De l’analyse des informations les plus récentes disponibles sur la pauvreté au Mali, il ressort que la majorité des Maliens sont pauvres. Cette pauvreté est deux fois plus fréquente et trois fois plus profonde et sévère en milieu rural qu’en milieu urbain. Cependant, elle revêt diverses caractéristiques.
En effet, entre 2001 et 2006, la pauvreté a significativement baissé, en termes de proportion de menages touchés. La baisse est constatée surtout en milieu rural ; tandis qu’en milieu urbain, la pauvreté a légèrenemnt augmenté. Cette évolution quelque peu mitigée de l’état de pauvreté de la population malienne s’est faite dans un contexte d’expansion du secteur de la microfinance.
Avec ses centaines de miliers d’adhérents, correspondant à près de 1,4 actifs sur 10, ce secteur a totalisé, en 2006, près de 10% des ressources financières du système financier national. De 2002 à 2006, l’encours des dépôts a presque doublé ; tandis celui des crédits a plus que doublé.
Malgré cette formidable expansion, il subsiste des populations exclues du système. En effet, une évaluation ad hoc de la couverture géographique met en évidence l’existence de centaines de Communes dépourvues d’institutions de microfiance. Même dans les zones couvertes, le profil particulier des adhérents montre qu’il existe une frange plus ou moins importante de la population qui n’a pas accès aux services de la microfinance.
Le profil des adhérents
Les adhérents ont un profit assez particulier, dans la mesure où ils sont plus instruits, plus urbains et moins jeunes que la moyenne de la population active potentielle. Il s’agit en majorité d’hommes, davantage en milieu rural qu’en milieu urbain. La plupart sont des chefs de ménage ou conjoints (es) de chefs de ménage, et par conséquent, avec des responsabilités financières et sociales importantes. Ils sont adhérents, en moyenne, depuis plus de 4 ans, période au cours de laquelle ils ont contracté 2 crédits en moyenne.
Dans plus de deux tiers des cas, les montants des crédits obtenus sont utilisés pour les activités économiques, le reste étant affecté à d’autres dépenses du ménage. Ces adhérents sont néanmoins bons payeurs, car près de 9 échéances sur 10 sont respectées à la date convenue. Ils sont assez satisfaits de leur adhésion à la caisse, dans la mesure où une très grande majorité d’entre eux trouve que cette adhésion a changé leur condition de vie, et que leur condition économique s’est améliorée.
Selon les statuts sociaux, l’incidence de la pauvreté des conditions de vie des adhérents diminue de 10 à 30 points de pourcentage. L’incidence de la pauvreté diminue également avec l’immersion dans le système de microfinance. Selon les modèles d’évaluation, la baisse peut atteindre 13 à 27 points de pourcentage. Pour les adhérents de certains statuts sociaux (adhérents du milieu rural ou hommes et femmes non instruits du milieu urbain), cette baisse peut atteindre 30 points.
Cependant, il a été établi que les zones de prédilection de la microfinance sont des zones relativement assez pourvues en infrastructures économiques et sociales. En effet, il a été constaté que 93,3% des zones d’implantation des points de service de la microfinance ont un centre de santé ; que 99,3% possèdent une école fondamentale ; 55,3% , une adduction d’eau ; et 91,8%, un marché journalier ou hebdomadaire.
Il a également été établi que la microfinance recrute ses adhérents parmi les plus aptes et les plus disposés à affronter les vicissitudes de la vie. Cet écrémage fait que les plus pauvres des pauvres sont exclus du bénéfice des services de la microfinance, soit parce qu’ils sont d’une catégorie sociale n’ayant pas accès à ces services, soit parce qu’ils sont simplement résidents d’une zone déshéritée.
L’indicateur de pauvreté humaine
La pauvreté humaine est perçue comme une détérioration des rapports qui lient l’individu à une communauté de vie. Cette pauvreté résulte de l’absence d’enfants ou de parents, de la présence de conflits et de risques d’exclusion du village ou de la communauté d’appartenance.
Dans certains pays, l’exclusion liée à l’absence de droits sociaux est perçue comme la forme de pauvreté la plus dure. Les relations sociales priment sur la possession de biens ; et la cohésion sociale résulte de l’enchevêtrement de relations sociales exprimées en terme de droits individuels et d’obligations sociales.
Depuis 1997, dans ses rapports sur le développement humain, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) publie périodiquement l’Indicateur de Pauvreté Humaine (IPH) de chaque pays. Il propose deux calculs différents de cet Indicateur : l’un reflète les formes de pauvreté dans les pays pauvres (IPH-1) ; et l’autre, dans les pays de l’OCDE (IPH-2). L’IPH-1 est composé de cinq variables relevant de trois domaines différents (PNUD, 1997) : la santé l’instruction, et les conditions de vie.
