Les relations entre l’Algérie, le Mali et la Mauritanie traversent depuis un certain temps une zone de turbulence. Tout est parti apparemment de la libération de quatre islamistes réclamés par l’Aqmi au Maghreb islamique (Aqmi) en échange de leur otage français Pierre Camatte. Celle-ci était effectivement intervenue après leur condamnation, le 18 février, à 9 neuf moins d’emprisonnement ferme, pour détention illégale d’arme, par le tribunal de première instance de la commune III de Bamako. Cette décision avait été mal perçue par Nouakchott et Alger qui ont immédiatement rappelé - pour consultation- leurs ambassadeurs en fonction à Bamako.
Après un silence assourdissant, Bamako a fini par sortir de sa réserve. La charge est revenue au ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, de clarifier la position du gouvernement. La décision du 18 février, a déclaré Moctar Ouane, a été rendue par une justice totalement indépendante.
De l’intervention du chef de la diplomatie malienne, on retient que le principe de la séparation des pouvoirs reste l’une des valeurs cardinales de la démocratie malienne. Il a confirmé l’engagement du gouvernement du Mali à combattre le terrorisme et le banditisme transfrontalier à travers une approche sous -régionale concertée entre les Etats de la bande sahélo-saharienne. Le gouvernement accorde un profond attachement aux relations séculaires de fraternité, d’amitié et de bon voisinage, en particulier avec l’Algérie et la Mauritanie.
Pourtant, quelques jours à peine avant cette déclaration, le Premier ministre mauritanien, Moulaye Ould Mohamed Laghdhaf, qualifiait la coopération entre le Mali et la Mauritanie de "fraternelles et séculaires, tissées par le sang, la religion, la géographie et l’histoire". "Il est vrai que nous avons répondu de façon diplomatique à un geste que nous avons jugé inamical, pour le reste, rien n’a changé", a-t-il souligné en substance. Depuis Londres où il se trouvait la semaine dernière, le ministre délégué aux Affaires maghrébines et africaines de l’Algérie, Abdelkader Messahel, estimait aussi que la question de la sécurité dans le Sahel relève de la compétence des États de la région. ’’La priorité est donc donnée aux pays de la région pour prendre en charge leur destinée, mais cela implique aussi une plus grande responsabilité de la communauté internationale, dans l’application de ce qui a été défini comme mesures par le Conseil de sécurité.’’ Plus tard que le 5 du mois en cours, le plan d’urgence 2010 de lutte contre le terrorisme et l’insécurité au Nord du Mali, la politique de lutte contre le trafic de drogue et de stupéfiants, ont fait l’objet de débats lors de la réunion du Comité de défense de la défense nationale.
’’…Le plan d’urgence 2010 est une composante de la Politique nationale de Lutte contre l’Insécurité et le Terrorisme, basée essentiellement sur l’encadrement et l’appropriation par les populations des nouvelles mesures sécuritaires. Dans notre pays, la problématique de l’insécurité, notamment de la drogue, du terrorisme et du banditisme transfrontalier, dans toute sa complexité, a suscité une profonde réflexion, en vue d’en identifier les causes profondes et de définir les stratégies et méthodes de lutte susceptibles d’en éradiquer les effets pervers…A la suite des débats, le Comité de Défense de la Défense nationale a adopté le plan d’urgence 2010 qui consacre les actions à mener sur les plans sécuritaire, militaire et celui du développement pour faire reculer l’insécurité et le terrorisme.’’, peut-on lire dans un communiqué publié par la présidence de la République du Mali.
Comme on le constate, chacune des parties tente de prouver sa bonne foi à travers des déclarations et autres rencontres de charme. De façon officielle, tout le monde est de bonne foi. Mais, reste aussi à constater- et c’est si évident- qu’en absence d’action envergure sous-régionale, les extrémistes continuent de frapper. Comme ce fut le cas l’autre jour contre un poste militaire du Niger.
Par Chiaka Doumbia