L’objectif est de vaincre la faim et assurer la sécurité alimentaire au niveau national et à l’échelle des ménages à l’horizon 2015
Le premier sommet mondial sur l’alimentation en 1974, proclamait que "chaque homme, femme et enfant avait le droit inaliénable d’être libéré de la faim et de la malnutrition afin de développer pleinement ses facultés physiques et mentales". Il s’était fixé pour objectif, l’éradication de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition avant dix ans. Pour de nombreuses raisons, d’ordre politique et financier notamment, ce but n’a jamais été atteint. A la conférence de Rome en Italie, en novembre 1996, les pays participants ont prit l’engagement de réduire de moitié d’ici l’an 2015, le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans le monde. " Si chacun de nous fait tout ce qu’il peut, je pense que nous pourrons atteindre, voire dépasser cet objectif que nous nous sommes fixé", déclarait à cet effet, Romano Prodi, président du Conseil des Ministres de la République italienne et président du sommet. Au directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), d’ajouter : "Nous sommes capables de réaliser cet objectif, nous avons les ressources et, comme le prouvent la Déclaration de Rome et le Plan d’action, nous avons aussi la volonté politique de le faire". Ainsi, conviennent-ils, que la sécurité alimentaire existe, lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, propre et nutritive, leur permettant de satisfaire leurs besoins et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. Cette définition rappelle ensuite, qu’il s’agit d’un choix du pays de rechercher sa sécurité alimentaire en produisant l’essentiel de son alimentation sur son territoire. Ceci, à travers des modes de production durables, la modernisation de l’agriculture familiale, le développement de l’agro-industrie, la protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles pour un développement durable. 265 millions d’affamés. Voici les voeux émis depuis toujours, par toutes les déclarations politiques des pays du monde, au cours de leurs différentes discussions sur la question de l’alimentation. Des voeux pieux, certes. Mais, des décennies après ces différentes déclarations, les promesses sont loin d’être tenues, au regard de la situation qui prévaut en Afrique et dans notre pays. selon les statistiques de la (FAO), le nombre de personnes touchées par la faim dans le monde a dépassé le seuil du milliard en 2009.
L’Afrique compte 265 millions d’affamés. Au Mali, plus de la moitié de la population est menacée par la faim. Les couches les plus vulnérables sont les femmes et les enfants, surtout en milieu rural. En réaction à la persistance de cette sous-alimentation généralisée et à une inquiétude croissante, quant à la capacité de l’agriculture de satisfaire les besoins alimentaires présents et à venir, la communauté internationale, à travers la FAO, soutient les efforts des pays les plus vulnérables comme le nôtre, dans la l’élaboration et la mise en oeuvre d’un Programme national de sécurité alimentaire (PNSA). L’objectif est de vaincre la faim et assurer la sécurité au niveau national et à l’échelon des ménages à l’horizon 2015, dans une perspective durable sur les plans économiques et environnementale et dans le souci de justice sociale. Selon Tibou Fayenké, responsable de l’unité de suivi du PNSA, le Programme a un caractère transversal. A travers son objectif, il englobe tous les domaines du développement et interpelle tous les services de l’État et des collectivités. En effet, le PNSA oeuvre de façon spécifique, à accroître la productivité végétale et animale par l’introduction de nouvelles variétés, l’approvisionnement en intrants agricole. Il cherche à sécuriser les productions à travers la maîtrise de l’eau, la gestion de la fertilité des sols, la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles. Il prévoit entre autres, l’amélioration des systèmes de stockage de céréales au niveau des villages ; de rendre régulièrement disponible les denrées alimentaires en contribuant à l’amélioration de l’état nutritionnel de la population et, en créant des emplois pour les jeunes ruraux et ceux des villes en les insérant dans le circuit de transformation et de commercialisation des produits agricoles. Ce Programme ambitieux et complet concerne les 12 000 villages et fractions repartis sur le territoire national. Cependant, la priorité est donnée aux 166 communes les plus vulnérables du pays, soit 2,5 millions de personnes.
Ainsi, le PNSA s’éclate en huit sous programmes. La mise en oeuvre doit durer 10 ans (2006-2015). Un plan d’action prioritaire sur 5 ans (2006-1010) devrait mobiliser la somme de 114 milliards de Fcfa. Avec le chef de l’unité de suivi du PNSA, nous avons lancé un regard retrospectif sur le parcours à mi-chemin du PNSA. Fayenké cite en exemple des avancées, la prise en compte depuis 2006, de la sécurité alimentaire et du PNSA parmi les priorités de la deuxième génération des projets du cadre stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté (CSCRP). Entre 2006 et 2008, des requêtes de financement ont été envoyées à la commission de l’Union économique et monétaire ouest-Africaine (UEMOA), la Banque ouest-Afrique de développement (BOAD), la Banque islamique de développement (BID) et au gouvernement japonais. 77% des fonds mobilisés. Dans le cadre de la recherche de financement, il y a eu la réaffirmation de l’engagement des partenaires techniques et financiers à soutenir le PNSA dans les 166 communes structurellement déficitaires. De 2007 à 2009, il y a eu l’élaboration du plan d’opération concernant 500 millions de Fcfa sur financement de l’État du Mali. On note l’adhésion des différents acteurs au processus de mise en oeuvre du Programme. La mobilisation des financements a ainsi atteint les 77%, a indique Fayenké. Aujourd’hui, il existe un plan de sécurité alimentaire au niveau des communes, des cercles et des régions, facilitant l’identification des priorités locales. Pour mieux contrôler la mise en oeuvre du PNSA, un système d’information sur la sécurité alimentaire est en cours avec l’appui de la FAO et de l’Université de Wageningenau Pays-Bas, signale-t-on à l’unité de suivi. Malgré ces avancées significatives, la mise en oeuvre du PNSA est confrontée à beaucoup de difficultés d’origines diverses, reconnaît, Boukary Allaye Kossibo, du département planification et suivi, du Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA). En effet, une réunion des Projets et Programmes en lien avec le PNSA, tenue le 12 février 2009, a constaté une lenteur dans sa mise en oeuvre. Selon monsieur Kossibo, la situation par projet en tant qu’élément de contribution à la réalisation effective du PNSA et la situation d’ensemble demeurent assez mal connues. Ce qui ne permet pas au Commissariat, d’après lui, de maîtriser l’évolution et l’impact des réalisations.
Aujourd’hui, les données disponibles sont fragmentaires et ne permettent pas de se prononcer sur un taux crédible de couverture des villages et fractions par le PNSA au niveau de ces communes. Le CSA se trouve du coup dans l’incapacité de renseigner objectivement le Conseil national de sécurité alimentaire (CNSA), organe d’orientation du PNSA, sur son avancée territoriale. Encore moins, d’émettre un avis motivé sur la nécessaire synergie des interventions des projets sur le terrain afin d’éviter les duplications souvent budgétivores et peu efficaces. L’absence d’un système national cohérent et consensuel de suivi-évaluation en matière de sécurité alimentaire et, l’insuffisance dans la coordination et le suivi global des projets et programmes de sécurité alimentaire, conduisant à un manque de visibilité sont autant de contraintes qui entravent la bonne marche du PNSA. A ce-ci s’ajoute les querelles de leadership entre l’organe de coordination qui est le Commissariat à la sécurité alimentaire et les différents départements impliqués dans la mise en oeuvre du Programme. Ces derniers rechignent souvent à donner des informations sur leurs réalisations. Ils préfèrent garder jalousement leurs acquis dont ils pensent perdre la paternité en les rendant disponibles.
Cheick Amadou Dia