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Cheick Tandina Le Quotidien de Bko, 10/03/2010

Stratégie sécuritaire du Mali : La tragédie du nord

mercredi 10 mars 2010

A propos du nord malien, plusieurs faits notables viennent d’être, coup sur coup, révélés à l’opinion publique. La libération de l’otage français, le rappel des ambassadeurs algérien et mauritanien à Alger et Nouakchott, la mise en place du commandement des unités spéciales, l’allègement de l’équipe technique chargée de la mise en application de l’Accord d’Alger, la session du conseil supérieur de défense. Voilà autant de faits qui traduisent la tragédie qui se joue dans le septentrion malien.

En rappelant leurs ambassadeurs respectifs, sous le fallacieux prétexte que le Mali a libéré des terroristes pour obtenir la libération d’un otage français, l’Algérie et la Mauritanie semblent encore plus réticentes à cautionner la volonté du chef de l’Etat malien de faire de la lutte contre le terrorisme, le narcotrafic et le trafic d’armes, une gestion concertée. Cela passe par l’organisation d’une conférence internationale sur la paix, l’insécurité et le développement dans la bande sahélo saharienne.

En prélude, le Mali a accordé à tous ses voisins le droit de poursuivre sur son territoire d’éventuels terroristes, trafiquants d’armes ou de stupéfiants. Jusqu’à la libération de Pierre Camatte, seul le Niger avait usé de ce droit. Or, il y a quelques jours, le monde a appris avec stupeur que des troupes algériennes et mauritaniennes ont pénétré le territoire malien pour arrêter quatre hommes supposés appartenir à AQMI ou d’être de mèche avec ce réseau terroriste. Que faut-il en penser ? Le pire.

Il semble que ces deux pays ont décidé de faire payer à leur voisin malien la décision de justice qui a fait mettre en liberté les présumés terroristes dont le seul tort, aux yeux de la justice malienne, est d’avoir illégalement franchi la frontière malienne, de détenir illégalement armes et munitions. Et s’ils se sont décidés à faire usage du droit de poursuite accordé par le Mali, ce n’est sûrement pas pour aider leur voisin à lutter efficacement contre le terrorisme et les trafics. En effet, tous les quatre hommes enlevés sont des Maliens.

Il est vrai que dans le Sahara, les ressortissants des différentes communautés nomades ont plusieurs nationalités, notamment, malienne, algérienne, nigérienne voire tchadienne. Cependant, rien ne semble indiquer que ces quatre hommes étaient connus des services de sécurité algériens et mauritaniens, qu’ils étaient en fuite, ou qu’ils se cachaient là où on les a enlevés. La seule certitude, c’est qu’ils sont de nationalité malienne. Et la bienséance et les règles de bonne collaboration militaire, sécuritaire et judiciaire veulent en la matière que le Mali soit averti au préalable des présomptions ou soupçons qui pèsent sur certains de ses ressortissants, que l’Algérie et la Mauritanie demandent, pour les appréhender, la collaboration des forces armées et de sécurité du Mali.

Et, dans l’impossibilité de satisfaire ces conditions, une fois arrêtés, ces hommes, qui sont quand même des Maliens, qui résident sur le territoire malien au moment de leur arrestation, ces hommes devaient être remis aux autorités maliennes pour une mise en examen. Rien ne justifie l’attitude de ces deux pays, sinon la provocation et la volonté d’amener le Mali à adopter une attitude tendant à renforcer leur obstination à refuser une rencontre internationale et une stratégie de lutte concertée et commune.

Les autorités maliennes semblent avoir compris les véritables motivations de leurs voisins. Toute en gardant largement ouvertes les portes du dialogue et de l’action avec tous ses voisins, le président de la République a tenu à prendre toutes ses responsabilités. La tenue de la récente session du Conseil supérieur de défense procède de cette démarche. En effet, lors de cette rencontre, d’importantes décisions ont été prises dans le cadre d’une lutte efficace contre les réseaux, y compris et surtout ceux transfrontaliers, de terroristes, de narcotrafiquants, de trafiquants d’armes, tous des marchands de mort.

Toutefois, le Conseil a aussi évoqué l’ampleur de la tâche, en l’absence de l’aide nécessaire de partenaires techniques et financiers. Ne dit-on pas que l’argent est le nerf de la guerre ? Or c’est bien à la guerre que se prépare le pays. Avec des moyens financiers, techniques aussi, extrêmement limités. Surtout si la guerre est déclenchée sur trois fronts : l’ennemi disséminé à l’intérieur, et deux voisins inamicaux et sournois.

Cheick Tandina

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