N’est-il pas aujourd’hui grand temps de nous remettre tous en question, de méditer et d’étudier les moyens les plus imparables pour renverser la tendance de notre Ecole qui, aussi lentement que sûrement, est en train de virer vers sa perte ? N’est-il pas temps qu’élèves, étudiants, parents d’élèves, maîtres, professeurs, instances éducatives, autorités de Etat.., bref, tous les Maliens se soumettent à un sérieux examen de conscience en vue de sortir notre Ecole de cette terrible et dangereuse ornière ?
Certes, comme disait l’autre, “on ne doit pas frapper tout le monde avec le même bâton”. Autrement dit, tant au sein du monde scolaire et éducatif qu’au sein de leurs partenaires et alliés, il y a de “bonnes graines“ tout comme de “mauvaises ivraies“, de bons élèves, étudiants, parents d’élèves, maîtres, professeurs, de bonnes instances éducatives et de bonnes autorités, tout comme de mauvais et mauvaises.
Mais il fut un temps où...
Il fut effectivement un temps où, plus que ses parents, l’élève respectait le maître, souvent juqu’à la vénération ; une vénération empreinte à la fois d’estime, d’admiration, et même... d’extase.
En ce temps, le maître était considéré comme un “dieu de la connaissance et du savoir”. En ce temps, il était également considéré, au sein de la société, et plus particulièrement de la localité où il exerce, comme un sage, un notable, un conseiller..., bref, comme une personnalité de référence pour tous les cas ou évènements, heureux ou malheureux, qui survenaient dans la société.
Il fut également un temps où, comme à ses propres enfants,l e maître prodiguait autant de savoir que de conseils à l’élève. Un temps où l’élève n’avait en tête que le souci de rivaliser avec ses camarades d’école pour l’obtention des meilleures notes en classe. Un temps où l’élève ne pensait qu’à prouver la connaissance et l’éducation qu’il a acquises de son maître et s’en enorgueillissait.
Mais qu’en est-il aujourd’hui ?...
De nos jours, c’est tout le système éducatif malien qui va à vau-l’eau, telle une cruche qui ignore qu’à force d’aller à l’eau, elle risque, à un moment donné ou à un autre, de se briser en mille morceaux. Il semble justement que cette “cruche“, qui symbolise notre Ecole, tend aujourd’hui vers son morcellement, voire sa déconfiture, si ce n’est déjà fait.
Comment “recoller les morceaux“, lorsque tous les principes et règlements qui régissaient l’éducation scolaire et faisaient sa valeur sont aujourd’hui renvoyés sans vergogne aux calendes de l’ignorance, voire de l’ignardise, de l’oubli et du mépris ? Comment parer à ce choc de déconfiture lorsque de nos jours, au sein de l’Ecole, on ne sait plus qui est qui et qui fait quoi ?...
C’est à croire même que de nos jours, les rôles sont plutôt inversés : autant l’élève joue au “maître des lieux“ (au dehors, en classe et dans la cour de l’école ), “s’illustre” par un orgueil et une arrogance mal placés et une carence criarde de connaissance et de savoir, autant le maître se distingue, à son tour, par un manque manifeste d’éthique et de déontologie du métier, si ce n’est par une carence désolante de savoir, tout comme son élève.
A tout cela s’ajoutent des situations auxquelles nul (ni l’élève, ni son maître) ne penserait par le passé : le maître qui fait “copain-copain” avec son élève, “coquin-coquine“ avec son élève (fille) ; l’élève qui n’éprouve aucun respect ni aucune considération envers son maître... bref, ce sont, hélas, des cas aussi innombrables et innommables que les tares et autres insuffisances qu’accuse aujourd’hui l’Ecole malienne, tant du côté du maître et de l’élève que de celui des méthodes et autres systèmes d’enseignement.
Il est donc bien loin, et très loin, le temps où la considération de l’élève envers son maître n’avait d’égale que celle qu’il éprouvait envers ses propres parents. Pire, l’élève d’aujourd’hui ne désigne plus son maître que par son surnom ou son sobriquet ironique. C’est non seulement tout dire, mais signifier aussi que le maître d‘aujourd’hui, de son côté, paraît mériter toute cette considération négative que son élève éprouve envers lui.
A qui infliger la faute, lorsqu’il s’est avéré qu’aucun citoyen n’en fait plus un problème, encore moins une affaire personnelle : ni l’élève, ni le maître, ni les autorités éducatives, ni même les plus hautes autorités ? Comment renverser tout simplement la tendance ? Voilà les plus grandes questions qu’aucune initiative en faveur du redressement de l’Ecole n’a encore pu élucider.
Oumar DIAWARA