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L’Expression.DZ - 16 Mai 2010

Etat des lieux du livre amazigh

dimanche 16 mai 2010

La tenue du Salon du livre amazigh, organisé par le Haut Commissariat à l’amazighité, à Bouira à partir du 17 du mois en cours est une occasion pour faire une halte et observer où en est le livre écrit en langue amazighe. Désormais, ce dernier est une réalité incontestable. Quinze ans après l’introduction de la langue amazighe dans le système éducatif et huit après sa constitutionnalisation comme langue nationale, tamazight possède une bibliographie respectable et qui permet d’espérer. Des éditeurs vont jusqu’à nous confier que le créneau du livre amazigh est porteur. Par exemple, tous les livres ayant pour contenu les anciens poèmes kabyles ou les contes, proverbes sont également très demandés par le lectorat de même que les lexiques. Le roman écrit en tamazight possède aussi une part respectable sur le marché du livre. Parmi les romans qui marchent très bien dans les librairies, on pourrait citer ceux de Amar Mezdad. Mais d’autres livres encore se vendent assez bien à l’instar de la traduction en tamazight du livre du moudjahid Chérif Ould El Hocine, Gul Umenugh traduit et publié par les éditions « Le Savoir ». Cette même maison d’édition a publié des ouvrages en tamazight qui ont battu tous les records en matière de vente comme les ouvrages de Larab Mohand Ouramdane sur Si Mohand U M’hand et le poète El Hadj Arezki Ouhaouache. Le livre écrit par Mohand Zine Arab sur Si Mohand U M’hand a aussi trouvé un bon écho chez les lecteurs aussi bien que Awal swawal de Hocine Toumi. Les éditions « Le Savoir », créées en 2004 ont publié pas moins de vingt livres écrits en tamazight, soit plus de 50% de leur production. C’est le cas aussi des éditions « Tira » de Béjaïa, qui ont à leur actif 16 livres, édités en tamazight. D’autres éditeurs s’intéressent de plus en plus au livre amazigh, comme « l’Odyssée » et « El Amel » qui en comptent des dizaines. Sans oublier les autres maisons d’édition comme « Baghdadi », « Casbah Editions » et tant d’autres lesquelles ont toutes apporté leur contribution à la promotion du livre amazigh. Le Haut Commissariat à l’amazighité, bien que ce ne soit pas sa vocation principale et ayant compris l’enjeu déterminant de l’écrit, a publié depuis sa création, 180 livres en tamazight. Il est actuellement impossible de donner le nombre exact de livres publiés dans la deuxième langue nationale de l’Algérie mais une chose est indéniable, le processus est enclenché et le livre amazigh est incontournable. Alors qu’il n’y a pas longtemps, le nombre de livres publiés en tamazight se comptait sur les doigts d’une seule main, aujourd’hui, la situation est vraiment tout autre. Ainsi, en parcourant la bibliographie amazighe, le lecteur peut découvrir, avec plaisir, des ouvrages variés comme les romans de Amar Mezdad : Id d wass, Tagrest urghu et Ass-nni. On peut aussi citer Ccna n yefzaz de Laïfa Aït Boudaoud, Tighersi de Mohand Aït Ighil, Lwali n wedrar de Belaïd Ath Ali, Asfel et Faffa de Rachid Alliche, Timlilit n tghermiwin de Djamel Benaouf, Aechiw n tmes de Lynda Koudache, Yugar icherig tafawets de Ahmed Nekkar, Tafrara et Ighil d wefru de Salem Zenia, etc. La liste est encore longue. Plusieurs ouvrages et des classiques ont été aussi traduits en tamazight comme Le Fils du pauvre de Mouloud Feraoun traduit par Moussa Ould Taleb, Le Prophète de Jibran Khalil Jibran, traduit par Farid Abache, Rummana de Tahar Ouattar, Le Petit Prince de Antoine de Saint-Exupéry... Des extraits d’autres romans ont été traduits en tamazight comme ceux de Mouloud Mammeri et Tahar Djaout. Les extraits en question ont été publiés dans la revue « Izen Amazigh » de la Fédération des associations amazighes. D’autres manuscrits ont été édités dans des revues qui paraissent en Europe comme le roman de Fatiha Merabti, publié dans la revue « Tiziri » de l’association culturelle des Berbères de Bruxelles. Le livre amazigh est la base du développement et de la promotion de la langue amazighe. Sans lui, tous les efforts en cours pour la réhabilitation de l’amazighité resteront vains. Sans le livre, tamazight retombera dans le même piège que celui du passé. L’oralité a failli être fatale à cette langue millénaire. Les activités artistiques et folkloriques ne durent que le temps de leur tenue alors que le livre est éternel. Cet enjeu semble avoir été saisi par une bonne partie de ceux qui ont la charge du dossier amazigh. C’est pourquoi, aujourd’hui, on parle de plus en plus de la nécessité de mettre le paquet sur l’édition du livre amazigh.

