Niger : l’arrêt de la cour, "un précédent grave" selon la TV d’Etat
NIAMEY - La télévision d’Etat du Niger a qualifié lundi soir de "précédent grave" l’arrêt de la Cour constitutionnelle annulant le décret par lequel le président Mamadou Tandja a convoqué un référendum afin de rester au pouvoir au-delà de la fin de son dernier mandat.
Il s’agit de la première réaction officielle depuis le 12 juin, date à laquelle la Cour constitutionnelle a annoncé sa décision.
Cet "arrêt est un précédent grave (...) Un décret est un acte du gouvernement qui en principe n’est pas susceptible de recours", a critiqué à la télévision un membre de la "Cellule de Communication du gouvernement".
"Toute institution, quelle que soit sa légitimité, tire sa raison d’être du peuple souverain", a-t-il poursuivi, ajoutant "qu’il faut donner la possibilité au peuple de dire ce qu’il pense de la marche de la nation".
Depuis la décision de la cour, le président Tandja, qui semble avoir épuisé tous les recours légaux pour rester en place, ne s’est pas exprimé sur ses intentions.
La semaine dernière, des partis politiques, des ONG et des syndicats formant le Front de défense de la démocratie (FDD) avaient saisi la Cour constitutionnelle pour faire annuler le décret présidentiel qui a fixé au 4 août la consultation référendaire.
A 71 ans, M. Tandja doit se retirer du pouvoir au terme de son deuxième quinquennat successif qui expire le 22 décembre, comme le prévoit la Constitution actuelle. Mais il a annoncé la tenue d’un référendum portant sur l’adoption d’une nouvelle Constitution qui lui permettrait, elle, de rester à la présidence.
Dans son arrêt, la Cour constitutionnelle a estimé que "le décret consacre un véritable détournement de pouvoir en ce sens que le Président de la République s’est érigé en constituant, en violation de la Constitution actuellement en vigueur".
Le journaliste de la télévision d’Etat a évoqué l’article 56 de la Constitution qui "confère" à M. Tandja "le droit de convoquer le Conseil de la république", un organe "chargé de promouvoir le dialogue politique et l’esprit démocratique" qui réunit les présidents des institutions nigériennes.
Mais d’après des analystes, l’idée de réunir ce Conseil sous-entendrait que le président n’entend pas se soumettre à l’arrêt de la Cour constitutionnelle. Or, la Constitution stipule que les arrêts de la Cour sont sans appel et s’imposent aussi au chef de l’Etat.
L’opposition nigérienne a salué dimanche, lors d’une géante manifestation à Niamey, "le courage et l’intégrité" de la Cour.
Elle a appelé à la tenue d’élections législatives anticipées avant fin août. Une élection présidentielle est prévue le 14 novembre.