Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se retrouvent demain, samedi 17 octobre à Abuja, capitale fédérale du Nigéria, où ils plancheront sur des voies de sortie de crises socio-politiques que traversent la Guinée Conakry et le Niger.
Dadis, le capitaine Dadis président du CNDD a contre lui toute la communauté internationale après le carnage du 28 septembre 2009 qui a fait plus de 150 morts.
Le président Tandja avec le passage à la VIe république et la prolongation de son mandat, la classe politique est dans une rupture de dialogue.
Le Niger et la Guinée, deux pays de la sous-région en proie à des difficultés, feront donc l’objet d’une attention toute particulière des dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Ces deux pays ont en commun de voir une rupture de dialogue entre les acteurs de leur classe politique. Même si les tensions internes ne sont pas au même degré de profondeur, les conclusions ne sont pas moins attendues.
Le sommet du 17 octobre survient après la huitième session du groupe international de contact sur la Guinée tenue le 12 octobre dernier toujours à Abuja. Il sera certainement l’occasion pour le chef de l’Etat burkinabé Blaise Compaoré, nommé médiateur dans la crise guinéenne par le président en exercice de la CEDEAO, le Nigérian Umaru Yar’adua, de partager les conclusions de la rencontre qu’il a eue avec les parties guinéennes (junte au pouvoir et partis politiques de l’opposition et forces vives).
En apparence le dossier guinéen semble d’abord facile. Toutes les clameurs de partout convergent pour aboutir à la requête du départ du capitane Moussa Dadis Camara, président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et de toute la junte du pouvoir.
Alors que, même le gouvernement guinéen connaît de plus en plus des démissions. Pour au tant tout ce qui d’apparence présente des solutions clés en main, doivent pousser à une analyse plus profonde. Pour éviter d’en ajouter à la douleur, le chaos total. Le capitaine Dadis au lendemain des évènements
tragiques et barbares qui ont fait plus de 150 morts, confessait qu’il n’avait pas une capacité de maitrise de la grande muette, tout commandant en chef qu’il est.
Quoi qu’on dise, Abuja est un tournant et les yeux de la communauté internationale sont rivés sur la capitale fédérale du Nigéria. Que faudrait -il attendre de cette rencontre ? Suivre la tendance générale qui appelle au départ de Dadis, le voire traduire devant les instances judiciaires internationales ? Discuter avec tous les acteurs dans le but de renouer le fil du dialogue pour une sortie sans tumulte de cette zone à hauts risques ? Ou alors intervenir militairement si toutefois Dadis et le CNDD refusent de partir ? Ce sont certainement des questions qui trouveront réponse au soir du 17 octobre 2009.
A côté de ce dossier brûlant de la Guinée, un autre tout aussi chaud attend les chefs d’Etat et de gouvernement en cette fin de semaine. Celui du Niger où le dilemme est suffisamment grand. Entre le pouvoir de Niamey et l’opposition, la rupture de dialogue confine maintenant à une question d’honneur. La quadrature du cercle est plus qu’évidente dans cette logique de la confrontation sur fond d’interprétation des textes fondamentaux qui a abouti au passage de la VIème république. Le tout sur prolongation du mandat du président Mamadou Tandja.
Il faudrait aux chefs d’Etat et de gouvernement non seulement renouer le fil du dialogue aussi, mais faire en sorte qu’aucune partie ne perde la face. Pour l’intérêt supérieur de la nation nigérienne. Comment parvenir alors à faire accepter à l’opposition d’aller aux élections législatives dont elle conteste la légalité, ou comment parvenir à faire reculer Tandja sans qu’il ne se dédise en termes de négation de la nouvelle VIe république ?
Il est indéniable que ce genre de rencontres au sommet illustre à souhait le proverbe populaire qui dit que "quand la maison de ton voisin brûle, apporte-lui l’aide nécessaire". Car l’instabilité d’un Etat rend fébrile la sous-région. Lorsque dans la même sphère deux Etats présentent des symptômes en mesure de conduire vers des clashes, alors que d’autres ne sont pas encore totalement rétablies, mieux vaut prendre les devants. Avec toute la diplomatie qui sied. Et toute la sagesse telle que nous enseignent nos cultures. Voici pourquoi Abuja est à saluer. Voici aussi pourquoi les différentes parties doivent au- delà de toutes considérations d’intérêt personnel, voire l’intérêt global.
Mais pour l’histoire, et pour l’exemple, il faudra trancher à Abuja ce samedi 17 octobre quelques deux semaines après le gâchis humain perpétré par les militaires guinéens sur la population. Il faudra aussi amener tous les Etats qui ratifient les traités de nos organisations sous régionales, à les respecter. Voici pourquoi les conclusions de ce sommet sont attendues, des Guinéens, des Nigériens, mais aussi de toute la communauté internationale.
Abuja, pour ce faire, est donc un tournant important dans une prise de position qui doit ramener d’abord la confiance au sein d’une population guinéenne traumatisée et pour les politiques du Niger et de la Guinée divisés.
Jean Philippe Tougouma