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Aïssa Abdoulaye Alfary-Le Sahel-02-12-09

Niger:Point de presse du ministre de l’Elevage et des Industries Animales sur la situation pastorale 2009-2010

mercredi 2 décembre 2009

Appel solennel aux amis du Niger pour un appui conséquent. Le ministre de l’Élevage et des Industries Animales, M. Bakabé Mahamadou, a animé hier dans la salle de réunion de son ministère, un point de presse relatif à la situation pastorale 2009-2010.

C’était en présence du Secrétaire général, Dr Sani Zangui, des conseillers, des inspecteurs et des directeurs centraux et régionaux dudit ministère.

Dans ce point de presse, M. Bakabé Mahamadou a de prime abord indiqué que la campagne pastorale 2009-2010 a connu un démarrage précoce en zone agricole et dans certaines parties de la zone pastorale ou les pluies ont été enregistrées dès le mois de mai.

Par la suite, la zone pastorale connaîtra une succession de périodes de germination et de dessiccation qui ont négativement affecté la croissance végétative des plantes particulièrement. Ainsi, a précisé le ministre de l’Elevage et des Industries Animales, il n’y a pas eu une croissance en hauteur significative chez la plupart des plantes fourragères pour qu’elles produisent une importante quantité de phytomasse.

Pour le suivi et l’évaluation de la campagne pastorale a rappelé M. Bakabé Mahamadou, le Ministère de l’Elevage et des Industries Animales a toujours utilisé la démarche suivante : suivi décadaire de la campagne pastorale (Indice de verdure, rapports décadaires ; constats visuels des missions ministérielles ;échanges entre les missions ministérielles et les autorités administratives et coutumières et les éleveurs sur la situation pastorale ; application de la méthode du double échantillonnage pour évaluer la production fourragère au sol en zone pastorale et le carré de rendement pour les enclaves pastorales de la zone agricole ; évaluation de la production des résidus agricoles à partir des rendements céréaliers rapportés par le service des statistiques du Ministère du Développement Agricole ; analyse de corrélation entre données au sol et données satellitaires pour établir une relation entre la production au sol et la valeur de l’Indice de verdure correspondante ; élaboration de la carte de distribution de biomasse ; établissement du bilan fourrager de fin de campagne.

Le ministre en charge de l’Elevage a, en outre indiqué que, les cadres de son département ministériel et lui-même, ont entrepris d’abord une mission de pré évaluation de la campagne pastorale en août dernier dans toutes les régions à l’exception d’Agadez, car sa zone pastorale était inaccessible à cause des inondations. Tout récemment encore, du 31 octobre au 12 novembre 2009, la mission d’évaluation a sillonné l’ensemble de la zone pastorale du pays en profondeur jusqu’aux points d’eau les plus reculés.

Ces missions complètent le dispositif de suivi de la campagne pastorale composé de 70 sites de 9 Km2 chacun géo référencés et répartis à travers toute la zone pastorale et 99 enclaves pastorales localisées en zone agricole. Les coordonnées polaires de chaque site, a précisé M. Bakabé Mahamadou, permettent d’obtenir les valeurs de l’Indice de verdure correspondantes. Au cours de cette campagne, a ajouté le ministre, la pluviométrie a été non seulement erratique mais aussi de très faible intensité. La quantité des pluies tombées varie d’un endroit à un autre avec quelques zones n’ayant enregistré aucune pluie. Dans d’autres, l’arrêt des pluies a été précoce et a empêché les plantes d’achever leur cycle végétatif normal.

De nombreux postes pluviométriques sont déficitaires à plus de 80% par rapport à l’année précédente. S’agissant de la croissance végétative, il a affirmé que, dans la plupart des zones, les plantes ont connu des événements successifs de germination et de dessiccation qui ont limité leur période de croissance. Ainsi, en zone pastorale, les plantes fourragères sont restées naines dans plusieurs zones ne dépassant guère 20 cm de hauteur. En zone agricole, a poursuivi le ministre de l’Elevage et des Industries Animales, la situation a été beaucoup plus favorable avec un développement végétatif normal. Malgré tout, la production fourragère a été limitée par d’importantes infestations d’espèces colonisatrices sans réelle utilité pour le bétail.

La production fourragère totale disponible de toutes les régions est de 8. 127.672 de tonnes de matières sèches, répartie comme suit : pâturages naturels : 4.585.614 tonnes ; résidus agricoles : 4,059.696 tonnes ; production des enclaves : 82.847 tonnes. Cette production a précisé le ministre en charge de l’Elevage, ne représente que le tiers des besoins globaux du cheptel estimés à 24. 265. 001 tonnes de matières sèches. Le déficit fourrager s’élève donc à 16. 137. 329 tonnes de matières sèches.

