Deux ans après la tenue du forum sur l’éducation, l’école malienne souffre toujours de ses maux. Notre capitale Bamako est bondée d’étudiants surtout ceux venus de l’intérieur du pays comme de l’étranger. Ces étudiants sont logés soit chez des parents ou au campus universitaire pour pouvoir continuer leurs études. Souvent n’ils ont pas de soutien autre que la bourse scolaire et quelque apport matériel et financier des parents. Avec l’arrêt des cours à cause des grèves du corps professoral de nos établissements supérieurs, les étudiants vivent un calvaire en cette période. Les étudiants en général et ceux venus des régions sont les plus touchés par cette grève. Vu la situation de plus en plus insupportable, beaucoup d’étudiants ont choisi d’autres voies de recours pour pouvoir s’en sortir. Certains des étudiants se sont prêtés à notre enquête.
Binta Koné, étudiante en licence à la Faculté des Lettres, Langues, Arts et des Sciences Humaines (FLASH) témoigne : « je viens de la région de Sikasso, précisément du cercle de Koutiala. Je vivais au campus mais à cause de l’interruption des cours je suis descendu chez une cousine à Faladié. Dans cette famille les conditions n’étant pas aussi faciles, je compte retourner auprès de mes parents si la grève continue. Après pas mal de petits boulots, je ne sais plus quoi faire ».
« A cause de la grève des professeurs, ironise Boubacar Traoré étudiant en 2ème année à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG), j’ai changé mon stylo à la manche des pelles auprès des maçons comme ouvrier en attendant la fin des grèves dont nous sommes tous victimes car c’est nous, les jeunes d’aujourd’hui qui constituent l’avenir du pays ». Pour lui, si l’éducation et l’enseignement sont hypothéqués, c’est l’avenir qui est compromis. « Je vois que cette grève a engendré trop de problèmes : la dépendance grandissante et surtout le gain facile corporel chez nos étudiantes. Il s’agit de la prostitution estudiantine. Bien que cela existe même en temps normal, mais avec l’arrêt des cours et pour leur survie beaucoup d’étudiantes se sont laissés aller à cette pratique », constate t-il avec amertume.
Selon Adama Dembélé, étudiant en première année socio-anthropologie au Centre d’Enseignement Supérieur de Bamako (CESB), la grève des professeurs doit être réglée le plutôt possible. « Les étudiants ne savent plus à quel saint se vouer, les professeurs insistent sur leurs doléances et les solutions gouvernementales tardent à venir. Dans cette situation tendue et complexe, les premières victimes sont nous les étudiants », a souligné un interlocuteur agacé. Souvent loin des parents ou logés dans les conditions pénibles l’arrêt des cours tourne au désespoir pour ces jeunes.
« Si sa continue ainsi, je chercherai d’autres issues car mes parents comptent sur moi, même s’il faut aller à l’aventure », a conclu ce dernier.
Beaucoup d’étudiants sont dans cette précarité et voient avec incertitude l’avenir scolaire de la nation. Malgré ses multiples efforts, le gouvernement reste interpellé face à l’école malienne qui traverse l’une des pages les plus sombres de son histoire.
Fabou I Traoré