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L’Essor - 20/07/09

Office du Niger : baisse tarifaire du riz

mercredi 22 juillet 2009

Les opérations de récoltes et de battages du riz de contre-saison sont pratiquement terminées à l’Office du Niger. Les consommateurs l’ont bien senti. En effet, l’arrivée du nouveau riz sur le marché a fait tirer les prix vers le bas. Les producteurs qui doivent rembourser les frais de production (redevance d’eau, traites de crédits des engrais et équipements) acheminent actuellement une bonne partie de leurs récoltes vers les marchés.

Nous sommes dimanche 12 juillet à Niono. C’est le jour de la foire hebdomadaire de cette ville-carrefour. Les opportunité d’affaires sont nombreuses. Les charrettes tractées par des ânes qui ploient sous le poids de la surcharge se dirigent vers le marché. Des moto-taxi font également le transport en commun. Au marché, il faut traverser de longues allées occupée par de petits revendeurs de divers articles, longer les boutiques des vendeurs de poissons fumés, avant d’arriver dans la partie réservée aux commerçants de riz. Les boutiques sont alignées. Devant chaque magasin, une bascule est installée. Des groupes de négociants s’activent. Des ouvriers journaliers sont toujours alertes aux différentes sollicitations. Ce sont eux qui se chargent des opérations de manutention et de pesage du riz.

Ce sont également eux qui entament les premières négociations avec les paysans qui viennent vendre leur riz. Boukary Dicko a quitté son village natal depuis des mois. Ici, il ne chôme pas. "Je profite de l’arrêt temporaire des travaux champêtres pour venir travailler avec les commerçants de riz et ça me rapporte bien", explique-t-il, après avoir conclu la vente de deux sacs de riz paddy au commerçant Elhaj Maïga.

Comme à la bourse.

"L’arrivée des produits de la contre-saison a fait baissé le prix du riz sur le marché", confie Mohamed Haidara, un jeune homme de 29 ans. En effet, comme à la bourse des valeurs, le prix du riz varie en fonction de l’offre et de la demande. Actuellement, les producteurs vendent le kilogramme du riz BG entre 260 et 300 Fcfa et le Gambiaka entre 300 Fcfa et 310 Fcfa. Contrairement au riz, le prix de l’échalote frais est à la hausse. Le kilogramme de ce légume est passé de 245 à 275 Fcfa le kg, à cause de la baisse de l’offre sur les marchés.

"Nous achetons le riz directement avec les paysans forains. Certains viennent me vendre le riz par kg, d’autres débarquent avec des tonnes », explique le commerçant Haïdara qui vend le kg de la variété du Gambiaka dite « super » (première qualité) aux consommateurs à 325 Fcfa, le BG à 310 et le Gambiaka moyen à 300 Fcfa. Le kilo du riz tout-venant est cédé à 275 Fcfa aux ménages. Le commerçant assure que les prix ne franchiront pas la barre des 350 Fcfa d’ici les récoltes prochaines.

Les grands acheteurs ne perdent pas beaucoup de temps au marché. Ils possèdent des magasins un peu partout dans la ville et mêmes dans les villages et autres hameaux de culture. Le business est bien organisé. Il y a des commerçants qui avancent des sous aux paysans en début de campagne pour se faire rembourser en nature à la récolte. D’autres déploient des intermédiaires à l’intérieur des casiers rizicoles avec d’importantes sommes d’argent pour acheter le riz en vrac. Ces cargaisons sont directement acheminées vers Bamako ou d’autres grandes ville et même vers des pays voisins.

Malgré un système de commercialisation qui reste à améliorer, le directeur de zone de Niono estime qu’il n’y aura pas de rupture de riz sur le marché jusqu’en septembre, date des premières récoltes de la saisondes pluies.

Selon Elhaj Boubacar Touré, cette année, la période de soudure se limitera au seul mois d’août. Cela est selon lui la preuve que notre pays s’achemine vers l’autosuffisance alimentaire. « Dans quelques années, nous allons partir à la conquête des marchés extérieur », lance Mamadou Goïta, coordinateur de l’Initiative riz. Il explique que la mise en œuvre du plan d’opération riz qui s’étale sur 5 ans à partir de la campagne agricole 2008-2009 a pour objectif de contribuer à faire de notre pays une puissance agricole.

Il faut dire que le pays est bien parti pour réaliser la vieille ambition de l’autosuffisance en riz. Les réalisations de la contre-saison de la première campagne de mise en œuvre de l’Initiative riz ont comblé toutes les attentes. Ainsi, 13 214 hectares ont été emblavés pour la production de riz local et 1 412 autres hectares pour la production de semences de riz Nerica 4.

« La récolte a été très bonne récolte », assure le chef du service suivi évaluation de l’Office du Niger, Mamadou Diarra. Dans les casiers rizicole, l’activité n’a pas cessé.

Pendant que certain paysans continuent de transporter la fumure organique dans leur champ, d’autres préparent les pépinières tout en organisant la pré-irrigation. Les plus alertes ont déjà repiqué leurs parcelles. L’objectif assigné à cette campagne est d’emblaver 95 479 ha : 90 267 ha en casiers et 5 212 ha en hors-casiers.

Le maillon faible.

Pour la campagne passée, l’objectif de production était fixé à 1 618 323 tonnes de paddy. Il a été atteint à 99,34 %, soit 1 604 647 tonnes de riz non décortiqué. Et ce malgré un démarrage difficile à cause de l’insuffisance des semences de Nerica et la mise à disposition tardive de l’engrais subventionné (à 12 500 Fcfa le sac de 50 kg). On doit également les bons résultats de cette première expérience à la bonne pluviométrie.

