La sanction prise par la CEDEAO (Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest) contre le Niger même si elle a réjoui les opposants au Tazartché du Président Tandja et les laisse beaucoup espérer, il n’en demeure pas moins qu’elle a surpris plus d’un d’observateur. Elle a tellement surpris que la principale question qui se pose et de savoir qu’estce qui se cache ou qui se cache derrière cette manoeuvre. Les trois (03) opposants à Tandja ? Ce serait trop exagérer l’influence de ces anciens dirigeants sur les chefs d’Etat de la sous région. Même si c’est par démagogie que Hama Amadou dit qu’ils n’ont pas la capacité de manipuler ces chefs d’Etat, il faut bien le croire. Celui ou ce qui les a influencé, il faut le chercher ailleurs.
Certains évoquent la pression américaine sur le Nigeria, d’autres celle de l’Union Européenne sur la CEDEAO dans son ensemble, mais en général on estime que la force extérieure qui a le plus joué pour l’adoption des sanctions c’est la France. Et ce n’est pas sans raison !
Bien avant la CEDEAO, la France a envoyé d’urgence le Secrétaire d’Etat à la coopération et à la francophonie, Monsieur Alain Joyandet pour informer le Président Tandja que l’opposition nigérienne est disposée à aller vers une solution de sortie de crise pour peu que Tandja accepte de surseoir à la tenue des élections législatives. A la grande surprise de l’envoyé français, il a entendu le Président Nigérien lui répondre qu’il n’est pas possible de décaler la date de la tenue des élections parce qu’il n’y a aucune raison pour le faire. Une humiliation pour la France qui s’est donné tant de mal à convaincre l’opposition nigérienne à accepter de faire des concessions au Président Tandja et même à accepter les résultats du référendum du 4 août 2009 et de participer aux élections organisées sous l’égide de la constitution de la 6ème République. Certains membres de la représentation française au Niger qui ont eu à se confiés ont affirmé que la France – qui a eu à prendre acte du référendum et qui a été accusé de complicité avec le pouvoir de Niamey pour cela – est très déçue. Qu’elle se retourne vers la CEDEAO pour pouvoir laver cet ultime affront n’aurait rien d’étonnant.
Mais, nous ne pouvons pas croire que le refus du président Tandja de contenter la France dans sa démarche pour ramener des hommes politiques dans le jeu pouvait amener la France à entreprendre des démarches visant à provoquer l’effondrement du gouvernement voire même de l’Etat nigérien.
Si la France a sa main dans l’affaire de la CEDEAO, comme beaucoup le croient, la cause ne saurait être le niet à Joyandet. C’est peut-être la goûte d’eau qui a fait déborder le vase.
Le grief solide de la France contre le régime de Tandja, il faut le chercher avant, remonter au bras de fer qui a opposé le président Tandja à Areva. Ce bras de fer, dont l’issue a été la fin de la main mise totale de la France sur l’uranium nigérien, est certainement resté en travers de la gorge des autorités françaises. A une certaine époque, l’issue de ce genre bras de fer aurait été le renversement immédiat du régime. Le Président Tandja avait les mêmes exigences que le Président Diori Hamani (la revalorisation du prix de l’uranium) et s’est même permis d’aller au-delà (la diversification des partenaires). Il faut donc constater que le gouvernement de Tandja s’est retrouvé en 2007 dans la même situation que le gouvernement de Diori en 1973.
Si la France ne s’est pas donné les moyens de renverser Tandja (parce que c’est plus difficile de le faire aujourd’hui qu’en 1974), pourquoi ne pas passer par d’autres canaux pour lui faire payer sa suffisance et le mauvais exemple qu’il donne au sein pré carré français. Si la CEDEAO pouvait se prêter au jeu, c’est le meilleur canal. Il suffit qu’elle isole diplomatiquement le Niger, que l’Union Européenne l’étouffe financière, le régime Tandja ne pouvait pas tenir longtemps. Lorsqu’il sera renversé, les relations séculaires franco-nigériennes reviendront au bon fixe pour que chacun continue à jouer son rôle tel que défini depuis les indépendances. Et ce ne seraient pas les opposants, battus par Tandja sur le terrain et sauvés par la France, qui ne comprendraient pas cette nécessité lorsqu’ils seront placés aux commandes.
Il faut donc constater que la France tient sa revanche et qu’elle ne lâchera pas facilement si elle veut redorer son blason (terni par l’intansigence d’un chef d’Etat du pays le plus pauvre du monde) de grande puissance devant laquelle ses dépendances n’osent pas lever le petit doigt. La France tient sa revanche.
I.S. Gaoh
21 novembre 2009
Publié le19 novembre 2009
Source : Le Témoin