Le 13 mars 2010, le chef d’escadron Djibo Salou avait convié toute la classe politique nigérienne à l’auditorium Sani Bako pour lui tenir un discours sur l’avenir politique à partir des évènements du 18 février dernier. Si les une et les autres ont apprécié la volonté du chef de la junte de doter le Niger d’institutions démocratiques fortes au terme d’une transition dont la durée reste à déterminer, cependant force est de constater que ce discours aura déçu beaucoup de Nigériens quant aux causes et auteurs du tazarché qui ont engendré l’intervention de l’armée sur la scène politique. En substance, le discours de Djibo Salou semblait jeter l’anathème sur toute la classe politique, responsable selon lui de l’irruption du pouvoir kaki dans le jeu politique. Cette analyse, à notre sens, doit être réfutée et nuancée à travers les développements qui suivront dans cette dissertation. Comment en est-on arrivé-là ? Tout avait commencé avec les manifestations organisées dans les différentes régions du pays, dont le top départ avait été donné en novembre 2008 à Zinder à l’occasion de la pose de la première pierre de la raffinerie de pétrole où des ‘’soi-disant’’ populations ‘’suppliaient’’ Tandja de rester terminer ses ‘’grands chantiers pharaoniques’’ ! Depuis lors, d’escalade en escalade, de la virtualité, le projet tazarché passa à la réalité avec son officialisation par le principal intéressé, Tandja Mamadou lors de l’inauguration du nouveau site minier d’Imouraren en mai 2009. Après tout cela, il faut rappeler, que justement dans cette perspective, Tandja procédera à la dissolution de l’Assemblée, sans aucun mobile politique valable, uniquement dans le but de satisfaire son nouveau gourou Nouhou Arzika ! Restait alors un autre obstacle de taille, la Cour Constitutionnelle qui avait, d’ailleurs, été saisie par l’opposition sur la validité du référendum que se proposait d’organiser l’imposteur. Par un arrêt historique en date du 12 juin 2009, la plus haute juridiction en matière constitutionnelle annula le décret convoquant le corps électoral pour le 04 août 2009 en vue du référendum sur la constitution de la Sixième République, au motif de détournement de la procédure.
On croyait alors le débat définitivement clos après cette intervention de la voix la plus autorisée en la matière et dont les arrêts sont sans recours et lient tous les pouvoirs, civils et militaires. Mais nenni, la démarche de Tandja ne s’inscrivait plus dans une quelconque logique de légalité républicaine, mais plutôt dans un scénario de coup d’Etat classique par la mise en veilleuse des institutions démocratiques qui refusaient l’imposture. Non seulement on refusa d’obtempérer aux injonctions de la Cour Constitutionnelle, mais en plus, toute une batterie de mercenaires juristes avait été déployée pour jeter le discrédit sur les décisions de celle-ci ainsi que sur ses membres. Finalement, dans l’impossibilité de dompter cette honorable Cour, on procéda tout simplement à sa dissolution au terme du recours abusif et détourné au fameux article 53 portant sur les pouvoirs exceptionnels.
Depuis lors, de forfaiture en forfaiture, de parjure en parjure, le régime de Tandja n’était plus qu’une caricature ubuesque caractéristique des républiques bananières de l’Amérique Latine des années 70 et 80, avec une constitution taillée sur mesure flanquée d’un bonus de trois ans et tous les pouvoirs de l’Etat entre les mains d’un simple mortel. Voilà succinctement comment nous en sommes arrivés-là. A présent, il convient de situer les différentes responsabilités dans cette dérive. Situer les responsabilités Bien entendu, le premier responsable de cette imposture finale est naturellement Tandja Mamadou, élu et re-élu à la tête de l’Etat, auteur d’un double serment coranique de respecter et de faire respecter la Constitution, qui avait délibérément ignoré toute la portée de ses obligations suprêmes pour se fourvoyer dans la prévarication la plus totale.
Voila un monsieur qui était arrivé au pouvoir par les bienfaits de la démocratie, c’est-à-dire les urnes et qui sollicita ces mêmes urnes cinq ans plus tard pour être reconduit. Le 22 décembre 2009, Tandja devait arriver au terme de son second et dernier mandat et pour cela, il lui aurait fallu organiser, entre temps, des élections libres et transparentes afin de désigner son successeur pour lui passer le témoin. S’il s’était acquitté de cette tâche, il aurait respecté son double serment coranique, ne serait-ce que dans la forme. Il aurait ainsi permis au Niger de consacrer pour la première fois l’alternance pacifique au pouvoir qui aurait installé le Niger dans le panthéon africain des bonnes démocraties comme celle du Ghana, du Mali ou du Bénin. Par ce fait, Tandja serait devenu une sorte de Mandela sahélien qu’on consulterait sur toutes questions d’importance majeure.
