Symbole de la paix retrouvée dans le nord du Niger, le Festival de l’Air tenu à Agadez à la mi-février marque la reprise des activités touristiques dans une région qui a souffert cruellement de l’insécurité. Cette rencontre culturelle a été délocalisée de la commune rurale d’Iférouane au village de Agharous, dans le département de Tchirozérine, en raison du danger que présentent certaines pistes : de nombreuses mines ont, en effet, été placées par les acteurs du dernier conflit sur les différents axes menant à la commune d’Iférouane.
Le 31 janvier, un vol organisé par la compagnie Point Afrique ramène plus d’une cinquantaine de touristes à Agadez. Le 14 février, un autre avion – ayant à son bord 75 touristes cette fois – atterrit sur la piste de l’aéroport Mano Dayak d’Agadez. L’arrivée de ces petits contingents de touristes fait mentir ceux qui doutaient de la reprise des activités touristiques. Elle balise surtout le terrain pour la prochaine saison touristique 2010-2011, prouvant aux yeux du monde – et même de certains Nigériens – que la capitale de l’Air ressuscite à mesure que la paix tant espérée s’installe progressivement.
Tous les acteurs de l’industrie touristique agadézienne sont à pied d’oeuvre pour démontrer que la chose est faisable même si beaucoup de pays occidentaux ont, depuis les actions terroristes du réseau Al- Quaida au Maghreb islamique (Aqmi) dans certaines régions du Niger, de la Mauritanie et du Mali, demandé à leurs ressortissants de ne pas visiter ces zones. Selon Maurice Freund, le PDG de Point Afrique venu expressément pour relancer le tourisme à Agadez, sa société voulait commencer plus tôt mais des pressions du ministère français des Affaires étrangères, qui s’opposait à ces vols en direction d’Agadez, ont entravé ses plans. « On est venu l’année dernière pour vérifier si les conditions d’insécurité étaient aussi dramatiques qu’on nous le disait et on était repartis satisfaits, explique-t-il. Pour ce premier vol, on n’a pas vraiment prévu de circuit touristique. On a invité des amis qui connaissent des façons pour calmer le jeu côté français, et qui devaient ensuite témoigner de la situation. Nous prions qu’il ne se passe rien parce nous pensons que le calme sera la clé du succès pour la suite de l’opération. »
Pour Issouf Maha, un promoteur de tourisme et représentant local de Point Afrique à Agadez, l’objectif est de prouver que la région est de nouveau fréquentable et qu’elle peut recevoir des touristes sans qu’ils soient inquiétés. « C’est vraiment un pari gagné pour nous parce que personne n’y croyait, se félicite-t-il. Les touristes peuvent donc venir chez nous. Cela va nous aider à lutter contre le chômage des jeunes, voire le banditisme. »
Dans un passé pas si lointain, Agadez était la région du Niger qui attirait le plus de touristes. En 2006 par exemple, la zone avait reçu plus de 63 000 touristes étrangers contre seulement 3000 au grand maximum en 2009… Chose certaine, il sont nombreux les Européens qui n’attendent que la reprise des activités touristiques pour venir visiter les nombreux sites touristiques de l’Air et du Kawar. Annie, jeune française de la côte d’Azur, est contente d’être à Agadez. « Je souhaite que le séjour se passe bien, dit-elle, sourire aux lèvres. Je n’ai pas peur des terroristes car j’aime Agadez. »
Christelle, elle, est une habituée des circuits touristiques. C’est son cinquième séjour dans la capitale de l’Aïr. La Suissesse ne cache pas sa satisfaction de retrouver ses amis après plus de trois ans d’absence. « Je demande aux touristes qui hésitent encore de comprendre que la paix est revenue à Agadez, lance-t-elle. Nous avons déjà fait un tour dans la ville et n’avons rencontré que des populations ravies de renouer avec le tourisme, qui est leur principale source de revenus. »
La population, dont la majorité ne vit en effet que du tourisme, ne comprend pas que certains pays déconseillent fortement à leurs ressortissants de visiter le Niger. Boubacar Yacouba, un tailleur chassé d’Agadez par l’effondrement de l’industrie touristique et qui vit maintenant à Niamey, se souvient des belles années où les activités touristiques y marchaient rondement. Il est optimiste : « Les rebelles ont déposé les armes pour entreprendre le seul combat qui vaille : celui de la lutte contre le chômage des jeunes, source de tous les problèmes. Les gens sont vigilants et empêcheront que les terroristes perturbent les circuits touristiques car ce secteur leur rapporte beaucoup. »
Les trois années sans touristes ont poussé beaucoup d’artisans de l’Aïr à l’exil. Oumaha Assaleck par exemple, un bijoutier du village de Attri à l’est d’Agadez, a été contraint de venir s’installer au quartier Château 1 de Niamey, où il loue une minuscule boutique pour 15.000f Cfa par mois. Pour écouler ses bijoux, il a été jusqu’au Mali, au Burkina et au Sénégal. Il a aussi participé à plusieurs expositions à Paris et à Bordeaux. Agé d’une trentaine d’années et père de trois enfants, il trouve difficile de vivre à Niamey car la capitale ne lui permet pas de bien vivre de son métier. Il dit avoir du mal à écouler ses bijoux car il peut rester plus de deux semaines sans rien vendre. « En temps de paix, nous n’avions pas besoin de quitter notre région pour écouler nos produits car les activités marchaient bien, se rappelle le jeune bijoutier. Cette paix nouvelle, nous devrons la préserver afin que les touristes qui recommencent à venir à Agadez retournent chez eux avec de bons souvenirs. »
« Seuls les touristes achètent nos produits à de bons prix, lance Ouhoudan Houdoudou un forgeron du quartier Dagmanet. Des chaînes que nous vendons à 7.000f Cfa à des touristes, nous sommes obligés de les lâcher à 4.000f Cfa à Niamey. Vraiment, nous implorons Dieu pour que cette paix soit définitive ! »
David Yacouba