La nécessité pour les Etats africains de consacrer plus de ressources financières à l’ agriculture, notamment à la riziculture, afin d’atteindre la souveraineté alimentaire, a été soulignée lors du Congrès du riz en Afrique qui a pris fin vendredi à Bamako après cinq jours de travaux.
Pour ce faire, l’adoption d’un Plan Marshall a été préconisée par ce congrès, organisé par Africa Rice et qui a réuni près de 400 participants venant de 46 pays.
Le secrétaire d’Etat malien chargé du développement de la zone intégrée de l’Office du Niger, Abou Sow, a estimé qu’un tel plan " permettra à nos Etats d’investir les 4 milliards de dollars d’ importation du riz dans d’autres secteurs de développement".
Pour le directeur d’Africa Rice, Pape Abdoulaye Seck, "il n’y a pas un million de solutions à proposer. Nous avons démontré qu’en augmentant les superficies actuelles de 15 %, sans déforestation du reste, et en utilisant les technologies disponibles telle que le Nerica (New rice of africa), variété de riz créée par Africa Rice, l’Afrique va s’autosuffire et exporter".
Pour atteindre cet objectif, il faut aussi mieux maîtriser les rouages de l’économie du riz, sa commercialisation, sa qualité et son coût, car le riz importé coûte parfois moins cher que le riz local, ont indiqué les spécialistes.
Dans leurs résolutions, les participants ont souhaité un partenariat durable entre Africa Rice et les organisations paysannes. Ils ont également souhaité que le programme d’activités "genre" d’Africa Rice soit élargi pour prendre en compte la filière "transformation et commercialisation".
" Il nous faut opter pour une discrimination positive pour les femmes qui jouent un rôle essentiel en matière de production et de commercialisation", a promis le directeur général d’Africa Rice, M. Seck.
Le riz est une culture stratégique pour le continent. Mais malgré son énorme potentiel, l’Afrique continue d’importer 40% de sa consommation en riz, soit le tiers du riz vendu sur les marchés mondiaux.
Selon les experts d’Africa Rice, les pays sahéliens de l’ Afrique de l’ouest ont enregistré une hausse de 4,5 % par an de la consommation de riz de 1961 à 2006 alors que la production n’a pas évolué.
Le fossé entre l’offre et la demande en riz de l’Afrique impose aux gouvernements de grosses factures dans l’importation. Ils ont ainsi investi 4 à 5 milliards de dollars en 2008.
L’Afrique demeure le seul continent recelant encore de "très grandes potentialités rizicoles", mais elle a des problèmes à les mettre en valeur. Des efforts ont commencé à être faits et des programmes qui ont relativement porté des fruits, selon les participants.
Ainsi, relèvent-ils, les pays sahéliens de l’Afrique de l’ouest ont enregistré une forte croissance de leur production rizicole totalisant 44 % de la quantité consommée en 2007-2008. Pour la campagne agricole, la FAO projette une croissance à deux chiffres de la production de plusieurs pays : Gambie (79 %), Mozambique (40% ), Bénin (34 %), Sénégal (24 %), Mali (21 %), Ghana (20 %) et Burkina Faso (15 %).
Les experts soulignent que des mesures audacieuses, comme les subventions pour les semences et les intrants, ont été cruciales pour le succès de ces programmes, ainsi que le soutien des partenaires au développement.
"C’est cela qui va assurer l’autosuffisance alimentaire et permettre à l’Afrique d’amorcer une révolution verte", a déclaré l’ ambassadeur du Japon à la cérémonie d’ouverture.
Avec une expertise de plus de deux millénaires, le riz a toujours été une culture importante pour des pays asiatiques comme le Japon et la Chine. D’ailleurs, le Mali a récemment expérimenté des techniques et des variétés chinoises pour améliorer sa production dans la périphérie de la capitale.
Pour leur part, les producteurs souhaitent une utilisation judicieuse de l’aide des partenaires au développement. "Nous ne voulons plus que l’aide serve à payer des perdiems, à acheter des véhicules 4 X 4 ou à payer de gros de salaires", a affirmé Mme Amy Cissé, responsable d’association de paysannes.
"L’agriculture africaine, notamment le secteur rizicole, ne doit pas se construire uniquement sur la coopération ou des investissements privés. Ceux qui viennent pour la coopération sont d’abord là pour leurs intérêts. Celui qui tient ton ventre, tient aussi ta dignité", a renchéri M. Mamadou Cissokho, président d’ honneur du Réseau des organisations paysannes et agricoles du Sénégal (ROPAS).
Les participants ont souligné également la nécessité d’ organiser la commercialisation du riz. "Les paysans sont capables de produire plus que les besoins de l’Afrique. Mais, il ne s’agit pas de produire, il faut aussi un marché. Il faut donc que la vente dégage des bénéfices pour permettre aux producteurs de vivre ", a souligné Moussa Sidi Mohamed.
Ce producteur de riz dans le nord du Mali conseille la production d’un riz de qualité, la protection du marché à défaut de subventions.
"Nous avons le devoir de structurer ce marché, donc de soutenir notre agriculture. Si on n’a pas de propositions concrètes à faire aux jeunes ruraux dans ce sens, ils vont abandonner leurs champs. Et s’ils les abandonnent, c’est le chaos. Et pour qu’ils restent dans les villages, il faut aussi qu’ils vivent bien de leur travail. Le vrai défi est là", conclut ce paysan lettré et engagé.
Le Premier ministre du Mali, Modibo Sidibé, a exprimé le même avis. "Si les paysans sont encouragés, soutenus par des subventions, encadrés comme il faut et dotés des semences nécessaires, la production peut être multipliée pour être à la hauteur des besoins du continent".
M. Seck d’Africa Rice a estimé enfin que "les recommandations de ce congrès doivent nous permettre de faire un pas important afin de transformer la hausse des prix du riz en une opportunité pour l’Afrique de produire assez pour elle, et pour le monde".