Mais à la pratique, il aura préféré une sortie moins honorable, non pas par la petite porte comme disent certains, mais éjecté comme un malpropre à travers une petite fenêtre par les obus de Djibo Salou ! Sous nos cieux, pétris de foi islamique, l’attitude de Tandja pourrait s’interpréter comme celle d’un mécréant qui ne sait pas remercier le Tout-Puissant des bienfaits dont Il comble certaines de ses créatures, et qui croit que tous ces bienfaits ne sont dus qu’à sa propre science ! Tandja Mamadou est le premier responsable de l’intrusion de l’armée ce 18 février 2010 sur la scène politique nationale, cela doit être souligné de deux traits. C’est lui et lui seul qui est à l’origine de cette imposture de tazarché, c’est lui qui est l’auteur principal de la démolition de toute l’architecture démocratique mise en place depuis dix ans. Pour cela donc, il devra être jugé pour crime de haute trahison.
En droit pénal, on parle d’auteur principal et de complices, et Tandja Mamadou en a eu des complices. Le premier des complices de Tandja dans cette forfaiture est bien sûr la hiérarchie militaire qui semblait indifférente face à la dégradation de la situation politique née du tazarché. En effet, si la hiérarchie militaire avait pris ses responsabilités, dès au départ, face aux dérives de Tandja pour exiger de lui de se conformer aux injonctions de la Cour Constitutionnelle, le Niger aurait, probablement, fait l’économie d’un coup d’Etat aujourd’hui ! Mais qu’avons-nous constaté ? Les sorties à l’intérieur du pays de l’ancien chef d’Etat-major, le Général Moumouni Boureima, pour aller ‘’sensibiliser’’ les casernes de rester en dehors du jeu politique, avaient totalement fini de rassurer Tandja de la compromission et de la complaisance de cette hiérarchie militaire.
Pourtant, au lendemain de la publication de l’arrêt de la Cour Constitutionnelle invalidant le référendum constitutionnel, le Président du PNDS, Issoufou Mahamadou avait rappelé aux Forces de Défenses et de Sécurité leur devoir sacré de protéger les institutions républicaines et de refuser d’obéir à un ordre manifestement illégal, comme cela était écrit dans la Constitution du 09 août 99. Ce à quoi, dans la soirée, l’actuel porteparole du CSRD, Goukoye Abdoulkarim, avait répondu par un communiqué où il martelait que l’armée était républicaine, par conséquent hors du jeu politique ! Du pain béni pour Tandja donc pour se livrer au démantèlement des institutions démocratiques ! Dans son premier discours, le chef d’escadron, Djibo Salou avait parlé de crime de haute trahison.
Aujourd’hui, on peut se poser la question de savoir où était la hiérarchie militaire à l’époque, lorsque c’est un chef d’escadron d’une armée où pullulent pourtant des Généraux, des Colonels et des Lieutenants- colonels, qui faisait ce constat de haute trahison et qui avait décidé d’agir en conséquence ? La réponse n’est guère triviale : la tête était pourrie ! Aujourd’hui, responsabilité pour responsabilité, ces chefs militaires de- vront s’expliquer soit sur leur participation, soit sur leur silence, car comme le dit le célèbre journaliste burkinabé, Norbert Zongo, ‘’ce n’est pas tant la méchanceté des hommes mauvais qu’il faut condamner, mais c’est le silence des honnêtes hommes devant l’injustice qu’il faut condamner’’ ! Cet assainissement tant prôné doit aussi être opéré au sein de l’armée afin de doter le Niger d’une grande muette adaptée aux exigences de la démocratie.
S’il faut indexer les responsables de l’intrusion de l’armée dans le jeu politique, personne ne pourrait faire l’impasse sur la chefferie traditionnelle qui avait, délibérément et de façon ostentatoire, pris une grande part dans l’imposture de Tandja. Au risque de nous répéter, le statut de la chefferie traditionnelle doit être redéfini pour que cette symbolique institution puisse cadrer avec les exigences démocratiques. Elle doit être débarrassée de son histoire chaotique où c’est souvent le ‘’boy du colon’’ qui prend la place du vrai chef. D’ores et déjà, le CSRD peut procéder à la décapitation du bureau actuel de l’Association des Chefs traditionnels, car trop compromis dans l’imposture de Tandja. Ainsi cela servira de leçon.
Toujours parmi les co-responsables du tazartché, il convient de retenir la collaboration compromettante d’une partie des dignitaires religieux de l’Association Islamique du Niger qui, devant les périls que faisait courir cette imposture à la nation nigérienne, n’avaient jamais daigner rappeler à Tandja son obligation religieuse de respecter son double serment coranique, eux les premiers gardiens du Saint Livre. Enfin, en ce qui concerne les coresponsables du tazarché, les mercenaires et autres snipers remunérés mis de côté, mentionnons la participation d’une partie seulement de la classe politique. Que le MNSD ait suivi Tandja, et quel MNSD, cela était tout à fait justifié car c’est son parti d’origine, encore que cela n’excuse point le parti, mais que le RDP, le RSD et tous les autres se soient lancés dans cette aventure, c’est à ce niveau que ces partis devront rendre compte.
