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Le Démocrate -18-08-09

Crise politique au Niger : la France a-t-elle choisi son camp ?

vendredi 21 août 2009

La grande crise que connaît notre pays depuis que Mamadou Tandja et son clan aient décidé de mettre le pays en coupe réglée, permet au peuple nigérien qui s’est fait gruger, de reconnaître ses vrais amis à travers le monde.

Ces amis ce sont certes ceux qui, dès les premières heures avait tenté de stopper Mamadou Tandja dans son entreprise. Et ils sont nombreux. Ces amis du Niger ce sont d’abord les plus proches, c’est-à-dire ceux de la sous- région regroupés aux sein de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine et ensuite nos amis de l’Union européenne parmi lesquels la France, l’ancienne puissance colonisatrice. I

l est vrai que Paris avait comme cela se devait dit « sa préoccupation » à maintes reprises durant les différentes étapes qui mèneront à la tenue du référendum du 4 août 2009. Ces étapes principales sont la dissolution de l’Assemblée nationale et ensuite de la Cour constitutionnelle qui avait le tort de juger anti-constitutionnelle, la mascarade du 4 août.

Solidaire de l’Union européenne dont elle est l’un des piliers, la France écrivait avec les autres pays : « les décisions récentes du président Tandja constituent des atteintes répétées à la démocratie. Elles se situent en dehors du cadre constitutionnel et menacent de fragiliser durablement les institutions du Niger… Les événements politiques récents au Niger sont en contradiction avec les principes essentiels de l’Accord de Cotonou et font donc nécessairement courir le risque de la suspension de la coopération communautaire au titre de l’Article 96 ». C’est un porte parole du ministère français des Affaires étrangères et européennes qui faisait cette déclaration.

Et puis, revirement de situation quelques jours après la tenue du référendum du 4 août. La France revient avec un autre langage qui a surpris et surtout estomaqué nombre de nos compatriotes.

Ainsi, le sous directeur de la presse au ministère des Affaires étrangères et européennes déclarait : « Avec la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne, la France a toujours marqué son attachement au respect des acquis démocratiques et du cadre constitutionnel. Nous appelons le président Tandja à renouer le dialogue avec l’ensemble des forces politiques et à prendre tous les engagements nécessaires pour que le Niger retrouve rapidement un cadre constitutionnel et démocratique. Nous serons très attentifs à l’organisation prochaine d’élections législatives qui doivent être transparentes justes et démocratiques ».

Cette déclaration a fait bondit les gens parce que dans la situation actuelle du Niger, on ne parle plus de démocratie et les Français le savent bien. Seulement on est tenté de dire que pour eux, tout ce qui s’est passé le 4 août et avant est consommé : le bonus de trois ans que Mamadou Tandja s’est donné, la constitution taillée sur mesure, la dissolution de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle. Nos amis français font comme s’ils ignorent la profondeur de la crise politique que secoue le pays, un pays où le président de la République n’est plus reconnu par certaines structures regroupant une grande frange de la population.

Dans ces conditions, les français savent bien que même s’ils cautionnent le coup d’Etat du 4 août, ce qu’ils demandent aux Nigériens, surtout ceux de l’opposition majoritaire aujourd’hui, ne les intéressent pas : les élections législatives.

Mieux, le discours de la France va à contre courant de celui de l’Union Européenne et même de certains pays membres de cette union pour ce qui est de la coopération bilatérale. Par exemple, le 10 août dernier, le communiqué signé par le commissaire au développement de l’UE, M. Karel De Coucht soulignait que l’aide entre Niamey et son institution pourrait être interrompue rapidement si rien n’est fait pour revenir à l’ordre constitutionnel. Tout en regrettant la tenue du référendum constitutionnel, il déclarait : « un rapide retour de la part du président Tandja aux normes constitutionnelles pourront permettre de ne pas ouvrir de nouvelles négociations entre l’UE et le Niger et par là même de ne pas mettre en danger notre coopération ».

