Accueil du site > Débats, analyses,opinions, idées > De l’Ethique à l’autocritique : Le (...)
Share

Mohamedoun Ag HAMALOUTA

De l’Ethique à l’autocritique : Le développement transposé en zones nomades, quels liens au service du bien être des populations ?

dimanche 8 novembre 2009

INTRODUCTION

Ce modeste travail se veut, avant tout, le prétexte d’un échange intellectuel sur l’objet, la méthode et les attentes des interventions de certains programmes et projets dans les zones nomades. L’intérêt est d’en discuter les avantages et surtout les limites afin d’en améliorer le dispositif théorique, technique et pratique.

Le besoin d’ouverture de l’analyse économique du développement à travers ces différentes interventions est opportun dans la mesure où il soulève la problématique de l’éthique au développement. Les faits d’expérience montrent, aujourd’hui, que l’on ne peut plus concevoir les processus de développement comme une simple exportation ou transposition d’un quelconque système économique d’une zone vers une autre.

La complexité et la multiplicité des situations, qu’exigent la prise en compte des pratiques locales conduit nécessairement à une remise en cause incontournable et radicale des hypothèses et des conceptions inertes et stériles pour tout ce qui s’applique à améliorer nos connaissances pratiques et théoriques dans le domaine du développement et particulièrement dans celui de l’aide au développement.

C’est dans cette perspective que nous nous inscrivons et proposons de traiter de l’éthique au développement local dans les zones nomades à travers la démarche suivante :

- En premier lieu, nous nous accentuerons sur les origines de la démarche d’intervention dans les zones nomades en mettant en exergue les principes fondamentaux : Diversité, singularité, prudence, suivi accompagnement entre autres sur lesquels elle devra se construire progressivement et définitivement.

- En second lieu et sur la base de la démarche précédente, nous aborderons l’idée d’une économie solidaire, non violente à partir des concepts transdisciplinaires (culture, éthique, etc. .) et des apports de la théorie économique élargie : rationalité dans les zones nomades, l’homme nomade, coutumes, normes et règles.

- Et enfin, nous tenterons de montrer, que chaque zone nomade intègre les multiples aspects des actions individuelles et collectives pour se structurer autour d’une sorte d’éthique de son milieu en faveur de son bien être et de son environnement.

A)- Itinéraire de la démarche d’intervention dans les zones nomades.

1)- Contexte du retour aux zones nomades.

Ce modeste travail concourt à montrer les réelles similitudes entre la démarche d’intervention dans les zones nomades symbole d’attache et d’enracinement des nomades à leur terroir et les recherches qui concourent à faire progresser la théorie économique vers une économie proche et en vers les populations pour lesquelles elle est censée améliorer les conditions de vie.

Le point de vue que nous essayerons de développer ici devra répondre à la conception de base de développement des zones nomades et d’en améliorer le pouvoir explicatif avec et non en l’absence des acteurs concernés.

De nos jours, les recherches en sciences sociales doivent se faire en amont de toute politique d’intervention et cela en faveur de plus en plus vers la prise en compte des contextes dans lesquels agissent les acteurs pour lesquels, il faut intervenir.

Une telle démarche devra s’accompagner du décloisonnement nécessaire que requiert la prise en compte des préoccupations réelle des populations. Comme nous l’avons souligné en introduction, on confond la cohérence interne d’une politique et sa cohérence externe par rapport aux faits vécus ailleurs dans d’autres contrées. Avec la formalisation des modèles mathématiques dans les sciences économiques, les actions réussies ailleurs, devraient l’être partout où l’on sera.

Les concepteurs de ces modèles ne prennent pas la précaution d’éviter de généraliser leurs conceptions ou d’accorder une marge à l’observation sociétale des acteurs dans leurs territoires (individus, organisations, mouvements, société civile etc.) et d’accepter l’idée principale qu’on ne peut en aucune manière dissocier les réalités économiques constatées ça et là de leurs natures humaines.

Compte tenu de toutes ces insuffisances, qu’aujourd’hui nos motivations se fondent afin que les recherches en matière de politiques économiques et d’aides au développement des différents partenaires doivent chercher à intégrer les cultures, les institutions et les réactions des acteurs dans leurs terroirs dans le cadre du développement local en général et celui du développement dans les zones nomades en particulier.