Cheiffou, Hamid et tous les autres savaient que Tandja était parfaitement dans l’illégalité la plus totale, mais cela ne les avait pas empêchés de le suivre : c’est ce qu’on appelle de l’opportunisme à son stade le plus achevé doublé d’une profonde irresponsabilité. Oui messieurs, dans cette sordide affaire de tazarché vous avez été des irresponsables. La Charte des partis politiques précise que tous les partis doivent lutter pour le rayonnement de la démocratie, alors que vous, par opportunisme et par calculs mesquins, vous aviez lutté pour le couronnement d’un monarque anti-parti. Pourtant, aucun d’entre vous n’ignorait que le tazarché était un système anti-parti et qu’en définitive, Tandja allait tuer vos partis, votre fonds de commerce ! Cruel paradoxe !
Voilà, Excellence Monsieur le Président, l’alpha et l’oméga des principaux responsables de l’intrusion de l’armée dans le jeu politique aujourd’hui. Pendant dix ans, la Constitution du 09 août 99 avait donné à notre démocratie une stabilité jamais égalée dans l’histoire contemporaine du Niger : les institutions fonctionnaient normalement, l’opposition s’opposait constructivement, les syndicats défendaient les intérêts matériels et moraux de leurs adhérents, la presse indépendante dénonçait les travers du régime, bref rien, absolument rien ne pouvait présager de la volonté de Tandja de faire comme tous les dictateurs africains : mourir au pouvoir ! Conclusions En conclusion à cette analyse sur les responsabilités politiques de cette énième intrusion de l’armée sur la scène politique nationale, il convient de retenir, contrairement aux allégations de certains tazartchistes qui ont pu embobiner le CSRD, la classe politique nigérienne dans son écrasante majorité ( la CFDR) n’a joué strictement aucun rôle dans cette imposture de Tandja, mieux même, elle l’avait véhément dénoncée et l’avait énergiquement combattue.
Si cette classe politique avait été pour quelque chose dans les crises politiques majeures que le Niger avait connues, c’était en 1995 avec la Cohabitation houleuse entre le Président Mahamane Ousmane et le PM de l’époque Hama Amadou ; ce qui avait motivé l’intervention de l’armée. Tout le monde connaît la suite des débats avec le refus du général Baré de remettre le pouvoir aux civils et la tragédie du 09 avril 99 qui s’en était suivie, oeuvre encore de cette même armée, du moins de sa hiérarchie. Aujourd’hui encore, le comportement totalement irresponsable de Tandja n’avait été possible qu’avec la bénédiction de cette même hiérarchie militaire qui l’avait laissé faire ce qu’il avait fait, alors que la classe politique, de son côté, avait vigoureusement refusé cette imposture et tout le monde a été témoin au Niger et à l’extérieur de l’épique combat que celle-ci avait mené dans ce sens, dont certains de ses leaders avaient d’ailleurs été contraints à l’exil.
Le PF Djermakoye aura même payé de sa vie en tombant sur le champ d’honneur de la restauration de la démocratie. Comme on le voit, on peut reprocher mille et une choses à la classe politique nigérienne, mais encore faudrait- il le faire en toute objectivité. Depuis que l’école existe, il y a toujours eu de la tricherie, est-ce pourtant qu’il faille fermer les écoles pour annihiler cette triche ? C’est stupide, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. En effet, si l’on avait pu constater certains errements de la classe politique dans les années 90, c’était dû essentiellement à son extrême jeunesse et à l’immaturité qui la caractérisait, âgée pour la plupart de moins de 45 ans. Naturellement, vous comprenez que ces jeunots vissent les problèmes politiques avec la fougue de jeunesse et l’idéalisme juvénile qui porte aux grandes révolutions. Penser que 20 ans après ils n’eussent pas changé, alors que seuls les imbéciles ne changent point, c’est leur faire une insulte !
Issoufou Mahamadou, Hama, Ousmane et ABC sont aujourd’hui des hommes matures et responsables. En réalité, tout le jeu du ‘’tous pourris’’ n’est que l’oeuvre des tazarchistes qui voulaient justifier leur projet anti-grands partis afin de se faire une place au soleil. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les prières des Mamoudou Djibo, des Oumarou Oubandawaki et consorts. Mais ce qu’ils oublient, c’est qu’en démocratie c’est le peuple qui décide à qui il faut confier son destin. Là n’est pas à notre avis le travail des patriotes du CSRD.