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Baba Dembélé Le Républicain, 05/11/2009

Mali, Conflits fonciers pastoraux : La décentralisation mise en cause par la Febevim

jeudi 5 novembre 2009

« Sur les cinq sites d’étude, le constat dominant est que la décentralisation reste un phénomène encore peu connu et peu compris : si les communes et les élus sont connus, leur rôle et responsabilités dans le développement local sont encore largement ignorés ou mal perçus. Cette perception se dégrade encore quant au rôle des collectivités décentralisées dans la sécurisation de l’accès au foncier rural et aux ressources naturelles locales : elles sont jugées à tout le moins impuissantes et au pire, complices des appropriations ou spoliations au détriment des plus faibles.

Un site se démarque quelque peu de cette tendance : Pakan Bobo ». Cette critique de la décentralisation a été faite par Modibo Bâ de la Fédération nationale du groupement inter professionnel de la filière bétail viande au Mali (Febevim) et Boubacar Bâ, personne ressource en matière foncière. C’était au cours de la semaine pastorale, du 27 au 29 octobre, à Nioro du Sahel. Leurs communications ont porté sur les sites concernant les zones du Delta à Mopti, dans la 5e région, la zone à production dominante pastorale ; dans la 7e région, à Gao et Ménaka ; la zone de production cotonnière, en 3e région, à Koutiala ; la zone d’agriculture pluviale en 4e région, à Tominian et la zone de production rizicole/grand périmètre étatique de l’office du Niger, en 4e région, à Ségou.

Après avoir fait une présentation des sites étudiés, Modibo Bâ et Boubacar Bâ ont restitué les résultats majeurs qui font état d’une pression foncière constante. Ils ont fustigé la décentralisation jugée comme la grande déception. De ce fait, ils ont indiqué : « la politisation excessive des élus locaux et les promesses électorales répétées et non tenues ont fortement contribué à la décrédibilisation de la décentralisation. A Saré Seyni, la taxation de la transhumance à chaque traversée de commune pour la rentrée dans les bourgoutières est particulièrement mal vécue par les éleveurs : elle est le symbole d’une augmentation inacceptable des coûts de la transhumance qui les conduit chaque année du Delta vers les pâturages du Mema, au Nord. Dans les circonscriptions, il est inutile de préciser que les communes sont perçues comme de nouveaux prédateurs et non des moindres, par les éleveurs.

Plus grave, elles poussent à l’incivilité. Plus grave encore semble la question de la gestion des marchés, du recouvrement des taxes et de leur utilisation telle qu’observée dans la zone de Ménaka ». A Saré Seyni, en octobre 2007, selon la communication, un groupe d’éleveurs avait confirmé que lors de la redescente vers les bourgoutières, chaque rentrée dans une commune est fortement taxée (jusqu’à 75 000 F par troupeau !) et il y a 6 communes à traverser. A ceci s’ajoutent des taxes ou amendes réclamées par les services vétérinaires desdites communes. « Si tu vaccines, ont-ils confirmé et que tu as les papiers, tu discutes : eux savent et pas toi ; si tu n’as pas vacciné, tu discutes aussi ; les gens sont de plus en plus malhonnêtes, ils ont besoin d’argent. Toi, ça te pousse à ne pas vacciner, à l’incivilité ».

En fin de parcours, précise la communication, viennent les taxes habituelles versées au djoro pour la rentrée dans les bourgoutières. Interrogés sur leurs stratégies face à la décentralisation, selon Modibo et Boubacar Bâ, les éleveurs sont désabusés : « quelles stratégies ? Il n’y a pas de stratégies, il y a des problèmes : c’est l’Etat et la décentralisation a aggravé les choses : il y a maintenant un autre partenaire pour nous bouffer ». Malgré tout, Modibo et Boubacar Bâ ont apporté des propositions d’options régulatrices à travers des forums paritaires et décentralisés. Ils ont soutenu que les enseignements tirés des mécanismes traditionnels de résolution des conflits dans le Delta central du Niger conduisent à explorer plusieurs initiatives d’interventions fondées sur l’intermédiation et les concertations intercommunautaires.

Des expériences récentes de négociation, ont-ils ajouté, ont donné lieu à une génération de rencontres et concertations orientées sur les mécanismes de prévention des conflits fonciers et l’engagement des acteurs en faveur du développement intercommunal. Parmi les propositions, les communicateurs ont retenu, entre autres, qu’il faut : « inventorier les conflits en vue de cerner la portée réelle, l’importance et la typologie pouvant servir de base pour la constitution de dossiers institutionnels d’intermédiation et de régulation par les instances communales de gestion des conflits… négocier le processus de gestion des espaces pastoraux et agro pastoraux dans le Delta central du Niger.

Une solution pourrait être la contractualisation progressive des relations foncières au sein des communes, mettre en place des instances communales et intercommunales de prévention et de gestion des conflits fonciers, renforcer la formation des éleveurs et renforcer les processus d’intercommunalité dans la gestion des ressources pastorales ». Ils ont soutenu que le débat sur l’avenir de l’élevage et du pastoralisme reste à l’ordre du jour dans la zone sahélienne. Des réflexions, ont précisé les communicateurs, sont menées, de plus en plus, au sein des organisations et structures d’appui des pasteurs dans la sous région.

Baba Dembélé

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