L’état des lieux dans les zones nomades montre de manière simpliste que la recherche tend aujourd’hui à privilégier une recomposition de savoirs et des approches selon la diversité des zones d’action des acteurs.

Dans notre propre domaine qu’est l’économie du développement en zones nomades, les échecs répétés des interventions ça et là des modèles de progression économique exportés ou transposés ayant engendré des crises de toutes sortes (rebellions, conflits armés, contestations populaires, etc..) ne sauraient avoir la caution des populations bénéficiaires sans l’empreinte du seau de leur adhésion et de leur participation dans la formulation des objectifs et des finalités à atteindre si vraiment elles sont censées intervenir soulager leurs préoccupations dans le sens décris plus haut.

La démarche d’intervention dans les zones nomades met en évidence la capacité qu’ont les acteurs de mettre en échec les modèles et les projets savamment élaborés par les économistes et les experts des ONG comme ceux des institutions internationales lorsque ceux –ci ne prennent pas en compte le contexte dans lequel ils opèrent.

2)- Historique des interventions en zones nomades

Plusieurs modèles, politiques, projets et programmes économiques ont fait le tour de tous les points cardinaux de la planète ou dans les cabinets des ministères vers les régions en crise sans succès. Cette analyse se fait le plus souvent sans prendre en considération les particularités des contextes humains et des zones où ils devraient intervenir. En d’autres termes, cet arsenal de modèles ne mobilise pas et ne prend pas en compte les acteurs des zones d’intervention et aussi longtemps que cela demeure, les effets escomptés par les différentes interventions ne seront jamais atteints.

Les macro projets issus de la coopération bilatérale et multilatérale sous les vocables de l’aide au développement n’ont d’autres finalités qu’à doper des marchés artificiels dans lesquels les motivations partisanes jouaient le rôle d’alibi.

Ce même constat est présent dans les pratiques de certaines organisations non gouvernementales où les projets ne développent que les membres de ces organisations.

En effet, ces ONG réagissent comme de vraies entreprises marchandes avec toutes les ressources humaines nécessaires à la réalisation des profits (marketing, management, commercial, lobbying, etc..) en mobilisant des réseaux d’influence qui font souvent pression sur les décideurs politiques ou souvent en complicité avec eux.

L’aide devient ainsi une marchandise où son écoulement ne devient profitable que l’a où elle laisse moins de traces, c’est-à-dire qu’on trouve un décalage énorme entre les pratiques de ces ONG et la satisfaction des besoins réels des populations des zones concernées.

Là où leurs intérêts sont menacés, elles créaient des situations conflictuelles entre les populations pour justifier leurs échecs où pour solliciter de nouvelles interventions avec de nouvelles approches. Toutes ces remarques doivent nous mettre en garde contre la notion même d’aide au développement à travers ses multiples projets et programmes de façade.

Les vrais projets sont ceux qui vont de l’intérieur montés par les bénéficiaires eux-mêmes , prenant en compte leurs préoccupations réelles en fonction de leur milieu et de leur environnement immédiat avec l’expertise des personnes soucieuses du bien être des populations .

3 ). La réalité des zones nomades

La philosophie des zones nomades associe les représentations symboliques et morales des hommes et leurs pratiques quotidiennes. Cette réalité vise à prendre l’Homme concret dans sa multiplicité et dans sa singularité en vue de repenser le monde nomade dans sa spécificité en tenant compte des systèmes de représentation des acteurs. Chaque zone est une entité immatérielle qui imprègne l’ensemble de la vie d’un milieu donné et qui est faite de croyances, de mythes, de valeurs et d’expériences passées conscientes ou inconscientes conceptualisées.

A côté de cet aspect, la zone nomade renferme un savoir social accumulé durant sa trajectoire fait de connaissances empiriques et/ou théoriques. Enfin, dans chaque zone, les acteurs d’une situation donnée mettent aussi en œuvre leurs outils qui contiennent leurs savoirs faire, leurs techniques et leurs modèles d’action propres à chaque contexte. Et, le tout est organisé et structuré dans un ensemble intégré, singulier et ouvert sur les multiples environnements (local, régional, mondial). La moindre perturbation ou changement à un niveau ou à un autre provoque des réactions en chaîne à travers lesquelles les zones cherchent à se recomposer en intégrant ou en neutralisant l’entité intruse.

