Pour améliorer la qualité de l’enseignement, il faut maîtriser l’accroissement des effectifs étudiants dans les structures publiques, motiver davantage les enseignants et promouvoir de nouveaux systèmes d’enseignement et de recherche
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mme Siby Ginette Bellegarde, a rencontré jeudi la presse dans les locaux de son département pour discuter du contenu du document de politique nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. L’enseignement supérieur connaît de nombreuses difficultés au premier rang desquelles la très forte croissance des effectifs étudiants et l’inadaptation de l’offre de la formation à la demande économique et sociale.
À cela s’ajoutent le déficit en personnel enseignant et les difficiles conditions de vie et de travail de ce personnel. La résolution de ces problèmes exige des réorientations profondes qui passent par la mise en synergie des acteurs afin de bâtir un dispositif d’enseignement supérieur et de recherche qui soit un instrument-clé au service de notre développement. L’adoption du document de politique nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique s’inscrit dans cet objectif. Le ministre a axé son exposé sur l’accès à l’université, l’amélioration de la qualité de la formation et le renforcement des ressources humaines au niveau de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Avec effectif estimé entre 70 à 80 000 étudiants, l’Université de Bamako a un volume de croissance de 10 000 étudiants par an. Ce qui rend difficiles les conditions d’encadrement avec pour corollaire la dégradation de la qualité de la formation. La pléthore des effectifs fait que le taux d’encadrement moyen dépasse un enseignant pour cent étudiants alors que la norme est de l’ordre d’un enseignant pour trente étudiants. Si la tendance actuelle se maintient, les effectifs de l’enseignement supérieur seront de 130 000 étudiants en 2015. Ce qui nécessiterait un budget de fonctionnement d’environ 50 milliards en 2015 et un budget d’investissement à réaliser d’environ 85 milliards de Fcfa sur la période 2009-2015, a expliqué Mme Siby Ginette Bellegarde.
Pour le ministre, il faut donc impérativement maîtriser l’accroissement des effectifs étudiants dans les structures publiques afin de sauvegarder la qualité d’enseignement. Comme solution à ce problème, le département de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique propose la création d’universités dans les régions, notamment à Ségou, Sikasso, Kayes, Mopti et Tombouctou. Une attention particulière sera également accordée à l’enseignement supérieur privé. Notamment en aidant les établissements à accueillir plus d’étudiants et en organisant la reconnaissance des diplômes dans certaines filières. La relecture imminente des textes de l’enseignement privé contribuera à cela, a indiqué le ministre. Dans le cadre de l’amélioration de la qualité de la formation, le département entend promouvoir le système LMD (licence, master, doctorat) qui permettra d’apporter des réponses concrètes aux besoins de formation des étudiants à travers la modernisation de notre politique pédagogique. L’inadéquation qualitative entre l’offre de formation et la demande constitue un des principales lacunes à corriger. C’est pourquoi, il faut une formation professionnelle courte, diplômante ou qualifiante en réponse aux besoins identifiés dans les secteurs socio-économiques porteurs, a préconisé le ministre. L’accent sera également mis sur la formation des cadres supérieurs et des enseignants chercheurs.
Pour le renforcement des ressources humaines au niveau de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l’accent sera mis sur l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants qui sont aujourd’hui soumis à une charge d’enseignement au-delà des normes admises. "L’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants permettra un épanouissement de ce personnel et la disponibilité d’esprit que requiert la conduite d’activités intellectuelles", indique Mme Siby Ginette Bellegarde. Le département entend également valoriser la fonction enseignante et de recherches. "Si les rémunérations offertes sont bien souvent insuffisantes au regard des aspirations légitimes, pour maintenir ou attirer les nombreuses compétences qui sont nécessaires et pour les réformes souhaitables, il y a lieu d’offrir des conditions de travail plus attractives de façon progressive", a conclu le ministre.
Baye Coulibaly