Aomar MOHELLEBI

BRAHIM TAZAGHART, EDITEUR ET ECRIVAIN « Tamazight a de l’avenir » 16 Mai 2010 - Page : 18 Lu 284 fois

C’est un véritable défi que s’est lancé Brahim Tazaghart. Après avoir écrit et publié plusieurs livres en tamazight, cet écrivain originaire de la wilaya de Béjaïa, a lancé une maison d’édition dans cette même ville. Il s’agit des éditions « Tira », qui ont, à ce jour, publié seize livres en tamazight. Cette maison d’édition ne compte pas s’arrêter là. Elle continuera à faire de l’édition et à rester fidèle au livre amazigh.

L’Expression : Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans le livre amazigh en dépit de tous les risques commerciaux que cela comporte ? Brahim Tazaghart : Parce que je crois que cette langue a de l’avenir, qu’elle mérite de vivre au-delà de 2050, date de la mort de tamazight comme annoncé par l’Unesco. C’est un défi que de travailler à faire de notre langue celle du savoir et du développement à l’ère de la mondialisation. Il y a aussi une question d’honnêteté : quand nous réclamons le développement de tamazight, nous devons être les premiers à prendre des risques. C’est une question d’éthique.

Sur quels critères acceptez-vous les livres à éditer en tamazight ? Le livre doit être publiable, ce qui veut dire qu’il doit répondre aux normes d’une oeuvre écrite : le genre, la qualité de l’écriture au niveau du contenu et de la forme. Il y a des critères de classification du roman, de la nouvelle, et l’oeuvre à accepter doit satisfaire les exigences de la création écrite.

Quel est le genre qui se vend le mieux : roman, nouvelles, contes, poésie ou essai, etc. ? Le genre qui marche le plus est incontestablement le dictionnaire, puis le roman, viennent ensuite la nouvelle, le conte, l’essai comme Iberdan n tisas. La poésie se vend difficilement.

Présentez-nous votre maison d’édition. « Tira » a trois années d’existence. C’est une entreprise sans grands moyens, mais qui a des idées, un savoir-faire, une volonté de réussir. « Tira » est la concrétisation d’un rêve, celui de participer, avec le livre, à l’humanisation du monde.

Recevez-vous des subventions ou des aides de la part de l’Etat ou des investisseurs privés ? L’année 2009, nous avons reçu un soutien pour quatre livres en tant que Tira Editions. Nous avons publié sept livres dans le cadre, toujours, du Fonds de soutien aux arts et aux lettres du ministère de la Culture, et cela en collaboration avec le HCA (Haut Commissariat à l’amazighité). Certes, il y a le problème de paiement qui nous étouffe, mais le fonds est une excellente chose. Il faut faciliter l’accès à ce fonds aux éditeurs de livres en langue amazighe. C’est cela la prise en charge institutionnelle de tamazight. Quant aux investissements privés, nous n’avons pas exploré le terrain. Nous allons le faire sous différentes formes. Nous souhaitons qu’ils viendront en soutien aux livres amazighs sans craintes de « sanctions ». La Constitution est garante de tamazight. Les mentalités doivent évoluer avec les textes juridiques.

En tant qu’éditeur, vous avez initié un colloque qui vient de se tenir à Tizi Ouzou sur le premier écrivain et romancier en tamazight, Belaïd Ath Ali, pourquoi cette action ? La rencontre sur l’oeuvre de Belaïd Ath Ali, que nous avons organisée en collaboration avec la direction de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, a été une grande réussite. Les gens ont découvert la vie et l’oeuvre de ce génie inégalable. Les chercheurs présents se sont accordé à dire que Lwali n wedrar est un roman. Par conséquent, il est le premier roman dans l’histoire de la littérature algérienne, dans les langues nationales. L’écriture de Belaïd Ath Ali est une écriture moderne, non pas pour son temps uniquement, mais même aujourd’hui. L’écriture de Belaïd Ath Ali est un modèle réussi du passage de l’oral à l’écrit et un modèle pour l’école algérienne. En plus de ces points, nous avons convenu d’organiser des journées sur l’oeuvre de Belaïd Ath Ali à Bouira, Bordj Bou Arréridj, Béjaïa, etc. mais aussi et surtout à Alger. L’écriture de Belaïd Ath Ali est un patrimoine qui appartient à tous les Algériens, à l’humanité. Notre ami Abdesselam Abdennour a proposé la possibilité d’une rencontre à Paris. Ce serait une très belle chose. Pour finir, la famille a avancé le souhait d’une fondation Belaïd Ath Ali. Nous serons à leur côté pour transférer les ossements de Belaïd pour qu’il soit enterré dans son village, mais aussi pour créer un grand prix littéraire qui portera son nom.

Dossier réalisé par Aomar MOHELLEBI

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