Écrit par Sani Aboubacar (Bulletin d’information du ROTAB PCQVP Niger) Vendredi, 12 Mars 2010 09:28 Plus d’une centaine de cadres Chinois, qui s’étaient refugié dans leur représentation diplomatique de Niamey à la suite du coup d’Etat du 18 février dernier, ont finalement regagné leur domicile, avec le souhait exprimé par les autorités nigériennes de voir une reprise rapide des activités énergétiques, selon l’agence Xinhua. Ainsi, les activités sur les différents chantiers chinois ont repris depuis quelques jours, d’après un agent de la CNPC en mission dans l’extrême Est du Niger où la Chine détient le permis d’extraction du pétrole d’Agadem. Les Chinois détiennent aussi des permis miniers avec "la politique de revalorisation des ressources naturelles du Niger". La China National Uranium Corporation qui exploite l’uranium à Azelik entrera en phase de production en 2010 avec environ 700 tonnes/ an. En juin 2009, la Chine a accordé un prêt préférentiel de 98 millions de dollars américain pour stimuler ce projet dans lequel le Niger détient 33% des actions dans la société créée. Ce prêt est remboursable sur quinze (15) ans, avec 2% d’intérêts. Dans ce projet situé à Azelik où la société française Areva a aussi des projets miniers, la Chine a investi quelques 300 millions de dollars US. Concernant l’exploitation du pétrole d’Agadem, les Chinois ont entrepris la construction à Zinder d’une raffinerie dont les travaux ont commencé depuis juin 2009. Le coût de construction de cette usine est chiffré à un milliard de dollars dont 600 millions pour la construction de la raffinerie et entre 300 à 400 millions pour la construction de l’oléoduc. Mais selon certaines informations, ce coût aurait été dépassé. Au lieu de 600 millions, la raffinerie coûterait à elle seule un milliard de dollars. Nous avions voulu vérifier l’information au niveau de la société de la raffinerie de Zinder basée à Niamey. Malheureusement, notre questionnaire est resté sans suite.
A Niamey, les Chinois sont aussi présents sur d’importants chantiers dont la construction sur le fleuve d’un deuxième pont qui est très avancé, la construction de classes préfabriquées qui suscite une vive polémique. La présence chinoise au Niger a pris son envol avec la vague des permis miniers en 2007. Cependant, cette présence était déjà visible à partir de 2000 avec l’arrivée des médecins chinois qui ont envahi le marché de la pharmacopée traditionnelle. Du fait de cette situation, les autorités en place ne juraient que par le savoir faire des Chinois perçus comme les seuls vrais "amis du Niger" par le président déchu. En rappel, la présence des Chinois sur le continent africain a commencé à partir de 1990. Sur les 50 Etats que compte l’Afrique, la Chine entretient des relations bilatérales économiques avec 48 tendant à rattraper les Etats-Unis.
Troisième importateur de pétrole au monde en 2008 après les Etats-Unis et le Japon et probablement le 2ème en 2009, la Chine investit lourdement dans la production de ce produit énergétique. L’essentiel de ses importations en Afrique sont : le pétrole, les minéraux, le bois et diverses matières premières. Elle exporte essentiellement des produits manufacturés. En 10 ans, le montant du commerce sinoafricain a été multiplié par 20. Il est passé de cinq milliards de dollars en 1995 à environ 100 milliards en 2008, indique-t-on. Les Chinois accordent une aide technologique sans conditions aux politiques : pas besoin d’une transparence démocratique ou d’un contrôle de l’utilisation des fonds. En dépit de la rentabilité économique visible, la présence chinoise en Afrique en général et au Niger en particulier n’est pas toujours perçue d’un bon oeil par les populations.
En témoignent les arrêts de travail enregistrés sur les différents chantiers pilotés par les Chinois. A cela s’ajoute le manque d’étude d’impact environnemental sérieux sur les différents chantiers. Celle effectuée par rapport à la raffinerie de Zinder aurait même été rejetée, selon certaines sources. Avec le changement brusque intervenu à la tête de l’Etat du Niger, la succession de l’ex-parrain des chinois pourrait peser sur leurs différents projets miniers. Surtout quand on sait les conditions opaques qui ont entouré l’attribution des permis miniers et pétroliers.