NIAMEY (Reuters) - Le président nigérien Mamadou Tandja a procédé lundi à un remaniement du gouvernement, maintenant à son poste le Premier ministre Seini Oumarou et nommant huit nouvelles personnalités. "Sur proposition du Premier ministre, (...) le président de la République a signé (...) un décret portant remaniement du gouvernement", a rapporté la radio d’Etat avant de diffuser la composition d’une équipe de 33 membres comme la précédente.
C’est la première mesure du président Tandja depuis qu’il s’est adjugé les pleins pouvoirs vendredi dernier, après le refus de la Cour constitutionnelle d’avaliser son projet de référendum sur une nouvelle constitution devant lui permettre de rester au pouvoir trois années supplémentaires.
Les huit nouveaux ministres appartiennent tous à des organisations soutenant le projet de référendum constitutionnel. Ils succèdent à des membres de la Convention démocratique et sociale (CDS) qui ont démissionné la semaine dernière pour marquer leur opposition à cette consultation.
Parmi les ministres reconduits figurent Albadé Abouba (Intérieur), Aichatou Mindaoudou (Affaires étrangères), Ali Lamine Zeine (Economie et finances) et Jida Amadou (Défense nationale).
Le président Tandja, 71 ans, achève le 22 décembre un second mandat de cinq ans, sans possibilité de briguer sa réélection aux termes de la constitution en vigueur depuis 1999. Cette Loi interdit également toute modification de la durée du mandat.
Mais le chef de l’Etat a convoqué les électeurs aux urnes le 4 août pour qu’ils se prononcent sur son projet de référendum. Le 12 juin, la Cour constitutionnelle avait annulé son décret, jugeant le scrutin contraire à la constitution.
L’UNION AFRICAINE CRAINT DES "DÉRAPAGES" Le projet a suscité des manifestations de l’opposition et des syndicats. Il a aussi été dénoncé par des institutions régionales comme la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Lundi, Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine (UA), a dit craindre des "dérapages" dans le pays.
"La situation actuelle nous interpelle. Elle nous fait craindre des dérapages", a-t-il déclaré à RFI. "Lorsqu’il y a des changements de constitution, nous regardons s’ils sont conformes à la constitution, si la constitution permet des changements. Ce qui ne semble pas être le cas ici", a-t-il relevé.
Un sommet de l’UA est prévu mercredi à Syrte, en Libye. Depuis vendredi, le président Tandja s’est accordé des "pouvoirs exceptionnels", invoquant la constitution qui l’y autorise lorsque le fonctionnement normal des pouvoirs publics et les engagements de l’Etat sont menacés.
Ce week-end, le ministre de l’Intérieur Albadé Abouba a annoncé que le référendum sur une nouvelle constitution aurait "bel et bien lieu" le 4 août prochain.
Abdoulaye Massalatchi, version française Philippe Bas-Rabérin et Henri-Pierre André