En termes de santé, les déficiences sont évaluées par la probabilité de décéder avant l’âge de 40 ans. En termes d’instruction, les déficiences sont mesurées par le pourcentage de la population âgée de plus de 15 ans et frappée par l’analphabétisme.
Enfin, en termes de condition de vie, les déficiences sont évaluées par le calcul d’un sous-indicateur synthétique intégrant trois facteurs représentant trois dimensions de la pauvreté :
l’accès à l’eau potable, évalué par le pourcentage de la population n’ayant pas accès à une source d’eau considérée comme potable ;
l’accès aux soins de santé, évalué par le pourcentage de la population n’ayant pas accès aux services de santé de base ;
la qualité de l’alimentation des enfants, évalué par le pourcentage d’enfants mal nourris.
Du point de vue méthodologique, l’IPH, tel que défini par le PNUD, accorde théoriquement la même pondération aux trois dimensions de la pauvreté retenues (par le calcul de l’IPH). Cependant, la pauvreté humaine va bien au-delà de sa mesure, car à partir d’un indicateur unique, il est extrêmement difficile de qualifier tous les aspects du phénomène. Par exemple, il est pratiquement impossible de mesurer et de quantifier l’absence de liberté politique, de sécurité personnelle ou de libre participation à la vie communautaire ; ou encore, les conséquences de la détérioration de l’environnement.
Dans le rapport mondial sur le développement humain 2007-2008, l’IPH-1 est évalué à 56,4% pour le Mali qui, selon l’IPH-1, occupe la 107è place. En effet, par rapport à son niveau de 2001 (58,18%), l’IPH-1 a sensiblement baissé. Cette baisse est liée aux résultats enregistrés dans le domaine de l’accès aux services sociaux de base, notamment l’accès à l’eau qui s’est beaucoup amélioré.
La pauvreté au Mali
Parmi toutes les politiques possibles en matière de lutte contre la pauvreté, un bon Gouvernement se doit de choisir celle qui donne les meilleurs résultats, c’est-à-dire celle qui réduit le plus la pauvreté. Cependant, ce choix est loin d’être facile, car il tient, en particulier, au fait qu’il est très difficile de mesurer la pauvreté d’une société de façon adéquate, et en conséquence, de déterminer quelles politiques induisent une réduction plus importante de cette pauvreté.
Aussi, pour sortir leurs citoyens de cet état, beaucoup de pays en développement ont déclaré leur volonté de lutter contre le fléau à travers des Documents de Stratégies de Réduction de la Pauvreté (DSRP). Celui en cours au Mali s’intitule Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) ou Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la pauvreté (CSCRP), pour la période 2007-2011.
Pour en mesurer les effets, les approches utilisées sont généralement restrictives : pauvreté monétaire, pauvreté des conditions de vie, pauvreté des potentialités, pauvreté subjective.
Depuis l’adoption du CSLP I par le Gouvernement du Mali en 2002, ce sont surtout les résultats de pauvreté de conditions de vie (ou de masse) et de pauvreté monétaire qui ont été les plus utilisés. Depuis la mise en oeuvre de ce cadre, sur la période 2002-2006, la pauvreté a connu une relative baisse. Mais elle reste essentiellement rurale, quel que soit le type de pauvreté abordé (pauvreté monétaire, pauvreté des conditions de vie).
A bien des égards, la pauvreté peut être considérée comme une vraie maladie sociale ; et c’est la raison pour laquelle tous les Gouvernements des pays qui connaissent ce mal, de façon endémique, ont mis en oeuvre des politiques de lutte pour en réduire l’incidence.
Pauvreté monétaire
La mesure de la pauvreté au Mali est faite suivant l’optique monétaire, bien que les toutes dernières études fassent cas de l’évaluation de la pauvreté subjective. La pauvreté monétaire est mesurée sur la base des dépenses de consommation des ménages comprenant principalement les dépenses d’alimentation, d’habillement, de logement, de santé, d’éducation et de transport. On définit le seuil de pauvreté monétaire sur la base de la valeur monétaire d’un “panier de référence de la ménagère” constitué de biens et services courants.
Pour 2006, le seuil de pauvreté ainsi déterminé était égal à 157 920 FCFA par an et par personne. En 2001, il était de 144 022 FCFA. Sur la base de ce seuil, il a été établi, à l’aide des données de l’ELIM collectées en 2006 auprès de 4 494 ménages, que l’incidence de la pauvreté était de 47,4%. C’est dire que concrètement, en 2006, sur les 12,32 millions de Maliens, 5, 84 millions avaient une dépense annuelle moyenne inférieure à 157 920 ; soit, de façon plus évocatrice, une dépense mensuelle moyenne inférieure à 13160 FCFA.
Bakoroba COULIBALY