Halim H., au CERN depuis 2003, avait manifesté son envie de commettre au moins un attentat. Il en était au stade « de souhait, d’envie », selon des sources proches du dossier.
Travaillant pour le CERN et à l’EPFL, Halim H., 32 ans, n’a absolument pas le profil des jeunes désoeuvrés des banlieues françaises attirés par Al-Qaida au pays du Maghreb islamique. La police française n’a pas encore sollicité la collaboration de la Suisse. A Lausanne, ses ordinateurs attendent d’être saisis
Jeudi dernier, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) arrêtait à Vienne, dans le département de l’Isère (France), deux frères soupçonnés d’être en relation par Internet avec Al-Qaida au pays du Maghreb islamique (AQMI). Le plus jeune d’entre eux a été remis en liberté hier soir, sans charge retenue contre lui.
Fin mai 2009, une cellule d’Al-Qaida basée au Mali avait annoncé sur un site islamique qu’elle avait décapité Edwin Dyer, un touriste britannique, enlevé quelques mois auparavant en même temps qu’un couple de Suisse et une Allemande.
L’aîné, Halim H., 32 ans, est un physicien travaillant pour le Centre européen de recherche nucléaire (CERN) de Genève et chargé de cours à l’EPFL (lire encadré). L’un des derniers travaux de Halim porte sur le « contrôle des faisceaux éjectés du synchrotron à protons du CERN au moyen d’un ordinateur en mode conversationnel ». « Si les faits sont avérés, comment un ingénieur d’un aussi haut niveau a-t-il pu être conduit à soutenir une telle organisation terroriste ? » s’interroge Mathieu Guidère, professeur de veille stratégique multilingue à l’Université de Genève. Agrégé d’arabe, il est l’un des meilleurs spécialistes d’Al-Qaida au Maghreb. Habituellement, le terrorisme islamiste recrute chez les chômeurs et les petits délinquants. Pas chez les diplômés de l’université Pierre et Marie Curie de Paris.
Intention de passer à l’action
Que reproche-t-on à Halim et à son jeune frère âgé de 25 ans ? Non seulement d’être allés sur des sites Internet djihadistes proches de la mouvance d’Al-Qaida, comme Al-Ekhlass, mais aussi d’avoir répertorié des cibles potentielles pour commettre des attentats. « Pour qu’un magistrat délivre une commission rogatoire, on peut penser que les suspects ne se contentaient pas de fanfaronner. Ils envisageaient clairement de passer à l’acte », estime Mathieu Guidère. Les services secrets ont ainsi saisi au quartier de l’Ile, une cité HLM à Vienne, au sud de Lyon, deux ordinateurs portables, trois disques durs et des clés USB. Les deux suspects ont été transférés dans les locaux de la DCRI à Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine.
« C’est une famille très nombreuse, installée à Vienne depuis une vingtaine d’années. Le plus jeune n’a apparemment pas d’occupation bien précise. Quant au physicien, il travaillait très souvent à son domicile », raconte Benjamin Boutier, journaliste du Dauphiné Libéré à Vienne. Halim H., en présentant sa thèse en 2006, se définit comme « un jeune garçon qui a tenté le pari de l’école ».
Frapper la mouvance islamiste
« Al-Qaida au pays du Maghreb est l’organisation la plus antifrançaise. Elle est intervenue récemment pour dénoncer les propos de Nicolas Sarkozy sur la burqa. Mais jusqu’à présent, elle n’a jamais réussi à recruter des opérationnels, susceptibles de commettre des attentats sur le territoire français », fait remarquer Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris également spécialiste d’Al-Qaida. La stratégie des services secrets français consiste à « frapper la mouvance islamiste avant qu’elle ne nous frappe ».
En ce qui concerne Halim H., toute la question est de savoir si l’on peut juger les intentions avant le passage à l’acte. Selon nos sources, il n’aurait pas acheté d’explosifs, ce que l’on appelle dans le jargon antiterroriste des « actes matériels de préparation ». Le journaliste Jacques-Marie Bourget, spécialiste du renseignement, se montre dubitatif. « Sarkozy a créé un grand service de renseignement, en regroupant la DST et les RG. La DCRI se retrouve dans l’obligation de faire du « chiffre », d’arrêter des « terroristes » pour montre son efficacité. On a vu ce qu’a donné l’enquête sur les sabotages de la SNCF : un fiasco total. Tous les suspects ont été libérés. »
Les ordinateurs du suspect seraient toujours à l’EPFL
Halim H. serait entre autres chargé de cours à l’EPFL. « Il y a une personne qui correspond aux descriptions parues dans les médias, confirme le porte-parole Jérôme Grosse. Mais il n’y a pas de certitude à ce stade. » Ce physicien venait à Lausanne une fois par semaine. Contacté, le directeur du Laboratoire de physique des hautes énergies au sein duquel le présumé terroriste travaillerait ne souhaite pas s’exprimer. « D’après ses collègues, il n’y avait rien de suspect dans son comportement », rapporte Jérôme Grosse. L’EPFL s’est mise à disposition de la police fédérale (FedPol). « Pour l’instant, les ordinateurs qu’il utilisait sont toujours chez nous. » A Berne, on affirmait hier soir ne pas encore avoir reçu de demande d’entraide de France. « Nous avons été informés de l’arrestation, mais l’affaire est entre leurs mains », précise le porte-parole de la FedPol. A. H.