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SUdOnLine.sn / Mame Aly KontéSud Quotidien 09-11-09

Sahel. Agroecologie et développement rural : Les oasis de prospérité arrivent

lundi 9 novembre 2009

Copenhague arrive à grands pas avec son sommet mondial sur le climat et ses promesses, mais les solutions pour sortir le monde de ses mutations sociales, économiques et agricoles actuelles ont encore du mal à être trouvées. Depuis quelques années, assis à l’ombre de quelques palmiers oubliés dans le sahel des hommes et des femmes s’attellent à trouver une solution à la pauvreté croissante des campagnes africaines, au manque d’eau et au « grand vide » qui caractérise leur environnement.

En plein dans les changements climatiques, les pays du Sahel du Sénégal au Niger en passant par le Mali et le Burkina Faso, sont aujourd’hui confrontés à des multiples périls qui ont contribué à bloquer la croissance de l’agriculture. Entre l’érosion des sols, le surpâturage, la déforestation, l’exode des populations rurales vers la ville, les périls sont nombreux. S’ajoute à tout cela, le changement rapide de modèle d’agriculture, (d’une agriculture vivrière, on est passé à une agriculture de rente), qui est venue aggraver une situation déjà compromise. S’en est suivi, un énorme gâchis né de la ruine des paysans, de la dépendance aux intrants, de l’exode ou la migration.

Au Sénégal, à Ndiamane, petit village de 4000 habitants, situé dans le département de Mbour, à quelques kilomètres de la petite cité balnéaire de Nianing, est née depuis le début des années 2000, cette idée des oasis reforestées, espace que le village a eu le privilège d’abriter à travers un de ses centres modèles les plus prometteurs. Un puits, une haie vive, de l’eau et voilà que la vie est belle avec ses bananiers, ses manguiers qui trouvent un terrain propice à faire travailler les jeunes, à les insérer dans les activités économiques. A les fixer définitivement sur leur terroir, aux côtés de leur famille.

L’idée, sans être extraordinaire, est venue d’un homme du monde adepte de l’agriculture biologique, M. Pierre Gevaert (lire le portrait qui lui a été consacré), qui dans le cadre d’un partenariat entre l’association Sahel People Service (France) et l’Aide aux forces vives africaines par la formation à l’agroécologie plus connue sous le nom d’Afafa, a posé les jalons de ce programme ambitieux dans la zone sahélienne.

« Le programme est à l’œuvre aujourd’hui, selon Anita Pellegrinelli Castan, Présidente de Sps, Chargée de mission International au niveau de l’Association « Terre et Humanisme », au Mali, au Burkina Faso et au Sénégal. Au Mali, il faut signaler que le projet a démarré d’ailleurs depuis 20 ans alors qu’ici au Sénégal, il n’a débuté que depuis 2007. Au Burkina Faso, poursuit la responsable, c’est depuis l’époque de Thomas Sankara qu’on avait pensé à cette idée d’oasis pour lutter contre la pauvreté et la désertification. Mais, avec l’instabilité politique depuis le coup d’Etat d’octobre 1987 et la mort de Sankara, nous avons été bloqués. Aujourd’hui, avec le nouveau ministre de l’Agriculture, on sent un timide changement et l’on se pose encore des questions sur l’utilité et le probable retour à l’agroécologie… »

Depuis 2007, Sps et Afafa ont décidé de travailler dans une parfaite synergie avec les petites associations villageoises ; histoire d’améliorer les conditions de vie des populations rurales de l’ancien bassin arachidier au Sénégal.

Le dispositif du programme est ainsi simple. Avec la création d’oasis en pleine remise au vert par la reforestation, il a permis d’asseoir les bases de la lutte contre la désertification, l’initiation à l’agroécologie, l’autonomie et la souveraineté alimentaire jusqu’à un certain niveau. Durant la première année d’activité de ce projet qui a démarré en 2007, quelque 24 puits ont été aménagés et les paysans ont pu travailler toute l’année, sans attendre l’arrivée de la pluie.

