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Daba Balla KEITA- Nouvel Horizon, 22/10/2009

Insécurité alimentaire au Mali : Une alliance comme bouclier

jeudi 22 octobre 2009

En ces temps de crise économique mondiale qui domine l’actualité, il n’est pas inutile de rappeler que tout le monde ne travaille pas dans un bureau ou dans une usine. La crise frappe de plein fouet les petites exploitations agricoles et les zones rurales, où vivent et travaillent 70% des personnes souffrant de la faim dans le monde.

Venant dans le sillage de la crise liée à la flambée des prix des denrées alimentaires et des produits énergétiques en 2007-2008, cette deuxième crise met les zones rurales des pays en développement dans une situation critique en frappant les pauvres.

Et avec l’aggravement du chômage, ceux qui avaient quitté leurs familles pour aller travailler en ville ou à l’étranger ne peuvent plus envoyer autant d’argent chez eux. Dans les petits villages agricoles, les pauvres ont déjà dépensé toutes leurs économies pour acheter de quoi se nourrir.

Au Mali, une alliance est née Contre la faim. Cette structure, composée d’agents de l’Etat et de la société civile, a animé le mardi 20 octobre 2009, une conférence-débats à l’Hôtel Salam de Bamako. La rencontre a enregistré la présence de Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé, ancienne ministre, ancienne Secrétaire Exécutive du CILSS, Mme Lansry Nana Yaya Haïdara, Commissaire à la Sécurité Alimentaire, Mahamadou Talata Maïga, secrétaire à la communication de l’Alliance Contre la Faim au Mali, entre autres.

La crise économique mondiale domine l’actualité et est au premier rang des préoccupations des gouvernements. Ceux-ci cherchent à remettre les économies sur la voie de la prospérité à coups de milliards de dollar US. Mais qui va renflouer les caisses des pauvres ?

Le présent document examine l’impact de la crise économique sur les pays en développement, les moyens dont ils disposent pour mettre les plus vulnérables à l’abri de la faim et les investissements à mettre en oeuvre pour prémunir le secteur agricole contre de fitures crises et même les moyens à fournir aux agriculteurs pauvres pour qu’ils puissent tirer parti de la hausse des prix des denrées alimentaires.

Cette récession n’est pas la première. Il faut tirer les enseignements des mesures prises par les différents pays pour défendre la sécurité alimentaire au cours des chocs précédents afin d’être mieux à même d’affronter ceux de demain.

CRISE ALIMENTAIRE ET CRISE FINANCIERE

L’indice des prix alimentaires de la FAO a augmenté en moyenne de 52% de mi-2007. Le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde a augmenté de 75 millions en 2007. Puis, en juillet 2008, les prix des produits alimentaires ont commencé à baisser. Mais cette tendance à la baisse ne marque pas la fin de la crise alimentaire.

D’après le Fonds Monétaire International, les cours mondiaux des céréales restent supérieurs de plus de 63% à leur niveau de 2005. Les facteurs qui ont été à l’origine de la crise alimentaire n’ont pas disparu : faible productivité agricole, des problèmes liés au taux de croissance démographique élevé dans nombre des pays qui sont les plus exposés à l’insécurité alimentaire, difficulté d’accès à l’eau potable et au foncier, fréquence élevée des inondations et des sécheresses, faible investissement dans la recherche agricole entre autres.

La crise des prix des produits alimentaires a été suivie par la récession économique mondiale. Du fait de la baisse des salaires et de l’augmentation du chômage qu’elle a entraînées, les pauvres doivent maintenant affronter deux crises à la fois. Autre facteur d’aggravation, la plupart des mécanismes d’adaptation auxquels recourent les pauvres pour affronter la crise alimentaire ont déjà été épuisés.

Par exemple, il est maintenant difficile de vendre des actifs pour éviter une réduction brutale de la consommation, parce qu’il ne reste plus guère d’actifs à vendre. Il devient plus difficile d’émigrer parce que les pays développés sont eux-mêmes confrontés à la récession. Le resserrement du marché du crédit rend difficile d’emprunter pour financer la consommation.

Le ralentissement des investissements directs étrangers et la baisse des exportations de matières premières devraient se traduire par un accroissement du chômage dans les pays pauvres. Compte tenu des perspectives économiques des pays riches, on s’attend à une baisse de l’aide au développement et de l’assistance humanitaire.

Selon la Banque Mondiale, en 2008, le montant officiel des envois de fonds des travailleurs émigrés se chiffrait à quelque 300 milliards d’USD, soit 2% du produit intérieur brut de l’ensemble des pays en développement. Le ralentissement de l’activité, en particulier dans le secteur de la construction et dans l’industrie manufacturière- qui traditionnellement font largement appel aux travailleurs immigrés- entraînera une forte baisse du montant des envois de fonds destinés aux familles des villes comme des campagnes.

PROTEGER LES PLUS VULNERABLES

Si on laisse de côté l’assistance à long terme au développement agricole dont il sera question plus loin, il est évident que les membres les plus vulnérables de la société ont besoin d’aide maintenant. Il ressort de l’examen ci-après des mesures publiques d’intervention que, même en temps de crise, il est possible de soustraire les personnes aux pires effets de la faim et de la malnutrition.