La zone créée son monde, l’organise et s’organise dans le même mouvement. Ainsi, tout se présente comme une sorte d’emboîtement étant donné que la philosophie des zones nomades renvoie à un espace immatériel et matériel ouvert et fermé. Ce faisant, l’espace combat le chaos et les incertitudes qui assaillent ses organismes sociaux.

Les zones imprègnent ainsi l’ensemble des dimensions des territoires de vie : relation au temps, à la nature, à l’espace, l’habitat, l’habillement, techniques et savoir faire etc. Avant de se matérialiser dans les faits et gestes des acteurs, les zones nomades sont des entités immatérielles pourvoyeuses de repères pour les individus et leurs organisations sociales. En effet, le site change sous les contraintes immédiates tout en tentant de sauvegarder, par sélection, son passé, son identité, son intégrité, sa mémoire, bref tout ce à quoi il tient.

L’observation minutieuse des situations de changement dans le monde des sociétés et des organisations économiques montre bien qu’un changement n’est jamais total et pur dans tous ces traits. De nombreuses études économiques, sociologiques ou anthropologiques mettent en évidence, aujourd’hui, le besoin d’ancrage qu’ont les individus et les organisations dans leurs territoires imaginaires et spatiaux.

Les zones nomades fournissent à leurs habitants des points de stabilité aux phénomènes sociaux y compris les processus économiques. Ces considérations expliquent le fait que dans les zones nomades, les hommes ne se comportent pas sous toutes les latitudes et en tout temps de la même façon. Par nature, ils sont changeants et conjuguent plusieurs impératifs à la fois, des situations qui échappent aux lois économiques classiques.

4)- Patrimoines et parcours des zones nomades :

Dans les zones nomades, historicité des représentations et des pratiques sociales pose de redoutables problèmes éthiques et techniques à l’ensemble des sciences de l’Homme, de la sociologie à l’économie en passant par la gestion des organisations économiques. Celles ci ont tendance à chercher l’uniforme dans des réalités qui, par nature, sont multiples.

Les singularités de chaque espace vécu interdisent tout modèle unique. C’est ce principe de diversité qui est à la base de la démarche des interventions dans les zones nomades. Les zones nomades présentent, en effet, cette étendue imbriquée qui fait, d’elles malgré leurs caractères souvent hostiles et uniques, des entités plurielles qui vivent de leur histoire, de leur culture, de leur patrimoine en général et de la diversité qui les entoure. En effet, dans leur essence, ces entités sur lesquelles réfléchit, de manière cloisonnée, l’économiste s’avèrent être humaines et historiques. Chaque acteur doit se sentir comme une partie d’un tout qui donne sens et direction. L’esprit de groupe y joue le rôle de catalyseur des énergies individuelles.

Leurs incorporations aux milieu locaux ne sont parfois possibles qu’à la condition d’intégrer dans le changement certains traits des zones d’intervention. Une recombinaison des valeurs entre les emprunts et les valeurs propres des sites est, donc, essentielle sous peine d’échouer dans des disciplines opérationnelles comme le management.

L’organisation est, en fait, un processus qui se recompose en permanence autour d’un ensemble de représentations et de valeurs qui donnent lieu à des normes cognitives et à des règles évolutives. Pour humaniser la rationalité économique des différentes interventions, il faut la situer dans l’espace vécu des acteurs et lui donner un sens à partir du contexte d’action où elle se déploie.

B)- Aller vers une économie rationnelle

1) –Les insuffisances du modèle standard de la rationalité :

Le terme rationnel est un terme qui désigne, tout simplement, un jugement sur un acte ou un choix adapté à une situation. Autrement dit, un acte rationnel est un acte censé être un bon choix dans une situation donnée.

Donc la rationalité est inséparable de l’esprit qui l’anime. Dans ces conditions, parler des faits, c’est aussi parler des normes de vie des humains qui guident leurs interactions dans une situation donnée. Les normes expriment des jugements de valeurs et façonnent des comportements. Ce faisant, la dichotomie jugements de valeurs/jugements de faits n’est plus d’une grande portée dans une telle perspective.

