La pratique du mariage précoce préoccupe au plus haut point les pouvoirs publics au Mali où le ministère de la Promotion de l’enfant et de la Famille vient d’initier, en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), une série de concertations afin de conscientiser les populations sur les méfaits du phénomène.
Ces concertations devraient déboucher sur l’élaboration d’un plan d’action national de lutte contre le mariage précoce.
Très pratiqué dans toutes les régions du pays, mais plus particulièrement à Kayes (ouest), le mariage précoce, sur lequel on ne dispose pas de statistiques officielles, touche les jeunes filles d’à peine âgées de 11, 12 ou 13 ans, en violation du Code du mariage et de la tutelle qui fixe l’âge minimum du mariage à 18 ans pour l’homme et 15 ans pour la jeune fille.
La soixantaine corpulente, l’enseignante à la retraite Hiry Maguiraga, une pionnière de la lutte contre le mariage précoce dans le cercle de Nioro du Sahel, condamne avec fermeté cette pratique et ne manque pas d’égrener un long chapelet de cas qui l’ont interpellé.
"J’ai vu en 2005 un cas à Djewaila dans la Commune de Korera-Kore (Nioro, ouest) où une jeune fille a été mariée à l’âge de 13 ans. Elle est décédée à la suite des complications survenues lors de sa première rencontre nuptiale puisque son intestin est sorti", confie, à la PANA, la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines (CAFO) de Nioro.
Elle indique que nombreuses sont les petites filles de la région de Kayes, où les ethnies Peuls et Soninké ont du mal à abandonner la pratique, à trouver la mort ces dernières années ou souffrir de séquelles.
Selon elle, plusieurs petites filles "très brillantes" sont déscolarisées par leurs parents pour être mariées de "de force". Raison pour lesquelles elle appelle les plus hautes autorités du pays à s’investir d’avantage pour bannir à jamais ce phénomène qui s’explique souvent par les raisons matériels, culturels.
Pour lutter efficacement contre le mariage précoce dans la localité de Nioro du sahel, il a été mis dans plusieurs villages et hameau des comités de lutte, composés de chefs religieux, de villages, de notables, précise Hiry Maguiraga, qui salue pour l’occasion le rôle du "Gouvernement des enfants", groupe installé par l’UNICEF dans certains établissements scolaires du pays.
Approchée par la PANA, la jeune Fatoumata Sankaré, Présidente du Parlement des enfants du Mali, ne mâche pas ses mots pour mettre à l’index la pratique qui peut, selon elle, pour conséquences pour la jeune fille : les traumatismes physiques et mentaux, les fistules vesico-vaginales, les risques d’IST/VIH.
Vu les conséquences liées à cette pratique, Mlle Sankaré, candidate au BAC cette année, propose une large sensibilisation des population, un plaidoyer auprès des décideurs pour qu’ils prennent réellement à bras le corps le phénomène et une large vulgarisation des droits humains afin qu’ils soient plus respectés dans le pays.
Elle n’a pas manqué de préciser que le mariage précoce constitue une violation grave du droit de l’enfant et entraîne de nombreuses conséquences sur le plan socio-économique, éducatif et sanitaire. Pour elle, il constitue une entrave grave à l’épanouissement de la jeune fille et l’exclut de la scolarisation mais aussi de la participation à la gestion de la cité.
Bamako - 11/06/2009
Pana