La réunion qui a regroupé mardi à Alger les ministres des Affaires étrangères des pays sahélo-sahariens tombe dans l’après libération de Pierre Camatte, ce Français enlevé et détenu par AQMI pendant plusieurs mois. Cette rencontre a tout l’air d’une remontrance, à tout le moins, il s’agissait pour Alger de s’ériger en donneur de leçons à des élèves qui n’ont apparemment bien appris les consignes données.
L’objectif de cette réunion selon des organes de presse algériens était surtout de rappeler aux pays sahélo-sahariens leur devoir de combattre le fléau du terrorisme. Ce devoir de mémoire est réservé aux autres pays, l’Algérie en est exempte. Puisque selon des confrères algériens, le pays de Boutef a déjà acquis une expérience estimable dans la lutte contre le terrorisme et dispose de moyens importants. En clair, le phénomène est connu en Algérie, et c’est nouveau pour les autres nations. Toute chose qui donne raison au président ATT selon lequel les menaces du terrorisme viennent d’ailleurs et non du Mali.
À y voir de près le voisin algérien semble rappeler aux autres pays qu’ils dépourvus de moyens matériels et humains susceptibles de faire face à un fléau transfrontalier et très redoutable. Et que donc elle seule sait comment s’y prendre avec ces terroristes qui ne lui sont pas étrangers. Il s’agissait donc de faire comprendre à ces pays comme le nôtre toute leur vulnérabilité face au phénomène nouveau : l’intrusion de groupes terroristes dans la région. C’est surtout ça le véritable défi du point de vue du voisin algérien. Sinon, le banditisme et les trafics de drogue et de cigarettes ont cours dans cette zone depuis longtemps. C’est pourquoi certains observateurs n’hésitent guère à postuler que l’Algérie entend associer ses voisins à sa « sale guerre » contre ses fils apatrides. Pour ce faire, elle fait digérer par ses voisins qu’ils ont besoin d’aide, et s’active sur ce terrain. Pour preuve, l’Algérie a envoyé, il y a quelques mois, du matériel militaire pour aider les forces maliennes à combattre le terrorisme. Elle a également débloqué, dans le cadre de l’accord d’Alger de juillet 2006, une somme d’au moins 10 millions de dollars pour la construction d’infrastructures de base dans le nord de ce pays. En contrepartie, Boutef demande plus de fermeté à ses voisins dans le traitement des terroristes –dont les chefs sont pour la plupart des Algériens-. Et c’est sans doute ce que l’Algérie a réaffirmé hier mardi aux chefs de la diplomatie des pays de la bande sahélo-saharienne. En clair, elle leur a demandé de rendre les frontières plus étanches -ce qui n’est pas du tout facile- et limiter l’intrusion de terroristes dans la région. Il faut espérer que les leçons données soient bien apprises cette fois-ci.
Issiaka Sissoko