Sur des terres composées à 75% d’argile, le labour et la capitalisation de l’eau sont des problèmes pour les vieux paysans établis dans les villages. Il fallait par conséquent, pour relever le niveau de vie de ces gens quasiment abandonnés à eux-mêmes trouver les clés de l’espoir en inventant des activités qui aideraient à fixer les jeunes et à les intéresser aux productions agricoles de terroir. Amender les sols par un apport en matière organique, et permettre aux paysans de reprendre goût à l’agriculture, voilà le principal pari du programme au départ.

Avec la technique dite du « sous-solage » qui a permis de travailler le sol en profondeur El Hadji Hamat Hane et son équipe ont pu changer le cours des choses, en le remuant jusqu’à 60 cm de profondeur avec des traces de lignes qui permettent d’emmagasiner tous les résidus issus du déplacement des matières flottantes poussées par le vent. Et dès les premières pluies, avec l’eau qui arrive, le sol se gonfle en emprisonnant toutes ces matières et dès que l’on met une plantation de céréale, les semis se développent rapidement. « L’intérêt d’une telle technique c’est de permettre à la plante d’aller chercher la nourriture en profondeur. Et l’on sait que cela permet avec le compost, le développement des racines ; ce qui fait que le sol devient plus léger et plus facile à labourer. L’autre intérêt du sous-solage, ajoute Joseph Lucas, Formateur en agroécologie, membre du projet, est d’éviter qu’il y ait une stagnation de l’eau à l’intérieur du sol qui va rester un minimum aéré, pour permettre aux racines et aux autres êtres vivants de vivre en harmonie. »

La méthode paraît simple et ses résultats commencent à se faire sentir. Au départ, la Sps et l’Afafa proposent des avances de trésorerie remboursables sur trois ans, aux paysans sénégalais afin que chacun d’eux creuse un puits à usage agricole à raison de 450 euros (180.000 Fcfa) par puits. Cette somme, signalent les initiateurs du projet est payable en 36 mois. L’on commence d’ailleurs à atteindre le principal résultat qui était visé en ce que la reconquête de ces terres a permis de fixer nombre de jeunes du village de Ndiamane dans leur terroir.

C’était l’un des objectifs de son fondateur, Pierre Gevaert. Et le centre d’expérimentation et de formation à l’agroécologie dont s’est doté le programme dans la localité de Ndiamane, en région sérére, est un modèle de réussite et la preuve qu’avec peu de moyens, on peut conjurer le sort et enrichir ces zones sèches par la maîtrise de l’eau.

Des secrets du partage

Un véritable laboratoire de recherche, voilà à quoi devrait ressembler en définitive, l’oasis reforestée. Au sein de ces paradis perdu dans les zones sèches, le travail s’organise autour d’un certain nombre d’objectifs dont la création de diguettes anti-érosives plantées de vétiver pour empêcher l’érosion pluviale et de haies vives pour freiner la divagation des animaux.

Il n’y a guère, une tournée dans le delta du Saloum à Dassilamé sérère dans l’arrondissement de Toubacouta, a montré les limites d’aménagement de zones de développement de la culture des oignons, de la pomme de terre, sur des sols pourtant bien arrosés, à cause de l’absence d’un rideau de protection contre les vents, la divagation des animaux. Les jeunes désespérés, exprimaient ainsi au cours d’une réunion leur désarroi.

Autre objectif, la fabrication de compost et de pesticides naturels, l’interdiction de brûler les matières organiques qui servent au compost. Aussi et encore, l’interdiction d’utiliser les engrais chimiques, des pesticides dangereux, de puiser l’eau avec une motopompe. S’y ajoute la pratique souhaitée de la reforestation en saison humide et la plantation d’euphorbe sur les pentes versantes des grands champs.

Six personnes natives de la zone animent aujourd’hui le projet sur un terrain d’une superficie de 7 hectares. Doté d’une petite éolienne, de six cases, le centre a pour vocation d’assurer le partage du savoir entre les initiateurs et les populations locales. Il s’agit d’espace de conseils et de suivi technique, d’alphabétisation des familles paysannes en langues nationales et de formation à l’agroécologie des familles paysannes.

