forte demande des clients.

Quatrièmement : l’absence de mécanisme de garantie et de fonds spécial pour soutenir les SFD qui connaîtront des difficultés, donc pour protéger les déposants. Selon le président de l’APIM, l’Etat dans son rôle régalien, doit organiser la protection de l’épargne. Il y a lieu de réfléchir à un mécanisme. En effet, même dans les banques classiques, ce mécanisme n’est pas réellement en place. La crise économique a montré que l’Etat a le rôle de porter secours aux institutions en difficulté. Ce n’est pas une prime à la mauvaise gestion, mais plutôt pour sauvegarder un système.

Cinquièmement : la non éligibilité des SFD aux accords d’établissement de la banque centrale. C’est-à-dire que pour inciter les banques à refinancer les IMF il y a un système de la banque centrale qu’on appelle accord de classement qui permet à une banque qui finance une institution ou une société de se faire refinancer auprès de la banque centrale.

C’est-à-dire que quand vous octroyez 100 FCFA à une institution de microfinance, vous présentez le dossier à la banque centrale qui reconstitue soit les 100 F ou une partie.

Cela vous encourage à aller dans le sens du financement. Etant donné que les IMF sont aussi des créateurs de monnaie, ces institutions devraient être éligibles à cet accord de classement. L’Association est en négociation avec les autorités bancaires sur la question.

Sixièmement : l’appartenance du secteur à deux structures d’encadrement (la Cellule de contrôle et de surveillance des SFD et le Centre de promotion et d’appui des SFD) relevant relevant respectivement des ministères de l’Economie et des Finances et de l’Industrie, des investissements et du commerce.Aux dires de Alou Sidibé "cela pose dans la pratique des difficultés pratiques. C’est vrai qu’on peut séparer la fonction de contrôle de celle de promotion, mais dans beaucoup de pays, c’est dans le même ministère.

En les mettant dans deux départements différents, cela n’est pas de nature à faciliter la tâche aux institutions de microfinance, qui sont obligées de faire beaucoup d’aller-retour, coûteux pour nos petites structures qui ne sont pas toutes à Bamako ".

Septièmement : La crise économique qui s’est transformée en crise financière. Pour Alou Sidibé " certains diront qu’elle n’a pas touché la microfinance.A mon avis, l’économie étant un tout, on ne peut pas dire que cette crise a touché une partie des Maliens et pas l’autre. Non ! D’autant plus que nous, nous ciblons des populations vulnérables . On constate que lorsque l’argent devient cher, ceux qui sont les moins nantis le ressentent plus durement.

D’ailleurs, ils sont touchés de telle sorte qu’ils n’arrivent pas à satisfaire les besoins de base : nourriture, santé, éducation et même le logement. Dès lors que cette frange, qui mène des activités génératrices de revenus liées à la mobilité de l’argent, est touchée, il va de soi que les IMF soient aussi touchées ".

Le secteur a un bel avenir au Mali :

Avec plus d’un million de sociétaires, constituant 40% de l’économie malienne et plus de 71 milliards de FCFA d’encours de crédits, le secteur de la microfinance, dont l’apparition dans notre pays est récente,est, aujourd’hui, un acteur majeur de l’économie nationale. Son développement a été rapide et les populations pauvres se sont vite adaptées à ses services financiers octroyés dans des conditions généralement plus avantageuses que les services bancaires.

Les autorités ont vite reconnu l’importance de la microfinance qui est en réalité le système le mieux adapté à l’économie malienne car dominé en partie par le secteur informel.

Le cadre juridique et institutionnel n’a pas tardé à se mettre en place. Le président Amadou Toumani Touré, après son élection à la magistrature suprême, a vite exprimé son ambition pour le secteur de la microfinance. Ce qui l’amena à organiser une rencontre avec les acteurs en 2006 au Palais de Koulouba. Cette rencontre, première du genre, a été appréciée à sa juste valeur par les microfinanciers qui n’ont pas manqué d’évoquer les difficultés auxquelles ils sont confrontés, notamment l’épineux problème d’accès aux ressources longues. Force est, cependant, de reconnaitre que quatre ans après la rencontre de Koulouba, aucune action majeure de développement du secteur n’a vu le jour. Même si du côté de l’Etat on soutient le contraire en évoquant l’adoption de la stratégie nationale de développement du secteur, suivi des plans d’action nationaux dont le dernier en date couvre la période 2008-2012.

Dans ce dossier que nous consacrons à ce secteur stratégique, nous voulons surtout mettre en exergue l’importance de la microfinance dans l’économie malienne, ses enjeux, les défis auxquels elle fait face, mais aussi les appuis dont elle a besoin pour répondre davantage aux besoins du plus grand nombre de Maliens exclus du secteur bancaire classique. Aujourd’hui, les défis sont nombreux pour pérenniser le secteur de la microfinance au Mali. Pour cela, l’Etat est interpellé à s’impliquer pour professionnaliser la gestion des caisses souvent confondue avec la personnalité du premier responsable, faciliter l’accès des institutions du secteur aux ressources de la banque centrale, toute chose devant permettre " une réduction du coût de revenu de l’argent aux SFD " et, par conséquent, diminuer le taux d’intérêt pour leurs membres. Ceux-ci, à leur tour, doivent davantage faire preuve d’esprit d’entrepreu-nariat en faisant la distinction entre l’entreprise et les problèmes de la famille, en investissant l’argent prêté uniquement dans les activités de production de leurs unités. En tout cas, malgré des cas malheureux , comme celui arrivé à Jemeni, qui traverse une crise financière sans précédent, nous pensons que le secteur de la microfinance est promis à un bel avenir au Mali.

Youssouf CAMARA

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