Les producteurs ont aussi bénéficié d’équipements dont l’acquisition a été préfinancée par l’État pour 1, 2 milliard de Fcfa. Les paysans doivent rembourser les prix des équipements sur une durée de 5 ans. Ces équipements sont constitués de 70 motoculteurs, 5 mini-rizeries, 36 groupes motopompes, 120 batteuses et 130 décortiqueuses.

Le coût de l’Initiative riz s’élève à 34, 5 milliards de Fcfa répartis entre l’État pour 13,1 milliard et les producteurs pour 21,3 milliards. Le coût prévisionnel était de 42 milliards. Dans le cadre de la gestion de l’opération, les pouvoirs publics ont déboursé 5 milliards et les partenaires financiers ont apporté un appui direct de 3,5 milliards Fcfa.

Tout a été géré au mieux jusqu’aux récoltes. Mais c’est le volet commercialisation qui s’est avéré être le maillon faible du système. Le dispositif défini dans le schéma de commercialisation comprenait les groupements paysans qui détiennent les stocks pour le marché, les opérateurs incités à s’approvisionner auprès des groupements de producteurs et les achats de l’Office des produits agricoles.

Ce schéma n’a malheureusement pas fonctionné à cause de l’intervention tardive de l’Opam qui manquait de fonds et la syndicalisation des producteurs qui visaient une grande marge bénéficiaire. Il y a également les sorties massives et incontrôlées des céréales vers d’autres pays. Le petit et gros mil partent surtout vers le Burkina Fasso et la Mauritanie tandis que le riz prend la direction du Sénégal, de la Mauritanie et la Côte d’ivoire.

"En réalité, nous avons toujours travaillé essentiellement sur le volet de la production. Ce qui s’est passé est une leçon pour nous", confie un responsable local de l’Initiative riz. Et de poursuivre : "Nous organiserons un cadre de concertation dans les prochaines semaines pour convaincre les producteurs à payer leurs crédits d’engrais en nature auprès de l’Opam".

Abdoulaye Maïga, paysan à l’Office ne voit aucun inconvénient à ce mécanisme pourvu que le prix soit fixé de manière consensuelle.

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Polémique autour de l’engrais

Les opérations de livraison de l’engrais chimique aux producteurs non éligibles aux crédits bancaires (plus de 50 % des producteurs) sont provisoirement suspendues à l’Office du Niger. Cette décision des fournisseurs d’engrais (Gnoumani S.A, Faso Djigui, Somadico et Arcenciel) fait suite à la publication du taux de référence qui fixe les prix des engrais à 15 435 Fcfa pour l’Urée et à 18 675 Fcfa pour le DAP.

Dans le cadre de l’Initiative riz, les commerçants doivent céder l’engrais à 12 500 Fcfa le sac de 50 kg. Le différentiel est payé par l’État. Les termes de l’appel d’offre de la Fédération des caisses de l’Office du Niger fixe les prix à 13 625 Fcfa pour l’Urée, 16 750 Fcfa pour le DAP et 18 500 pour le NKPS. Au moment de la signature des contrats, les prix de l’engrais étaient effectivement plus faible que maintenant. C’est pourquoi par exemple, une différence de 1810 Fcfa pour le cas de l’Urée est constatée entre le prix de cession des fournisseurs établis dans le contrat de prestation et celui fixé après.

Qui doit alors payer cette différence ? Pour les fournisseurs qui ne veulent prendre aucun risque, c’est l’État qui doit payer le différentiel des prix. Mais du côté du ministère, l’on estime qu’un contrat légalement constitué doit être appliqué et qu’il est hors de question que l’État paie plus qu’il ne doit.

Pour reprendre les livraisons d’engrais, les opérateurs exigent un acte officiel qui garantisse le règlement de cette différence. D’où le blocage. Or, environ 13 000 ha de riz sont repiqués. Selon l’encadrement technique, c’est le moment propice pour beaucoup de paysans d’utiliser l’engrais dans leurs parcelles pour garantir une bonne récolte. En attendant de trouver une solution au blocage, seuls les paysans solvables auprès des institutions financières pourront se procurer l’indispensable intrant.

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Une lutte globale contre la jacinthe

La jacinthe d’eau est la plante nuisible la plus répandue à l’Office du Niger. Elle tend ses tentacules partout où l’eau passe : dans les canaux d’irrigation, dans les parcelles et surtout les "falas" (étangs). Le plante obstrue le passage de l’eau compromettant ainsi l’irrigation des parcelles éloignées.

C’est au regard de l’ampleur de la menace que l’administration de l’Office a déclaré une lutte globale contre cette plante particulièrement nuisible. Cela a commencé par une vaste campagne de nettoyage. A cet effet, une machine a été spécialement conçue : « le dragler ». Il appartient à l’entrepreneur Seydou Djiré. Pour chaque mètre carré nettoyé, il empoche 80 Fcfa.

Récemment, en collaboration avec l’Institut d’économie rurale (IER), la direction de l’Office a introduit une nouvelle espèce d’insectes qui ne se nourrit que de fougères. Cette solution biologique couplée au nettoyage périodique pourrait à terme venir à bout de l’envahissante jacinthe d’eau douce.

Envoyé spécial A. M. CISSÉ

L’Essor du 20 Juillet 2009.

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