Pour Anita Pellegrinelli Castan, « Il s’agit d’asseoir un triple partenariat avec les communautés de lutter contre la désertification par la création d’oasis reforestées, de permettre aux familles paysannes, d’accéder à une autonomie et une souveraineté alimentaire tout en respectant l’environnement par une gestion économe des ressources naturelles. »

Ici, ajoute cette autre passionnée d’écologie, « les conditions sont beaucoup moins rudes qu’au Mali. Et elles peuvent s’améliorer beaucoup plus vite. A partir du moment on développe quelque chose, on a envie d’aller jusqu’au bout… » El Hadji Hamat Hane, Coordonnateur du projet confirme que , « Tout au début, on avait envie de voir les difficultés du monde paysan. Au début, c’était comme l’entrée du site : le vide. Il n’yavait rien ici. Et pourtant, il y avait du disponible. Pour dire que ce n’était pas la misère et qu’on pouvait y faire quelque chose. »

El Hadji Hamat Hane de poursuivre, « j’avais la chance de pouvoir faire des rapports avec les partenaires. Et, tout cela a facilité les choses. L’autre chance était qu’il y avait ici des gens avec lesquels, on pouvait faire des choses sur la base d’un cadre planifié et partagé. Les gens d’ici, ont aussi cette chance de bien connaître et d’en vivre. »

Présent sur la Petite côte depuis quelques années, il sait de quoi il parle. Il signale ainsi qu’il s’agit d’une zone où nombre de projets ont connu des lendemains difficiles. Il fallait donc montrer, à l’en croire, que d’autres chemins que le tourisme étaient possibles et pouvaient annoncer des lendemains meilleurs pour tous ces gens des villages habitués ou presque aux rigueurs de la vie. Des gens à qui il fallait prouver qu’au-delà de la mentalité d’assistés à laquelle on voulait les confiner, il en existait d’autres par la voie de l’agriculture biologique.

Les airs d’un futur jardin d’Eden

Vivre dans un environnement sain avec des ressources propres qu’on exploite, voilà l’autre défi par Pierre Gevaert. A Ndiamane, d’autres petites merveilles sont sorties du partage avec les populations : les fourneaux à bois économe.

Pour sortir ces femmes de la logique de gaspillage des sources d’énergies comme le bois, il leur a été proposé un fourneau économe à bois, sous la forme d’un curseur solaire remboursable en 10 voire 18 mois. Dans une bonne partie du continent où les femmes sont obligées de plus en plus de faire plusieurs kilomètres à pied ou à dos d’ânes pour trouver du bois nécessaire à la cuisson des aliments, ces fourneaux sont une aubaine. Ces fourneaux font ainsi partie d’une initiative conjointe que les deux associations ont signé avec une autre du nom « Bolivia Inti Soleil » dans la conception d’outils adaptés aux besoins de ces femmes en alliant efficacité thermique et économie du bois. Le défi est là. D’un coût estimé à quelque 50 euros par fourneau. L’un des points faibles de la révolution rurale en Afrique reste sans doute la gestion de la ressource en bois. A côté de l’eau, c’est la seule source de vie dont ne peuvent se passer les populations africaines, même celles qui vivent à côté des forêts au Congo, au Gabon, au Cameroun… Si au début du projet, ces fourneaux étaient produits par des artisans locaux, leur qualité inégale a fait qu’un atelier a été construit pour assurer le suivi de leur fabrication et en qualité. Pour les responsables la mise en place des fours initiée au début pour soutenir le projet. Responsable de l’atelier, Gora Ndour, signale que « la production était assez lente au départ, mais depuis quelque temps, nous en fabriquons un peu et nous sommes très sollicités par les gens qui ont entendu parler du projet. Nous avons surtout amélioré la qualité des fourneaux, qui se faisait avec un de la tôle recyclée, par un isolant qui permet de maintenir la quantité de chaleur contenue dans le fer galva. » Projet à succès, le fourneau à bois économe fait partie des succès de ce projet. Et à en croire les principaux animateurs, la demande ne cesse de croître autant dans le village de Ndiamane que dans ceux proches de la localité.

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