Aborder la problématique de la période coloniale et post-coloniale à travers une analyse historique comparative et la mise en contexte des discours officiels et publics qu’ils ont provoqués. C’est l’objet d’un colloque international ouvert hier 23 juin au Centre Culturel de Bamako. C’était en présence de l’Ambassadeur de France au Mali, de Mme Adam Bah Konaré et de plusieurs chercheurs du monde universitaire. Une rencontre qui a permis d’appeler à une renaissance africaine.
Dans le sillage de la promotion des idées du «devoir de mémoire à l’endroit du président Sarkozy», cher aux historiens africains, à la tête desquels se trouve l’ex-première dame du Mali, s’est ouvert hier à l’auditorium du CCF de Bamako, un colloque international consacré aux études post-coloniales.
La présence à cette rencontre, des responsables de l’Association Mémoire d’Afrique (une association qui s’est beaucoup battue pour la publication récente du livre de Adam Ba Konaré, sur l’histoire africaine, adressé à l’intention du président Nicolas Sarkozy) était perceptible. «Nous n’avons pas besoin du choc des civilisations qui semble se profiler à l’horizon, du fait d’une lecture approximative des relations entre les anciennes colonies et les puissances colonisatrices». C’est par ces mots que l’ancienne première dame du Mali et non moins historienne de grande renommée, Mme Adam Bah Konaré, a apporté sa touche à ce colloque de deux jours, consacré aux études post-coloniales.
Pour l’épouse de l’ex-président Alpha Oumar Konaré, l’organisation de cette rencontre internationale dans le contexte actuel de la globalisation est d’une pertinence avérée. Car, elle permettra de dépoussiérer l’histoire récente pour mieux consolider les relations entre colonisateurs et colonisés d’hier.
En clair, il urge d’aller vers cette «renaissance de la pensée africaine» dans les relations internationales, dont a également parlé Michel Reveyrand de Menthon, l’ambassadeur de France au Mali. Celui-ci n’a pas manqué de préciser que l’initiative de telles rencontres, doit se perpétuer dans le cadre du «projet de recherche sur le Mali contemporain» et surtout dans le contexte de la grande célébration du cinquantenaire des indépendances dans plusieurs pays africains, dont le Mali. Cinquantenaire par rapport auquel, Paris est en train de prendre des dispositions d’accompagnement.
Revenant au concept des études post-coloniales, les conférenciers, quatre éminents chercheurs et professeurs de littérature dans des universités de l’Occident, ont démontré que l’Afrique et la France partagent une histoire. «Celle des Français en Afrique et des Africains en France».
Ce sont, ont expliqué David Murphy, Romuald Fonkua, Deborah Jenson et Dominic Thomas, des relations qui ont toujours transformé les identités culturelles et démographiques de ces espaces et établi une multitude de réseaux et pratiques transnationaux.
Et le Professeur Fonkua, d’origine camerounaise et actuellement professeur à l’université de Strasbourg en France, de relever qu’«au cours de ces dernières années, ces facteurs (les relations entre les Africains et la France) ont articulé les débats à la fois nationaux et paneuropéens concernant l’héritage de ces rencontres et leur reformulation actuelle en regard des phénomènes transhistoriques qui influencent les minorités ethniques et les populations immigrantes».
Pour d’autres intervenants, ces phénomènes concernent «un large spectre de facteurs culturels, économiques, politiques et sociaux qui comprennent l’étude et la réévaluation du colonialisme, ainsi qu’une réflexion sur les littératures africaines et antillaises». Ils concernent également une étude sur la forme, les thèmes et sur la circulation de ces textes.
Pour le professeur Jenson, le concept de «culture imprimée» dont ont parlé certains auteurs, rejoint aujourd’hui l’idée de mondialisation qui appelle une forme d’uniformité culturelle au plan mondial. De son côté, Romuald Fonkua a rappelé le paradoxe du reniement de la littérature africaine avec des enseignants noirs en France.
Des chercheurs du continent, spécialisés dans la littérature africaine, à qui l’on a, pendant longtemps, refusé la réaffirmation de toute identité dans ce sens. «Cette littérature étant considérée (à tort) comme inexistante», a-t-il martelé. C’est à ce propos que l’initiative de Adam Ba Konaré visant à réaffirmer, à l’intention du président Sarkozy, l’histoire du continent noir, a été saluée dans les débats.
En outre, les professeurs Dominic Thomas et David Murphy n’ont pas caché leur satisfaction par rapport aux lois françaises Debré et Tobira qui ont mis l’accent sur la revalorisation du passé culturel des peuples noirs d’Afrique et des Caraïbes et surtout le fait que l’esclavage a été reconnu comme crime contre l’humanité. Toute chose qui doit être le soubassement de la renaissance et du changement de mentalité chez le colonisé d’hier. Il faut préciser que les interventions remarquables de professeurs de la Flash et d’autres chercheurs maliens ont enrichi le débat par rapport à la richesse de la littérature négro-africaine, dont les premières bribes ont été enseignées au Mali, dès la réforme de l’éducation de 1962.
Signalons que ce colloque est un projet de l’ambassade de France, à travers les services de la coopération culturelle française, le Centre Culturel Français à Bamako, avec la collaboration de la Faculté des Lettres, des Arts et Sciences Humaines (FLASH).
Bruno Djito SEGBEDJI