Un porte parole de l’Union européenne faisait le constat suivant : « il n’y a rien de plus simple pour le président Tandja que de reprendre le chemin vers les normes constitutionnelles et remettre le processus politique sur un chemin démocratique, ouvert, transparent et surtout, dans le cadre de la constitution du pays ». Il s’agit sûrement de celle de 1999. De son côté le Danemark, un de nos partenaires bilatéraux a, par la voix de son ministre de la Coopération au développement fait remarquer que « les efforts du président Tandja pour se maintenir au pouvoir au Niger par la dissolution du parlement, en ignorant les décisions de la Cour constitutionnelle et en organisant le référendum pour une nouvelle constitution, nous préoccupent beaucoup. Le Danemark et les autres Etats membres de l’UE ont émis des protestations contre le gouvernement nigérien. La promotion de la démocratie et la bonne gouvernance est une pierre angulaire de la coopération danoise, et nous considérons le revers démocratique dans nos pays partenaires avec une grande inquiétude… » Pour être claire, Mme Ulla Tornaes a décidé « de mettre en attente, le projet de la nouvelle phase du programme eau planifié au Niger. Un développement nouveau et plus positif sera nécessaire pour la poursuite de la coopération danoise au développement, comme par le passé ».

Les Etats-Unis eux, ne sont pas passés par des manières pour dire ce qu’ils pensent du pouvoir actuel établi au Niger. Ils disent ne plus reconnaître ce régime issu de la mascarade du 4 août. Du coup, le département d’Etat a coupé toutes les aides à notre pays. Au vu de ces fortes réactions de répulsion il est clair que la timide réaction des autorités françaises ressemblent, selon certains observateurs, à un blanc seing donné à Mamadou Tandja pour osé faire ce qu’il a fait

Et ces observateurs de rappeler que la phrase de De Gaulle qui dit qu « la France n’a pas d’amis mais que des intérêts » reste valable aujourd’hui. C’est encore plus vrai pour le cas du Niger à qui la France a fait les doux yeux, pour avoir le contrat du siècle avec le site uranifère d’Imouraren qui fera d’Areva, le puissant groupe industriel français, le leader mondial du nucléaire. Ce site qui produira d’ici quelques années, 5000 tonnes d’uranium par an, fera du Niger, le premier producteur africain d’uranium et le 2ème au niveau mondial. Areva déjà présent à Arlit avec la Cominak et la Somaïr a bataillé dur pour décrocher le contrat. Pour ce faire, il a fallu accepter les exigences de la partie nigérienne en ce qui concerne le renchérissement du prix de l’uranium et d’autres concessions.

Pour réussir son « coup », Mamadou Tandja a fait planer la menace de ne pas céder Imouraren à Areva mais à qui le voudra par le biais de sa politique de diversification des partenaires. Cela a fait peur à Areva et à la France qui voyait d’un mauvais oeil que la Chine ou d’autres industriels canadiens, indiens ou australiens lui soufflent le marché.

Pour réussir à arracher le gros lot, il fallait donc caresser Mamadou Tandja dans le sens du poil, surtout après la peur bleue qu’avait eu Areva après les difficiles négociations qui avaient eu lieu pour le renchérissement du prix de l’uranium et d’autres sujets graves comme l’expulsion de deux des cadres de ce groupe industriel, du territoire nigérien, pour complicité avec la rébellion du MNJ.

Tandja a été beaucoup courtisé par les français à commencé par le premier d’entre eux, le président Nicolas Sarkosy qui fera le déplacement de Niamey en compagnie de la présidente du directoire d’Areva, Mme Anne Lauvergeon.

Dans le cadre de l’accord qualifié de gagnant-gagnant par Mme Lauvergeon, la société créee pour la mise en valeur du gisement Imouraren, Areva s’en sort avec 66,7 % contre 33,3 % pour le Niger. C’est clair.

A la pose de la première pierre du méga projet d’Imouraren par le président Tandja, Anne Lauvergeon était en compagnie du ministre Alain Johandet. C’est tout dit.