Toutes les régions sont déficitaires ; celles de Zinder, Tillabéry et Diffa sont les plus affectées. C’est un bilan fourrager qui tient compte des besoins des animaux durant 270 jours (9 mois de saison sèche). Cependant, compte tenu de l’importance du déficit, la majeure partie du cheptel bovin ira en transhumance. On estime, a en outre indiqué le ministre, ces effectifs transhumants à environ 65% du cheptel bovin car même en année normale environ 30 à 40% vont en transhumance transfrontalière.

Du fait que les bovins sont les plus affectés par cette situation, et des coûts exorbitants des aliments du bétail, la complémentation n’intéressera que les vaches en reproduction. On estime à 70% la proportion des femelles dans le troupeau dont 10% en reproduction. Sur cette base, les besoins ont été déterminés ainsi qu’il suit : effectif des bovins restés sur le territoire national : 3 436 069 têtes ; proportion de femelles : 2 405 248 têtes ; proportion de femelles en reproduction : 240.525 têtes. Tous ces éléments évoqués, expriment un besoin total de 32 471 tonnes d’aliments complémentaires. Sur ce tonnage, les éleveurs achèteront par leurs propres moyens environ 16 235 tonnes soit 50%, l’apport des projets et ONGs environ 5000 tonnes d’où un besoin attendu de l’Etat de 11.235 tonnes dont 840 sont déjà disponibles. Le reliquat de ces 840 tonnes s’explique par le retard accusé dans la mise en place des intrants précisément en juillet 2009.

La situation pastorale actuelle étant due aux aléas climatiques, le ministre de l’Elevage et des Industries Animales lance un appel solennel aux amis du Niger pour un appui conséquent. Pour ce qui est de l’abreuvement, a indiqué M. Bakabé Mahamadou, d’une manière générale, les points d’eau de surface en zone pastorale n’ont pas connu leur niveau habituel de remplissage dans plusieurs régions. Déjà, nombre d’entre eux se sont asséchés à l’exception de ceux de la région d’Agadez où, suite à d’importants écoulements d’eau enregistrés, plusieurs mares ont encore suffisamment d’eau pour assurer l’abreuvement des animaux.

Ailleurs, a ajouté le ministre, les éleveurs ont déjà commencé à utiliser les puits, les forages et les stations de pompage. Les mouvements des animaux ont été plutôt désordonnés à cause du caractère dispersé des zones à production de fourrage. Les animaux sont concentrés dans la zone agricole et dans les poches de bonne production en zone pastorale. Actuellement, ils se dirigent surtout vers le sud dans les régions de Tillabéry et Diffa avec quelques rares mouvements nord-est dans le département de Gouré en direction de Termit et d’Aderbissinat.

On enregistre aussi l’arrivée des animaux en provenance des pays voisins. La campagne de vaccination contre la péripneumonie contagieuse bovine et la peste des petits ruminants complétée par le déparasitage tous gratuits en 2009, ont rendu la situation relativement calme. Cependant, a indiqué le ministre, on note la recrudescence des maladies pseudo telluriques rapidement jugulées par les services vétérinaires.

Face à la situation de la campagne pastorale 2009 qui s’annonce très difficile pour le cheptel national dans les mois à venir, les mesures importantes que le ministère compte prendre sont : à court terme d’informer et de sensibiliser les éleveurs en vue de leur faire valoriser toutes les zones pourvues en pâturage ; prendre des dispositions pour faciliter le départ des éleveurs en transhumance et leur séjour dans les pays d’accueil ; constituer dans les meilleurs délais un stock important d’aliments bétail ; sensibiliser la population sur la prévention et la lutte contre les feux de brousse ; foncer de nouveaux points d’eau, réhabiliter et entretenir les puits, les forages et les stations de pompage en zone pastorale ; renforcer le suivi sanitaire des animaux et mettre l’accent sur les mesures préventives ; élaborer un programme d’urgence qui prendra en compte toutes les mesures préconisées afin de sécuriser les animaux. Enfin, à moyen terme, a indiqué M. Bakabé Mahamadou, il s’agira de prendre des mesures pour la restauration des parcours dégradés et la lutte contre les espèces envahissantes ; introduire les cultures fourragères dans les systèmes de production ; encourager et promouvoir les fermes privées ; impliquer les privés dans le programme d’amélioration génétique.

Aïssa Abdoulaye Alfary

Source : Le Sahel .

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