La première condition pour pouvoir arriver jusqu’à ceux qui ont faim est de savoir qui ils sont, où ils se trouvent et dans quelle situation ils sont. Les gouvernements suivent l’évolution des prix des produits alimentaires pour déterminer quelles régions et quelles collectivités du pays pâtissent le plus de la faim. Leurs filets de sécurité sociale peuvent alors être déployés sur les plus vulnérables, sous la forme notamment de programmes de distribution de produits alimentaires, de système d’allocutions en espèces, et de programmes alimentaires et d’embauche divers.

Les programmes sociaux en faveur de ceux qui ont faim doivent être soigneusement adaptés aux circonstances. Ainsi, des allocations en espèces ou des bons alimentaires peuvent améliorer l’accès aux aliments là où les marchés alimentaires fonctionnement bien et lorsque l’objectif est de renforcer la capacité d’acheter des aliments, mais si les marchés alimentaires ne fonctionnent pas correctement, comme dans des zones éloignées ou déchirées par des guerres, une aide alimentaire directe ou un programme de vivres-contre-travail peut s’avérer plus approprié.

Les programmes de protection sociale fondés sur les activités productives peuvent également jouer un rôle important. Par exemple, au Malawi et en Ethiopie, les subventions pour les achats de semences et d’engrais et des mécanismes novateurs d’assurance des récoltes font désormais partie des mesures de protection sociale. Un pays, qui enregistre un ralentissement de l’activité de 4% en raison de la crise, peut s’attendre à une augmentation de 2% de la malnutrition infantile.

Afin de combattre les carences en incoutriments chez les enfants et les autres groupes vulnérables comme les femmes enceintes ou les mères qui allaitent, les programmes alimentaires devraient s’efforcer de maintenir ou d’améliorer la diversité du régime alimentaire, voire de distribuer des suppléments en micronutriments ou des aliments enrichis. Des programmes de cantines scolaires peuvent répondre aux besoins des enfants plus grands.

Parmi les mesures à plus long terme peuvent être envisagées les mesures de soutien à la petite industrie produisant des aliments de sevrage de qualité, celles visant à soutenir et promouvoir l’allaitement maternel, la mise en place de programmes d’éducation en matière de nutrition et le suivi de la croissance des enfants.

L’INVESTISSEMENT DANS L’AGRICULTURE

Selon les estimations, la production mondiale de céréales aurait atteint, en 2008, le chiffre record de 2 245 millions de tonnes, quantité suffisante pour couvrir les besoins manuels et permettre une modeste reconstitution des stocks mondiaux. Cette augmentation est toutefois à inscrire à l’actif des pays développés, qui ont réagi à l’évolution des prix en augmentant leur production céréalière de 11%. Pour les pays en développement, en revanche, l’augmentation n’a été que de 1,1%.

En fait, si l’on exclut la Chine, l’Inde et le Brésil, la production dans le reste du monde en développement a en fait de 0,8%. Les exploitants agricoles les plus pauvres et les plus exposés à l’insécurité alimentaire, ceux qui avaient le plus grand besoin de tirer parti de la hausse du prix des céréales, n’ont pas pu saisir l’occasion pour accroître leur production, faute d’un accès suffisant aux intrants ou aux possibilités de commercialisation.

Selon les calculs de la FAO, l’agriculture des pays en développement a besoin d’investissements de 30 milliards d’USD par an sous forme d’aide aux agriculteurs. C’est le niveau d’investissement nécessaire pour atteindre l’objectif du Sommet mondial de l’alimentation de 1996 consistant à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici 2015.

Ce montant est faible lorsqu’on le rapproche des 365 milliards d’USD dépensés en 2007 pour soutenir l’agriculture dans les pays riches, des 1 340 milliards d’USD dépensés chaque année dans le monde sur les armements, et des milliers de milliards rapidement trouvés en 2008-2009 pour soutenir le secteur financier.

Un investissement annuel de 30 milliards d’USD produirait un bénéfice annuel global de 120 milliards d’USD qui permettrait d’améliorer la productivité agricole et consolider les moyens d’existence et la sécurité alimentaire dans les communautés rurales pauvres, mettre en valeur et conserver les ressources naturelles, étendre et améliorer les infrastructures rurales et élargir l’accès au marché, renforcer la capacité en matière de production et diffusion des connaissances, assurer l’accès à l’alimentation pour les plus démunis au moyen de filets de sécurité sociale et autres modalités d’assistance directe.

Des investissements tant publics que privés seront nécessaires, des investissements publics ciblés viseront à promouvoir et à faciliter les investissements privés, notamment par les exploitants agricoles eux-mêmes. A titre d’exemple, une nouvelle route publique dans une région fertile rend les investissements privés rentables dans cette région.

Le nombre de personnes sous-alimentées ayant augmenté approximativement de 105 millions en 2009, on compte à l’heure actuelle, 1,02 milliard de personnes souffrant de la famine dans le monde, ce qui signifie que presque un sixième de l’humanité est victime de sous-alimentation.

A l’occasion de la Journée et de la Semaine Mondiale de l’Alimentation 2009, réfléchissons à ces chiffres et aux souffrances humaines qu’ils recouvrent. Crise ou pas, nous disposons des connaissances requises pour lutter contre la faim. Nous sommes aussi capables de trouver de l’argent pour résoudre des problèmes lorsqu’on les considère importants. Travaillons ensemble pour garantir que la faim soit reconnue comme un problème critique et trouvons une solution.

Le Sommet mondial de l’alimentation proposé par la FAO pour le mois de novembre 2009 pourrait être fondamental pour l’éradication de la faim dans le monde.

Daba Balla KEITA

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