On comprend dès lors pour quelles raisons, la France adopte la position qui est la sienne aujourd’hui. Entre une position tranchée pour défendre la démocratie et les droits de l’homme ici au Niger, elle a choisi ses intérêts : l’uranium d’Imouraren et autres sites. De toutes les façons dira-t-on là-bas, la démocratie n’est pas faite pour eux !

A.S 20 août 2009 Publié le 18 août 2009 Source : Le Démocrate

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6 Messages de forum

  • Ceux qui pouvaient penser que la France allait adopter une ligne dure n’ont rien compris au fonctionnement des Etats... TOUS les Etats se comportent de la même façon, dès lors que des intérêts commerciaux sont en jeu...

    On proteste pour la forme et faire plaisir au grand public (et il n’est pas impossible que ces "protestations" soient d’abord transmises directement au concerné..) et on envoie les copains (UE dans ce cas) pour les "sanctions"...

    Dans quelques temps tout rentrera dans l’ordre et on n’en parlera plus...

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  • Juste une réflexion, ne dites pas "les français", dites "le gouvernement français"... Je suis français résident au Maroc et j’essaie de développer avec des jeunes nigériens des centres de profits autour de l’e-business, pour et par les africains et je suis victime de cette amalgame assez proche d’un racisme anti-français. Ne faites pas endosser le lourd passé du colonialisme et de la françafrique à tous les français, nous ne sommes pas tous d’accord avec la politique de notre pays, ni n’avons pas donné tous nos voix à Sarko qui se rêve en roi ou en président à vie lui aussi. Il faut combattre le néo-colonialisme avec fermeté et aussi intelligence et ne soyez pas mannichéens. Vous êtes bien plus éclairés et éveillés que beaucoup de peuples dans le monde croyez moi. Vive le Niger et son peuple !

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    • Je suis nigerien et je suis entierement d’accord avec vous.Nos gouvernements ne representent pas en realite nos peuples.Il nous(nigeriens appartient de lutter pour le retour de la democratie et de l’Etat de droit qui sont a la base du developpement d’un pays.

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    • Bonjour, Ce n’est pas la France qui a choisit son camp, mais les dirigeants de ce pays. Oui, il faut que les médias et compagnies arrêtent cette amalgame qui ne peut que créer un racisme que se soit dans tous les pays du monde. Les guerres coloniales ou autres sont bien du fait des gens qui dirigent les pays. C’est bien une réalité que toute la population française n’a pas donné sa voix à l’avocat de service qui est fort bien payé pour être en formation. La population française comme toutes les populations de tous les pays (démocratiques ou pas) n’est pas décisionnaires. Le référendum pouvoir par excellence de la démocratie est très peu utilisé dans les pays dits "démocratiques" ou alors il est utilisé à la manière "tandja" dans un pays ou la population est à 90% analphabète, ou une très grande majorité ne possède pas de carte d’électeur et où l’argent distribué aux subordonnés permet un soi-disant OUI au tazartché ! Les journalistes savent l’importance des mots, ils savent le pouvoir que leur confère leur métier. Messieurs les journalistes ARRETEZ de nous faire porter les assassinats, les vols, les tortures et toutes les horreurs que les dirigeants usent et abusent au nom d’un pouvoir, d’un orgueil, d’un manque d’intelligence ... ARRETEZ de mettre tous les habitants d’un pays dans le même sac ! LES RESPONSABLES SONT CEUX QUI DIRIGENT !

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  • "Dans ces conditions, les français savent bien que même s’ils cautionnent le coup d’Etat du 4 août, ce qu’ils demandent aux Nigériens, surtout ceux de l’opposition majoritaire aujourd’hui, ne les intéressent pas : les élections législatives."

    Qu’en savez vous ? Vous pouvez raconter ça aux autres mais pas aux nigériens. le contraire de ce que vous dites a déjà commencé avec le départ de certains membres de cette opposition vers le pouvoir. combien d’années vous avez vecu au niger. bref l’histoire nous en dira plus. ne vous découragez pas quand même, continuez à écrire. Mais regardez là où vous mettez vous plumes.

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