Il est targui, citadin, mais il ne peint que la vie nomade :
Najim Amoumane, peintre des mémoires
« Je demande à ma mère, à mes parents encore nomade en visite à Niamey, de me raconter leur vie sous tous ses aspects. La chose que j’essaie de reconstituer dans mes tableaux.. C’est ma façon de présenter ceux qui vivent loin, et par la même occasion de vivre ma tradition targuie ».Ainsi, explique Najim Amoumane, un jeune artiste peintre targui, l’essence même de son travail. Niaméen de naissance, il n’a jamais vécu dans le désert et y avait séjourné rarement. Mais depuis qu’il a fait de la peinture son moyen d’expression, il n’a cessé d’y vivre, à sa manière. Pour le faire, il exploite les mémoires de ses proches. « Je ne l’habite pas mais il m’habite », dit-il à propos de son attachement au désert. Mais le désert, avec sa beauté et sa symbolique, n’est qu’un cadre de vie. Laquelle fait l’objet de la totalité de ses œuvres. Ce raisonnement, traduit en fait l’essentiel de son œuvre : malgré la densité des couleurs, les tableaux de Najim sont d’une étonnante transparence. C’est la légèreté des souvenirs, la reconstitution de ceux des autres, et la volonté de les immortaliser. Le résultat : paysages, animaux, portraits, fêtes, habits, bijoux et maquillage…présentés en vue d’ensemble, ses tableaux donnent un aperçu de l’élégante et multicolore tradition nomade targuie ou, parfois, peule. Dés son jeune age, Najim commence à s’initier au dessin avec les enfants du quartier que le doyen, son oncle et célèbre peintre Rhissa Ixa, invitait à son atelier le soir après l’école. A l’âge de dix ans, il quitte l’école et regagne l’atelier pour de bon. Il commence par la décoration sur la poterie entamant ainsi son aventure dans l’univers des formes et des couleurs. Son premier tableau remonte à 1992. Il le vend. Une première expérience réussie. Et le disciple gagne la satisfaction de son maître. Plus tard, il prend part à plusieurs ateliers et expositions collectives aux côtés d’autres artistes connus, surtout dans le domaine de la peinture naïve. En avril 2000, il se voit invité en Côte d’Ivoire, son nom et une de ses œuvres figurent sur le catalogue du Masa, le Marché Africain des Spectacles et des Arts d’Abidjan. Il fera cette fois-ci la fierté de Rhissa Ixa. Sa participation, en novembre 2002, à Gamou’art, une rencontre d’artistes nigériens et européens au bord du fleuve Niger, est considérée comme un tournant dans sa carrière. Non seulement il y côtoie les artistes abstraits confirmés du Niger, mais il découvre les différentes techniques de travail d’autres artistes étrangers. Echanges et brassage, qui caractérise actuellement ses travaux. Ses lamelles et couteaux étendent la peinture aux couleurs éclatantes (rouge, jaune, bleu), sur les toiles, et leur donnent un aspect raboteux. Il ne s’agit pas là d’une quelconque symbolique, mais d’un simple exercice de style d’un artiste qui tente de personnaliser son travail. Il tente de se libérer de l’importance du détail et la finesse des traits, choses communes aux disciples de Rhissa Ixa, et aux artistes naïfs en général. Naïf ou figuratif, la vie nomade à travers les mémoires reste le principal thème de la peinture de ce peintre targui né et élevé loin du désert. Il la peint sous différentes facettes avec beaucoup d’amour et de nostalgie.
Mohamed Bouhari