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Le Pays N°4572 du lundi 15 mars 2010

L ’équilibrisme inopportun de la junte

mardi 16 mars 2010

Au Niger, la junte a frappé un grand coup en décidant d’interdire aux militaires, de même qu’aux membres du gouvernement actuel, de se présenter comme candidats aux élections à venir. Cela est à son honneur. Toutefois, elle a tancé la classe politique, jugée dans son ensemble d’être responsable de la crise ayant conduit au coup d’Etat de décembre dernier.

Un petit jeu d’équilibrisme destiné à édulcorer les responsabilités qui pèsent sur les épaules de Mamadou Tandja, seul coupable du dysfonctionnement de l’expérience démocratique. Il est à craindre que la nouvelle position d’équilibriste de la junte ne dispense l’ancien régime de rendre des comptes au peuple du Niger. La junte nigérienne avait commencé à habituer l’opinion à des prises de position et à des mesures considérées comme appropriées. Ainsi en est-il de la libération progressive des barons du régime renversé, et de la levée des mesures arbitraires qui frappaient les opposants. Par ailleurs, les auteurs du coup d’Etat avaient rapidement modéré les ardeurs des activistes qui multipliaient les marches et autres manifestations de soutien en leur faveur. Mais autant ces mesures ont réconforté l’opinion, autant cette dernière s’interroge quant aux tenants et aboutissants des toutes dernières décisions.

Certes, on ne peut dénier à la junte le droit de chercher à s’affirmer ou de vouloir donner le sentiment qu’elle évolue en dehors de toute influence. Mais lui sera-t-il possible de se soustraire longtemps à l’appui de ceux qui ont âprement combattu le régime qu’il vient de remplacer ? A vouloir être trop égalitariste, ou à verser dans l’équilibrisme, la junte ne finira-t-elle pas par devenir...injuste ? A terme, un tel style pourrait bien conduire à dédouaner le régime Tandja qu’elle semble bien ménager. En effet, où sont les vrais coupables des dérives autocratiques de l’ancien Chef de l’Etat du Niger ?

Où sont ces nombreux thuriféraires du régime défunt ? Que sont devenus ces porte-paroles, ces élites coupables d’avoir conduit le président au parjure ? Ne devront-ils pas rendre compte un jour de leurs forfaitures ? La junte doit comprendre que le fait de gérer la transition ne doit pas signifier faire la politique de l’autruche. Agir de la sorte, pourrait compromettre la renégociation du virage démocratique et du même coup favoriser la réhabilitation des faucons du régime Tandja. Ce qui frappe dans les dernières mesures, c’est d’abord la rapidité de l’acte. A son avènement, la junte avait affiché sa détermination à ne pas conserver le pouvoir conquis au moyen du coup d’Etat. En un temps record, elle prend un décret comme pour lever toute équivoque.

Non seulement les dirigeants actuels ne seront pas candidats aux prochaines consultations électorales, mais encore ils ne pourront pas se prévaloir d’une quelconque démission pour tenter de se frayer un chemin vers le pouvoir. Mais quand la junte rend responsable toute la classe politique nigérienne de la malgouvernance de Tandja, cela procède-t-il de son désir de s’affirmer ? ou de sa volonté de ressusciter la méthode du défunt président Kountché qui a longtemps valorisé le recours aux technocrates et la mise à l’écart des partis politiques ?

Dans son ensemble, il est vrai, la classe politique a participé d’une manière ou d’une autre à la gestion du régime Tandja. Mais tous les acteurs politiques nigériens ne peuvent être mis dans le même panier. Certes, des politiciens ont été des compagnons de route de Tandja. Toutefois, les plus grands responsables en sont Mamadou Tandja himself et ses plus proches lieutenants.

En ce qui les concerne, l’opposition politique et la société civile nous semblent avoir fait leur part du chemin : multiples prises de position, marches de protestations, entre autres. Rien, pas même les nombreuses mesures de répression, n’avaient pu ébranler leur détermination. L’opposition, dans son ensemble, a sérieusement lutté contre les abus. On se souvient encore avec émoi du courage des députés nigériens qui n’avaient pas hésité à désavouer et à renverser le Premier ministre. Dans la société civile, la coalition contre la vie chère avait mené une lutte âpre contre les spéculateurs et les spoliateurs de l’économie nationale. Partout, on se félicitait de la particularité du jeu démocratique en cours au Niger.

Celui-ci devait plus tard être victime de dérives graves qui ont à jamais marqué l’histoire de ce pays. L’Assemblée nationale, alors temple de joutes oratoires, était devenue à un moment donné le siège des intrigues et de la politique politicienne. Le blocage survenant lorsque ses conditions sont réunies, dans son acharnement, l’ex-président Tandja avait en effet cherché et réussi à écarter les députés. Ceci, pour éviter de se voir traduire devant la Haute cour de justice pour parjure. Outre la répression, les partisans du chef de l’Etat l’avaient également poussé à méconnaître et à dissimuler les réalités de la famine qui tenaillait les populations. Des méthodes de gestion criminelles et intolérables.

La junte tiendra-t-elle parole en remettant le pouvoir aux civils ? Il faut l’espérer et souhaiter également qu’elle œuvrera de manière à traduire tôt ou tard les coupables de forfaitures devant la justice. Or, Mamadou Tandja est de l’armée et les dirigeants de la junte sont issus de la grande muette. Certains sont peut-être de purs produits du régime Tandja. Ils ont pris soin de faire le coup d’Etat au lendemain du 22 décembre dernier, date après laquelle le régime était considéré comme illégal. C’est dire combien les démocrates nigériens doivent demeurer vigilants.

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