Sorti de sa garde à vue en avril dernier en toute discrétion, le leader du mouvement autoproclamé « Gandaïso » (fils du terroir), Amadou Diallo ne veut pas reculer dans le conflit ethnico-tribalistique qu’il a déclenché en septembre dernier contre la communauté touareg dans la commune de Fafa, cercle d’Ansongo. Pire, il donne l’impression d’avoir convenu un deal avec l’Etat malien, qui à ses yeux n’a pas respecté scrupuleusement sa part du contrat.
Dans un pays souverain, c’est l’armée qui a le devoir républicain et régalien de veiller à la sécurité des populations. Pour cela, il ne devrait y avoir aucune immixtion de la part d’un groupe ou d’une ethnie dans cette mission de nos forces armées et de sécurité. D’ailleurs, une manifestation similaire doit être prise comme une contestation de l’autorité de l’Etat, une rébellion et traitée comme telle. Voilà le principe sacro-saint de la sécurité dans un Etat républicain qui a été mis en mal en septembre dernier par le sergent chef Amadou Diallo, en poste aux Entrepôts maliens au Sénégal (EMASE), lequel en abandon de poste, est venu mettre sur pied dans son Fafa natal à Ansongo, une milice, un mouvement d’autodéfense contre, disait-il, les exactions, et les vols d’animaux dont étaient victimes les membres de sa communauté (les Peulhs) de la part des Touareg dans ladite localité. Il n’en fallait pas tant pour déclencher un conflit ouvert entre les deux communautés (peulhs et touaregs) qui jusqu’ici demeure sans solution.
Le leader du mouvement « Gandaïso », Amadou Diallo, qui avait entre-temps été mis aux arrêts au Niger, puis extradé au Mali, où il a passé 8 mois en garde à vue à la Sécurité d’Etat, peut être considéré comme le principal responsable de ce conflit qui a pris des allures plus importantes, car, c’est désormais dans une terreur et une profonde méfiance que vivent non pas seulement Peuhls et Touareg de la seule commune de Fafa, mais de tout le cercle d’Ansongo, voire de toute la région de Gao. De tels conflits intercommunautaires ont toujours existé à travers le pays, où on peut arriver à l’affrontement, mais le pire qu’on a toujours évité c’est de permettre à ces communautés de s’organiser en mouvements d’autodéfense pour se faire soi-même justice. Car, la sécurité des populations ne saurait être du ressort d’une ethnie ou d’une communauté, mais de l’Etat, c’est-à-dire les forces armées et de sécurité. Et toute tentative doit être prise comme telle et matée. Voilà pourquoi il fallait mettre fin à l’existence de ce mouvement « Gandaïso » à travers l’arrestation de son chef.
Mais le chef de cette « milice », après avoir purgé 8 mois dans les liens de la prison, n’est pas prêt à démordre. Dans une sortie médiatique des plus compromettantes, il menace de reprendre le maquis, et semble accuser l’Etat de ne pas respecter les clauses d’un deal. Tout est dit comme s’il y avait eu un contrat, un accord signé entre les deux parties pendant un moment. Quand le leader de « Gandaïso » dit ceci : « Depuis deux mois que j’ai recouvré ma liberté, les combattants attendent. L’Etat ne me dit rien. Il n’y a aucune négociation ouverte. Le temps passe, les combattants s’impatientent. Je ne comprends pas le mutisme de l’Etat. Je ne comprends pas l’indifférence du pouvoir. Je ne comprends pas ce que veut l’Etat. C’est pourquoi, je répète que si l’Etat ne veut pas la paix, nous sommes prêts pour la guerre. Il ne peut pas y avoir des Maliens de première zone et d’autres de seconde zone. Moi, je n’ai pas demandé de flamme de la paix. Le préalable pour moi, c’est l’ouverture rapide des négociations. Nous ne demandons pas de chasser les étoiles ou de boire la mer. Nous voulons tout simplement une reconnaissance comme on l’avait fait pour les Fagaga et autres qui ont réintégré l’armée avec la grande tolérance qui caractérise le peuple malien. Nous ne saurons accepter dans le même pays une politique de deux poids, deux mesures. Nous avons besoin d’un Etat juste et non complaisant » !
Voilà un discours indiquant qu’il y a un accord entre le mouvement « Gandaïso » et l’Etat malien, sinon Amadou Diallo n’est pas fou pour demander l’ouverture des négociations. De quelles négociations parle-t-il ? Mais l’on peut comprendre le sens du discours à en juger par les conditions de la libération de l’homme lui-même. En effet, le leader du mouvement « Gandaïso » a été secrètement libéré en avril dernier sans que personne n’en soit informé, alors que son arrestation avait été fortement médiatisée. L’on peut de là s’interroger sur ce dont les deux parties sont convenues pour que deux mois après sa sortie de prison, Amadou Diallo se mette à réclamer l’ouverture des négociations et une reconnaissance de son mouvement. Histoire, dit-il, d’obtenir une intégration des éléments de sa bande dans les rangs des forces armées et de sécurité. Tout se passe comme si, en plus de sa prétendue vocation de sécuriser les Peuhls, le mouvement a été créé pour servir ses éléments qui devront par ce chemin intégrer les rangs de l’armée, tout comme on a eu à le faire avec les Fagaga et autres Bahanga. Donc, l’on peut conclure que les mouvements rebelles sont créés au Nord pour ouvrir une porte aux combattants, lesquels se voient ainsi recrutés dans les rangs de l’armée. Et si c’est comme ça que les choses sont conçues, n’y a-t-il pas lieu pour l’Etat de changer de stratégie ? Car négocier sur de telles bases avec des hors-la-loi du pays ne fera qu’aggraver la situation. Il est clair que si c’est comme ça que les choses doivent se négocier, on ne pourra pas mettre fin à la pratique, et c’est tout le pays qui risque de connaître cs genres de « rébellions armées », puisque partout, tous les désoeuvrés se verront aussi droit aux rangs de nos forces armées, pour s’ouvrir à un emploi au sein de l’armée.
Abdoulaye Diakité