Pour être pertinents, les concepts et les théories doivent être en adéquation avec les contingences des zones d’intervention. Aussi les zones et les hommes qui y vivent ont toujours un certain degré de liberté inaltérable qui leur permette de choisir la manière dont ils vivent et par voie de conséquence, les attitudes à prendre face aux exigences de la vie économique, sociale locale.

Fondamentalement, dans le modèle économique standard du comportement, les préférences individuelles expliquent le comportement et réciproquement et que l’efficacité d’une organisation résulte directement du sens investi par ses membres dans ses objectifs. La réalisation de ces derniers dépend du degré d’engagement des acteurs impliqués. L’individu est, toujours, libre dans les décisions qu’il prend en situation d’action.

Ainsi, il est nécessaire de prendre conscience que l’efficacité se gère par la récompense de l’effort combiné avec une culture d’appartenance et d’adhésion à l’organisation. L’efficacité trouve sa force dans l’identité partagée du groupe. L’acteur escompte, certes, des gains matériels mais aussi une existence sociale dans la culture des grandeurs de sa zone d’attache.

Cette motivation d’existence identitaire est d’un autre ordre que celui de la rationalité standard. Ce n’est plus le monde des fonctions de comportement restrictives à l’utilité mais celui des relations et dans ce qu’elles ont de plus profond.

2)- Les zones nomades et la rationalité admise

Ici, la rationalité intègre l’éthique des zones d’attache et d’intervention en même temps que les interactions sociales auxquelles ces zones accordent un sens.

La rationalité ne réside pas simplement entre une adéquation purement modéliste entre les moyens et les fins mais aussi la prise en compte de la nature morale et sociale de ces mêmes fins.

C’est une rationalité des croyances et des actions qui se déroulent, avec plus ou moins de décalage, sur les zones d’intervention. Les règles et les normes jouent le rôle d’opérateurs qui mettent de l’ordre et de la cohérence entre ce qui est normal ou naturel dans la zone et les actions quotidiennes des acteurs (entre ce qui ne se dit pas et ce qui est déjà fait).

Les normes imprègnent les faits et gestes des acteurs des zones. Les valeurs des zones y fonctionnent comme des formules entourées de marge d’erreur inhérente au changement.

Etre rationnel ici c’est faire bon usage de la tradition, des coutumes, des us et du patrimoine de la zone d’attache et d’intervention dans les limites possibles.

Dans ces conditions, l’homme en tant qu’acteur est placé souvent, dans une situation de dilemmes en raison des multiples impératifs auxquels il doit simultanément répondre.

En toute circonstance, il doit agir de façon raisonnable en combinant des objectifs pouvant être contradictoires, par exemple l’intérêt individuel et les exigences communautaires de solidarité. Cela dans un souci devant écarter le plus possible la dérive des excès qui portent préjudice à la réputation de la personne dont elle a besoin moralement, socialement voire économiquement.

Aussi, comme l’individu ne sort pas d’un vide moral et social, son comportement intègre forcément une mémoire sociale et la morale de sa zone d’attache qui l’a vu naître et qui l’a façonnée. Les mots guident nos actions et nos émotions et nous poussent vers le désaccord ou la coordination selon les situations. Les hommes vivent avec des normes et des rituels plus ou moins intériorisés et évolutifs en raison du changement. C’est par les normes que les zones nomades produisent une certaine régularité dans l’espace et le temps.

Ces règles peuvent être explicites comme implicites. Les normes des zones nomades s’imposent aux individus qui y vivent mais en même temps elles font l’objet d’une manipulation en rapport avec les changements des situations individuelles et collectives. Les règles censées produire de la stabilité sont aussi instables dans leur détermination des comportements.

Afin de schématiser le fonctionnement des zones nomades, nous dirions que la croyance motive, la norme organise et le comportement exécute. Les acteurs sont condamnés à des recompositions permanentes du sens de leur existence et des choix qui en découlent. Aucun monde possible n’est figé surtout qu’il n’est jamais isolé de l’évolution des autres et de leurs répercussions locales sur la zone considérée, d’où la multiplication des zones complexes.

3)- La vie en zones nomades

En zone nomade, l’homme semble plus réaliste puisque sur le terrain les populations de la base conjuguent plusieurs impératifs dans la conduite de leurs affaires quotidiennes. L’observation minutieuse de l’échec des projets imposés et du dynamisme spontané des organisations informelles nous montre amplement que les projets qui peuvent soulager les souffrances des populations en zones nomades sont ceux qui sont de nature endogène et relationnelle.

