Les agences de presse des deux rives de la Méditerranée doivent tenir compte de la "dimension humaine" dans leur traitement du phénomène migratoire, ont plaidé hier, à Alger des représentants d’agences meditérranéennes lors du séminaire sur l’immigration clandestine tenu au siège de l’APS. "Il faut soutenir l’information factuelle concernant ce sujet par des reportages (écrits, photos et vidéos) pour refléter fidèlement la signification du phénomène de la migration, en faisant parler les individus tentés par l’aventure en Europe", ont indiqué les intervenants au séminaire organisé à la veille de l’assemblée générale de l’Alliance des agences de presse de Méditerranée (AMAN). Les agences de presse, en tant que fournisseurs d’informations de base, ont la possibilité d’offrir "une palette plus large", car en plus du factuel l’information peut être davantage enrichie dans le but de permettre au public de disposer d’une information globale et fournie, ont-ils expliqué.
Le directeur général de l’APS, M. Nacer Mehal, a indiqué, dans ce contexte, que le phénomène migratoire apparaît pour certains pays du nord de la Méditerranée comme étant un danger pour leur survie. "On sait qu’en Europe, il y a eu la peur des migrants venant des pays de l’est du continent et, à présent, on cultive cette appréhension envers l’autre" (de la rive sud de la Méditerranée), a-t-il expliqué, qualifiant cet état d’esprit de "raciste" et de "xénophobe". Il a en outre qualifié de "grave" ce qui est appelée l’"immigration choisie" dans la mesure où l’Europe accepte dans ce cas des compétences formées dans les pays de la rive sud de la Méditerranée. "A cet égard, ces pays se retrouvent doublement pénalisés, quand on évalue l’investissemnt qui est fait par ces pays en temps et moyens pour la formation de ces cadres ", a-t-il dit, estimant qu’il s’agit d’une autre forme de discrimination organisée et officialisée par des gouvernements. M. Mehal a indiqué que le rôle de l’agence de presse consiste à "ne pas aggraver la peur du danger, mais à chercher la vérité", soulignant que l’agence ne doit pas, par exemple, donner un échos très large ni même relayer le discours extrémiste prônant le racisme et la xénophobie.
Pour Nicolas Milelitch, responsable à l’AFP, on voit un sentiment de repli et de refus de l’autre en Europe, qui est aggravé par la crise économique, a-t-il dit, relevant que le rôle des agences de presse est justement de rendre compte du phénomène en faisant parler les différents acteurs (les concernés, les politiciens, les décideurs).
Le rôle des agences de presse dans le traitement du phénomène
Le séminaire, auquel prend part notamment le président de l’AMAN, M. Jose Manuel Barroso, outre les directeurs et représentants des différentes agences de presse des pays méditerranéens, a été animé par M. Musette Mohamed Saïb chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD).
Son intervention s’est articulée, en premier lieu, sur le rôle des agences de presse dans le traitement des événements liés au phénomène de l’immigration en général et l’immigration clandestine, en particulier. Vu l’ampleur que connaît l’immigration clandestine, ces dernières années, dans le bassin méditerranéen, les intervenants ont souligné la nécessité d’agir face à ce phénomène et aux multiples problèmes qu’il engendre dans les pays touchés. Ils ont soutenu, à cet effet, que les agences de presse doivent jouer un rôle "constructif" et "efficace" dans le traitement de ce problème, en veillant notamment sur "la sélection des termes et des phrases" à utiliser et de mener un "travail approfondi" pour éclairer le lecteur sur la vraie définition du phénomène de l’immigration clandestine et les raisons qui poussent les populations à quitter leur pays.
Plus de rigueur
Les agences de presse ont un rôle important dans le traitement du phénomène de l’immigration clandestine, d’où la nécessité d’aborder avec "plus de rigueur" cette question, notamment lorsqu’il s’agit des termes utilisés à ce sujet, a estimé, hier, à Alger, le chercheur Musette Mohamed Saïb.
M. Musette a plaidé à cet effet pour l’adoption du concept de "migration irrégulière", qui, a-t-il dit, a un fondement juridique, au lieu d’utiliser les termes d’"immigration clandestine, immigration illégale ou simplement parler des sans-papiers".
Ce chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD), a estimé qu’"il est préférable donc d’adopter les termes de migration régulière et migration irrégulière". Le chercheur a insisté sur la manière avec laquelle les médias, et à leur tête les agences de presse, doivent traiter la question des migrations irrégulières "notamment dans le cadre des droits de l’homme".
"Il faut se rapprocher du concept des droits de l’homme et trouver l’équilibre dans les termes choisis dans le traitement de ce phénomène", a-t-il dit, soulignant la nécessité de trouver le juste milieu avec des termes adéquats pour que la presse traite avec plus de justesse ce phénomène. M. Musette a rappelé en outre, que la migration est un acte naturel et que toute personne a le droit de quitter son pays et d’y retourner. Tenant compte des différents changements constatés au niveau planétaire (politiques, économiques, climatiques, socioculturels...), il a affirmé que la migration "ne cessera jamais" et qu’"il y aura encore plus de mouvements migratoires à travers le monde touchant tant les pays pauvres que les pays développés". A cet effet, pour bien cerner le phénomène, il a estimé qu’"il est nécessaire donc de chercher et définir en premier lieu "la question de l’immigration, ses raisons, et ses effets économiques, sociaux et culturels".
Evoquant le "travail extraordinaire" effectué par la presse dans la transmission de l’information relative à ce phénomène, le chercheur a toutefois jugé que celle-ci "dramatise la situation", notamment par les termes utilisés, tels que "catastrophe, déferlement, vague d’immigrants, arrivée massive etc". "Il y a parfois de l’exagération dans les termes et les expressions utilisés dans le traitement du sujet, alors que chaque mot a un sens et toute phrase peut provoquer une polémique".