A l’horizon 2100, on pourrait assister à une diminution de la pluviométrie de plus de 10% dans notre pays, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent avec la même intensité dans le monde. Cela se traduirait par un déplacement des zones de pluies vers le sud et une hausse de la température de plus de 2°C, selon la Direction Nationale de la Météorologie au Mali.
Les météorologues précisent que les moyennes pluviométriques annuelles de la période 1951-1970, comparées à celles de la période 1971-2000, indiquent une chute de 19% pour Sikasso au sud et de 26% pour Tessalit au Nord du Mali. Le pays est extrêmement dépendant de l’agriculture et de l’élevage qui emploient 83% de la population et contribuent à environ la moitié du PNB, d’où sa vulnérabilité particulière face aux impacts du changement climatique.
Certaines espèces végétales sont en voie de disparition, cela témoigne du risque de réduction de la productivité agricole et par conséquent, de la menace pour la sécurité alimentaire. Le renforcement du caractère imprévisible des hivernages est confirmé par l’augmentation de la variabilité interannuelle des pluies. Les migrations temporaires ou permanentes des populations figurent parmi les stratégies d’adaptation de plus en plus répandues face à l’augmentation de la fréquence des épisodes de sécheresse.
En dépit de la non convergence de l’ensemble des modèles prédictifs vers les mêmes prévisions climatiques pour le Sahel, ils sont unanimes que les événements climatiques extrêmes telles les inondations, les pluies violentes et les sécheresses, seront à l’avenir fréquent.
La connaissance de ces risques d’adaptation pour éviter d’énormes menaces aux infrastructures productives et sociales, le sol, les récoltes, et infine la sécurité alimentaire et économique des populations. La santé sera également touchée si les inondations deviennent plus fréquentes (maladies diarrhéiques, paludisme...).
L’ENERGIE MALIENNE
80% de l’électricité malienne est d’origine hydro-électrique. Les années de déficit pluviométrique affectent déjà la satisfaction des besoins électriques connus. L’augmentation de la demande combinée à la prévision d’une diminution tendancielle des précipitations sont des éléments dont il faudra tenir compte dans la planification sectorielle de l’énergie.
LES STRATEGIES D’ADAPTATION
Les maliens sont confrontés depuis longtemps à un climat adverse et imprévisible et ont développé de longue date de nombreux mécanismes traditionnels d’adaptation qu’il conviendra de valoriser pour améliorer les chances d’appropriation par les communautés locales.
Le Programme d’Action National pour l’Adaptation aux effets néfastes des changements climatiques (PANA 2007), a été élaboré sous la tutelle de la Direction Nationale de la Météorologie (DNM), en partenariat avec les services techniques officiels, les ONG, la recherche, la société civile et les communautés rurales. Ce programme identifie l’agriculture et la santé comme les secteurs les plus vulnérables, suivis par la pêche, l’énergie et les ressources en eau.
En particulier, 19 projets d’adaptation ont été identifiés dont on peut citer, à titre indicatif : la vulgarisation d’espèces animales et végétales plus tolérantes à la sécheresse, la petite irrigation et l’aménagement des bas fonds, la sensibilisation et la gestion des ressources naturelles, l’agroforesterie, les banques de céréales, etc.
Outre les mesures d’adaptation, il y a les mesures d’atténuation du changement climatique sur des zones ou sur des sociétés déterminées, mais de s’attaquer aux causes qui accélèrent brutalement le changement climatique. Notre pays figure parmi les pays très faiblement émetteurs de CO2 : O,25 tonne par habitant, contre 4,22 tonnes la moyenne mondiale.
En conséquence, il est incompréhensible que ses efforts se portent en premier lieu sur les mesures d’adaptation. Dans le contexte malien, quelle que soit la nature d’un projet d’atténuation, il se devra de dégager des bénéfices avérés en matière de développement. Citons par exemple l’électrification rurale et le pompage d’eau potable grâce aux panneaux solaires, les programmes de boisement ou de reboisement qui, par ailleurs contribuent à la conservation des sols et s’inscrivent dans les stratégies d’adaptation au changement climatique.
Le développement de la capacité du Mali à pouvoir rendre compte des volumes de carbone durablement séquestrés dans les ressources ligneuses devrait lui permettre d’envisager de mieux exploiter les opportunités qui sont et seront offertes dans les nouvelles économies du carbone. Le système d’information forestier : SIFOR, hébergé à la Direction Nationale des Eaux et Forêts est appelé à jouer un rôle majeur en la matière.
Enfin, compte tenu des incertitudes liées aux impacts du changement climatique, une première étape incontournable pour le pilotage d’une véritable politique en matière de changement climatique serait le renforcement des capacités des institutions maliennes, de la recherche, des ONG pour l’intégration du changement climatique dans leurs activités et la constitution de réseaux de partages d’informations.
Amadou KONATE
Source : Union Européenne