La réussite d’un projet ne se détermine pas seulement par le revenu qu’il apporte aux bénéficiaires mais surtout par sa capacité à nouer les relations entre les individus des zones d’intervention. Tout le concours du secteur des organisations non marchandes ou partiellement marchandes au développement local consiste, d’ailleurs, à contribuer à créer et à développer de tels réseaux afin de venir en aide aux populations marginalisées : formation, insertion, socialisation, accès à un capital, etc.

C’est l’orientation générale dans laquelle s’inscrivent, aujourd’hui, les acteurs de l’économie solidaire et du développement local. Les projets des ONG doivent se mouler et se construire en se comportant selon les normes des zones d’intervention.

C’est ce qui conduit à des comportements économiques dans lesquels s’exercent les impératifs moraux des zones nomades.

La littérature sur l’économie informelle montre bien ainsi que le besoin qu’expriment à l’heure actuelle les situations d’exclusion des projets des ONG, dont le caractère est resté unidimensionnel, se sont aussi heurtés à ces variétés de terrain qui expriment une rationalité pratique rebelle. En effet, au même titre que la singularité de chaque zone, chaque personne possède, une sorte de patrimoine de parcours qui joue un rôle dans ses décisions présentes et futures.

C’est, d’ailleurs, ce qui met en évidence le caractère non déterministe de la zone nomade sur les comportements individuels. C’est elle qui, en dernière instance, opérera des arbitrages qui intègrent, de manière instantanée, les multiples impératifs individuels et collectifs et la responsabilité sociale de la personne, reprend à son compte les interactions avec les autres acteurs de la zone d’attache.

Elle construit ainsi sa propre hypothèse de rationalité qui absorbe les contraintes de situation en sauvegardant une pluralité d’issues, garante d’une évolution que l’on rencontre dans les comportements individuels tant dans les choix d’activités que dans les affectations des ressources effectives ou potentielles dont dispose la personne.

Conclusion :

Au terme de cette modeste contribution, il est indéniable qu’un modèle ou un projet sans sens désoriente et échoue dans ses effets escomptés. Pour agir dans une direction, les acteurs ont besoin de sens et de respect. A ce sujet, les mentalités d’un milieu, sans une reconnaissance et une connaissance du dedans, développent des inerties, d’où la nécessité d’identifier le décodage local de la zone.

Ce n’est qu’à cette condition qu’un changement d’une situation donnée est possible. Ce principe de respect de la singularité des zones nomades présuppose une nouvelle éthique de recherche, celle de la prévoyance et de la prudence.

Ne pas intervenir du tout vaut mieux qu’intervenir mal lorsqu’il s’agit de soulager les souffrances humaines. Un modèle ou des mesures mal ajustées à la zone d’intervention peuvent, en effet, entraîner des destructions partielles ou totales de la zone sans procurer à ses acteurs une amélioration de leur situation. Il faut donc veiller à ce que toute transformation puisse renforcer les capacités de régénération de la zone nomade mais non les réduire comme ça a été, souvent, le cas du développement transposé ou exporté sans succès.

Pour changer il faut sentir le besoin et de penser le faire mieux, et ce besoin suppose, à son tour, un acte de foi, une confiance en soi et un penchant pour la découverte. L’acteur doit donc aussi devenir chercheur et inversement. Les remèdes futurs de l’économie du développement ne pourront écarter le rôle essentiel que jouent l’éthique et les valeurs autour desquels les acteurs créer leurs espaces locaux de vie.

L’éthique de la zone nomade renferme son code de lecture du monde, sans elle, la zone entre dans un processus de dégradation, et, de dispersion de son corps social.

En élargissant ce débat, de plus en plus, les questions d’éthique et de cultures s’y imposent dans la mesure où les institutions d’une société y prennent racine.

Mohamedoun Ag HAMALOUTA,

Economiste, Animateur du Territoire

Share

Répondre à cet article

 
 
Temoust Survie touarègue - 7, rue Major Martin 69001 Lyon (France)
Courriel : temoust@hotmail.com - Développement Citywizz.com
SPIP | | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0