Belmokhtar alias Khaled Abou El-Abbas, connu sous le sobriquet “Laouar”, est “un terroriste qui active toujours”. Une source bien informée nous confirme que l’ex-“émir” du Sahara est toujours en activité au nord du Mali avec une quarantaine d’hommes de nationalité algérienne, mauritanienne et malienne. Sa zone d’action s’étend sur le nord du Mali, la Mauritanie et le Niger. Sa stratégie, enlèvement des étrangers pour deux objectifs : récupérer ses compagnons détenus et empocher la rançon. Ils se retrouvent ainsi dans les camps de l’Aqmi au nord du Mali sous la “protection” bienveillante des autorités maliennes.
Au regard des derniers événements qui ont vu la libération scandaleuse des otages espagnols, il s’agit de savoir où en est la coopération du Mali dans le cadre de la lutte antiterroriste, considérée comme une “préoccupation sécuritaire majeure” dans le Sahel. Cette interrogation est d’autant plus sérieuse surtout après que le mercenaire Omar Sahraoui, jugé en Mauritanie et condamné à 12 ans de prison ferme, eut été extradé vers le Mali où il a été non seulement remis en liberté mais il a été renvoyé dans la zone de l’Aqmi au nord du Mali. Il a même participé à la remise des deux otages espagnols. Ce que confirme le médiateur burkinabé, Mustapha Chafi, qui a affirmé, dans le journal espagnol ABC, s’être rendu une dizaine de fois dans les camps de Belmokhtar au nord du Mali et négocié directement avec le chef terroriste.
Belmokhtar, recherché depuis 1993 en Algérie, n’aurait jamais implanté ses “bases” dans cette région étendue s’il n’avait pas bénéficié de la passivité, voire même de la complicité de certains responsables maliens à un haut niveau de l’État. Il jouit d’une telle estime au sein du pouvoir malien qu’on affirme qu’il n’aurait jamais planifié des enlèvements sans la consultation avec certains rouages de l’État. “Tout se fait avec la planification de l’État qui est profitable aux intermédiaires gravitant au sein du pouvoir malien”, affirment ses proches.
Un ancien de ses compagnons a révélé avoir vu “des responsables du gouvernement malien prendre du thé dans les camps d’Aqmi dans le désert lors de visites de courtoisie à un dirigeant du groupe”. Il a indiqué à l’agence Reuters qu’“un officier de l’armée malienne avait cédé au chef Mokhtar Belmokhtar deux mitrailleuses lourdes “Douchka” de fabrication russe en échange d’un véhicule tout-terrain Toyota”. Mais aujourd’hui, la question se pose sur la présence même du Mali au sein du comité d’état-major opérationnel qui réunit l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger installé à Tamanrasset. De sérieux doutes existent sur la volonté de ce pays à lutter contre le terrorisme. Pis encore, Bamako semble fuir et laisse entendre que le Mali fuit ses engagements en laissant l’Aqmi se renforcer sur son propre territoire “tant que ses actes ne touchent pas les intérêts du Mali”.
Certains responsables maliens sont en train de bâtir leurs empire et fortune en défiant la communauté internationale. Dans ce contexte, on est aussi en droit de s’interroger sur la non-condamnation de la communauté internationale de la position du Mali.
Il est intéressant aussi de savoir qui est “derrière” le Mali d’autant qu’il agit dans l’impunité totale tant qu’il n’est pas inquiété même par ces pays qui payent les rançons sans réagir ou condamner l’existence des camps de l’Aqmi. Le Mali constitue actuellement une menace pour la sécurité dans toute la région y compris l’Europe d’autant qu’il est devenu une zone de transit de la cocaïne. D’ailleurs c’est le groupe de Mokhtar Belmokhtar qui se charge de la sécurité des convois qui tracent leurs routes vers l’Égypte ou le Maroc. Selon l’Office de l’ONU contre la drogue et le crime (ONUDC), des trafiquants sud-américains sont parvenus à acheminer de la cocaïne au Mali, depuis le Venezuela, à bord d’un avion cargo Boeing. L’affaire du crash du cargo bourré de cocaïne a surtout révélé l’existence des connexions entre des hauts responsables maliens au niveau de l’État, les réseaux de la drogue colombiens et les terroristes de l’Aqmi.
Vers “l’afghanisation” du Sahel ? Les observateurs avertissent d’une éventuelle “afghanisation” de la région. Le Mali n’est pas actuellement une “priorité” pour l’Aqmi à cause de raisons tactiques. L’organisation terroriste sait faire la priorité des choses mais la situation au Pakistan, qui a manipulé les islamistes avant qu’ils se retournent contre le pouvoir, nous renseigne sur l’avenir de la région. Si le Mali continue à “protéger” les terroristes, “le jour où il décidera d’arrêter la machine du terrorisme radical, il sera trop tard”, nous explique-t-on. L’Algérie compte-elle toujours sur le Mali pour la lutte antiterroriste dans la région du Sahel selon le comité opérationnel ? Rien ne l’indique d’autant que le Mali est considéré comme “la fausse note” dans cette lutte. La Mauritanie, certes, a cédé à la pression espagnole en extradant Omar Sahraoui mais après l’avoir jugé et condamné. Le Mali lui n’a pas hésité à saisir l’occasion pour le libérer dans l’immédiat sans même étudier son cas. Ce n’est pas le cas pour la Mauritanie qui a affiché sa volonté à combattre le terrorisme vu la série des opérations militaires menées. Le Niger aussi, malgré ses moyens militaires rudimentaires, a attaqué plusieurs bases de l’Aqmi. Le Tchad est également partie prenante dans cette lutte. Preuve qu’il a attaqué la base d’Abderezzak El-Para et neutralisé 15 terroristes. Quant au Mali, sa complaisance avec le terrorisme devient par la force des choses de la complicité.
NEÏLA B.