Dès son arrivée au pouvoir au Niger, la junte militaire a pris l’engagement d’assainir la vie publique et de restaurer au plus vite la démocratie. Ce programme fort louable est salué à juste titre par l’ensemble des Nigériens, qui y voient une volonté politique de mettre un terme à l’impunité instituée en mode de gouvernance depuis la Conférence nationale. Les crimes et les délits qui assombrissent régulièrement l’horizon du pays doivent désormais être mis sur la table afin que le Niger puisse enfin recouvrer une sérénité indispensable pour affronter la grande bataille du développement.
Désirer assainir la vie publique et restaurer la démocratie est parfaitement légitime, mais demeure cependant un pari presque impossible à tenir ou en tout cas très difficile, car assainir la vie publique suppose en premier lieu que le pays soit doté d’une justice impartiale et implacable au niveau de son fonctionnement.
Le pays est tellement gangréné par la corruption qu’une réelle opération « mains propres » pourrait aboutir à un véritable blocage de la vie publique. La plupart des hommes politiques sont ou pourraient être éclaboussés par un mode de fonctionnement que tout le monde a laissé s’installer depuis fort longtemps. Aujourd’hui, personne ne peut hélas imaginer le fonctionnement d’un Etat comme le Niger sans les « à-côtés », ces fameux « à-côtés » qui permettent à un fonctionnaire lambda de vivre simplement en bon père de famille, éventuellement de se construire une villa ou bien plus… et de rouler dans des voitures que son seul salaire ne peut lui permettre d’acquérir, même sur plusieurs générations…
En ouvrant ces chantiers, la junte a peut-être sous-estimé le temps qu’il lui faudra pour obtenir des résultats significatifs afin de marquer les esprits. De plus, tant que cette opération ne s’intéressera pas au système lui-même, les choses ne pourront véritablement aboutir à une transformation en profondeur de notre société, car les poursuites engagées contre des individus ne représentent que des actions ponctuelles qui ne résolvent rien sur le fond, malgré leur caractère spectaculaire et salutaire.
Et si cette opération devait se limiter aux seuls acteurs de la VIe République, elle apparaîtrait comme une manœuvre politique sélective destinée à régler certains comptes, car il est, en effet, toujours à craindre que la sincérité de la junte ne soit instrumentalisée par des intérêts très ciblés qui pourraient engager le pays dans un nouveau cycle de rancœurs, rancœurs qui empêcheraient justement d’atteindre ce à quoi nous aspirons tous : que le Niger mène une vie politique enfin apaisée. D’autant plus que ce n’est pas parce que Tanja n’a pas su se donner les moyens politiques de mener ses ambitions à terme qu’il faut lui imputer plus que ce qu’il a réellement fait.
Pour atteindre ses objectifs, cette opération ne devrait souffrir d’aucune suspicion et être conduite dans la transparence la plus absolue. Les Nigériens ne comprendraient pas qu’il y ait des traitements différenciés en fonction des personnes visées ou susceptibles de l’être. Tout ce qui pourrait provoquer des fractures entre des couches de la société devra être manipulé avec précaution, car le risque est grand d’aboutir au résultat contraire à celui qui est recherché.
Afin de ne pas laisser s’installer le doute sur sa volonté de mener cette opération avec toute la rigueur qu’impose son ampleur, il faudra beaucoup de courage politique au général Salou Djibo pour aller jusqu’au bout et donner à la justice les moyens de sa mission.
Abdoulahi ATTAYOUB
aabdoulahi@hotmail.com
Lyon (France)