La Cédéao et l’opposition au Niger, engagée dans un dialogue de sortie de crise politique avec Niamey, ont estimé mardi que le mandat du président Mamadou Tandja touchait "légalement" à sa fin tandis qu’une grève générale était observée dans le secteur public.
Après deux quinquennats successifs à la tête du pays sahélien, M. Tandja aurait dû se retirer ce mardi s’il n’avait obtenu une rallonge de trois ans en faisant modifier la Constitution lors d’un référendum contesté en août.
Une date qui n’a pas échappé à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui "prend acte du fait que le 22 décembre 2009 sanctionne la fin légale du mandat" du président, dans un communiqué daté d’Abuja, où elle siège.
L’opposition, qui rejette le référendum par lequel a été adoptée la nouvelle Constitution le 4 août, a dénié mardi toute légitimité au président dont elle a dénoncé le "délire autocratique".
Dans une déclaration diffusée sur les radios privées, la Coordination des forces démocratiques pour la République (CFDR : partis politiques, ONG et syndicats) a ainsi annoncé que le mandat de M. Tandja prenait fin et qu’il "n’(avait) donc ni légitimité ni légalité".
Ces déclarations interviennent alors que pouvoir et opposition ont entamé lundi à Niamey un dialogue direct pour trouver une issue à la crise qui dure depuis des mois.
Ces discussions à huis clos sont menées sous les auspices du médiateur de la Cédéao, l’ex-dirigeant nigérian Abdulsalami Abubakar.
Lors de la cérémonie d’ouverture, il avait appelé les participants à "tout faire pour consentir des concessions". Mais ils ont buté dès lundi sur la question de l’ordre du jour et du contenu même des discussions, selon une source proche de la négociation.
Tandis que la partie gouvernementale veut qu’elles se déroulent "strictement" sur la base de la nouvelle Constitution, l’opposition, elle, souhaite concentrer le débat sur "l’annulation" du référendum constitutionnel qu’elle avait boycotté, à indiqué à l’AFP cette source ayant requis l’anonymat.
La Cédéao a rappelé mardi que l’objectif était "d ?arriver à un consensus autour d ?un retour à l ?ordre constitutionnel normal".
Après des législatives très controversées le 20 octobre, la Cédéao a suspendu le Niger pour violation des textes communautaires sur la démocratie. Ce scrutin a aussi entraîné la suspension de l’aide au développement de l’Union européenne.
La Cédéao a demandé mardi à tous les Nigériens de se garder de "tout acte de nature à menacer la paix ou troubler l ?ordre public".
A l’appel des sept centrales syndicales du pays, membres de la CFDR, une grève générale était "largement suivie" mardi dans le secteur public, selon les syndicats.
Le mouvement lancé à nouveau pour obtenir une augmentation de 50% des salaires et une baisse de 50% des impôts sur les revenus, a surtout paralysé l’administration, des centres de soins et établissements scolaires publics, a indiqué le responsable syndical Djibrila Idrissa, sur les ondes de radios privées. Il n’a pas communiqué de chiffres.
Le secteur privé, notamment les banques, commerces et transports, a été très peu affecté à Niamey, a constaté un journaliste de l’AFP.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Moctar Kassoum, avait estimé que le jour de cette grève "n’(avait) pas été choisi par hasard" et qu’il s’agissait en réalité "d’une action purement politique".