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Oumar NDIAYE et Omar DIOUF-http://www.lesoleil.sn/-10-12-09

Rencontre avec Etran Finatawa, orchestre nigérien : Quand la musique porte plus l’identité que les armes

vendredi 11 décembre 2009

La musique touarègue se porte bien aujourd’hui avec de grands groupes comme Tinariven et Etran Finatawa. Une musique qui a plus porté l’identité touarègue que les armes, selon Al Housseyni Mouhamed Anivola, chanteur du groupe nigérien Etran Finatawa.

Ils n’étaient pas dépaysés en venant à Lompoul pour la première édition du festival du Sahel. Les membres du groupe Etran Finatawa, composé de cinq musiciens Touareg et Peuls wodaabe habitent dans le désert nigérien. Un endroit qui ressemble à bien des égards à la zone de Lompoul avec son climat et ses dunes de sables. Etran Finatawa, qui signifie les « étoiles de la tradition » dans les deux langues touarègue et peule, joue un mélange de sonorités propres à leur terroir. Deux guitares électriques, un petit tambour et deux calebasses renversées dans un récipient d’eau accompagnés de chants en tamashek et peul. Si les Peuls wodaabé ne sont pas bien connus, c’est tout le contraire des Touareg. Ce peuple nomade qui vit dans le désert du Sahara entre la Libye, l’Algérie, le Mali, le Niger s’est signalé ces dernières années par une rébellion armée. Des velléités d’indépendance et de prise en compte de leurs traditions souvent négligées dans ces pays les ont poussé à prendre les armes. Mais, aujourd’hui, la rébellion touarègue a cessé dans ces nombreux pays. S’ils se sont fait connaître par les armes, les Touareg ont aussi parlé d’eux avec leur musique. Une musique portée aujourd’hui par de grands groupes comme Tinariven du Mali ou Etran Finatawa du Mali.

Selon Al Housseyni Mouhamed Anivola, chanteur du groupe Etran Finatawa, les Touareg ont toujours joué de la musique. « C’est avec les armes que les Touareg se sont plus fait connaître, mais nous avons fait de la musique avant la rébellion. Un nomade est un vrai artiste. Quand tu es avec tes animaux dans le désert, tu fais de la poésie et tu chantes sur la vie, les pâturages, etc. le désert lors des cérémonies traditionnelles. « On le faisait aussi pour chanter nos problèmes. C’est après qu’on a ouvert notre musique aux autres », justifie Al Housseyni.

Mariage réussi entre musique traditionnelle et moderne

Aujourd’hui, la musique touarègue fait partie des plus grands ambassadeurs de la culture de ce peuple du désert. Etran Finatawa et Tinariven sont visibles dans toutes les télévisions du monde avec aussi des tournées dans beaucoup de pays. Ce qui fait dire à Al Housseyni que la musique a plus pris en compte l’identité touarègue que les armes. « La rébellion n’a pas fait une barrière à la musique touarègue. La musique a joué un grand rôle dans la revendication de l’identité touarègue. La musique a soulagé beaucoup de personnes qui sont blessées, malheureuses dans les événements. Elle a beaucoup contribué à la baisse de la violence chez les Touareg », souligne Al Housseyni.

La musique touarègue jouée dans les cérémonies était traditionnelle avec des instruments locaux. Mais, aujourd’hui, les groupes Tinariven et Etran Finatawa jouent avec des instruments traditionnels et modernes dont la guitare. « Cela a commencé vers les années 80. Il y a des jeunes qui sont partis en Libye. Ils ont appris la guitare là-bas et, après ils sont venus greffer la guitare à nos instruments traditionnels. Avant ce sont les femmes qui faisaient de la musique. C’est quand les hommes ont commencé à faire de la musique qu’on a vu la guitare chez les Touareg. Le mélange a réussi entre la guitare et les instruments traditionnels », explique Al Housseyni. Autre mariage musical réussi chez le groupe Etran Finatawa, l’alliance entre les sonorités tamashek des Touareg et celles des Peuls wodaabé. Deux peuples voisins, mais avec des différences dans la musique. « On a des instruments et des voix touarègues et peuls. Il n’y a aucune ressemblance. En musique, quand vous décidez d’être ensemble, vous pouvez le faire malgré vos différences, justifie le lead-vocal de Etran Finatawa.

Comme Tinariven composé essentiellement de Touareg, Etran Finatawa porte la culture de ce peuple nomade en bandoulière. Une culture que les Touareg avaient peur de perdre. D’où leur entrée dans une rébellion contre leurs Etats respectifs. Mais, aujourd’hui, selon Al Housseyni, cette crainte n’est plus là. Avant, dit-il, il y en avait. C’est cela qui avait amené ces cas de rébellion, selon le musicien nigérien. Il trouve qu’il y a maintenant des gens qui luttent pour que les Touareg ne perdent pas leurs coutumes comme les artistes qui font de la musique touarègue et qui s’habillent avec des tenues traditionnelles et qui gardent toute cette culture. Et encore, confie Al Housseyni, il y a des jeunes qui font de la musique, des tentes touarègue. La culture a trouvé son chemin. Un chemin sans les armes...

Oumar NDIAYE et Omar DIOUF

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