A quelques jours de la Tabaski, les prix du bois de chauffe n’ont jamais été aussi élevés dans la commune urbaine d’Agadez, en proie depuis deux ans au marasme économique. Nombre de ménagères sont au désespoir et ne savent plus à quel saint se vouer. Il est à peine 7h sur le marché du bois de la commune urbaine d’Agadez, situé à l’ouest de route menant à Tahoua. Un vent frais souffle au ras du sol alors qu’un voile de poussière grise couvre le ciel naissant. Quelques clients, en majorité des femmes, se bousculent pour se procurer le bois de chauffe qui leur servira à griller le mouton de la Tabaski. Personne n’a le coeur à la fête.
Amina, jeune ménagère du quartier Amarewat, connaît bien l’endroit. C’est une fidèle cliente de Bilal, un revendeur connu pour son sourire et sa bonté. Amina y vient chaque fin de mois acheter le bois sec dont elle a besoin pour le foyer. Aujourd’hui, le visage de la jeune ménagère marque une grande déception. Manifestement, l’augmentation du prix du bois constatée depuis les deux dernières semaines lui fait mal. « Normalement, j’achète pour 4000 Francs de bois par mois, explique-t-elle d’un air triste. J’en ai habituellement assez pour finir le mois. Mais aujourd’hui, la quantité n’est plus la même pour le même prix, je ne crois pas que ça m’amène jusqu’à la fin du mois. » Juste à côté, Abdallah, un fonctionnaire, hésite longuement avant d’acheter. « Je ne vois pas comment nous allons griller nos moutons cette année, s’inquiète le pauvre agent de l’Etat. Comment comprendre qu’avec 5000FCFA, on ne puisse pas avoir du bois en quantité suffisante pour la grillade ? »
Les causes de cette flambée des prix du bois ? Les avis sont partagés, selon qu’on parle aux clients ou aux revendeurs. « Ils sont nombreux ces vendeurs qui attendent la Tabaski pour s’enrichir car ils savent qu’on a pas le choix », peste un client reparti bredouille. « Faux ! rétorque un revendeur, expliquant que l’augmentation des prix est la conséquence des difficultés d’approvisionnement liées à l’insécurité et à l’éloignement de la ressource, de même qu’à la forte demande. Etant une zone entièrement désertique, la commune d’Agadez connaît, même en temps de paix, un grave problème d’approvisionnement en bois de chauffe. Il faut aller de plus en plus loin. Les commerçants doivent maintenant se rendre jusque dans le Tadress, plus particulièrement dans les campements de Bikaro – à quelque 200 Km d’Agadez –, d’Amataltal à 130 Km, voire même dans la commune de Dakoro située dans la région de Maradi, à plus de 300 Km de la capitale de l’Aïr. Le transport est effectué à l’aide de camions gros porteurs. « Nous devons débourser plus de 400.000FCFA pour louer un véhicule et environ 150 000FCFA pour acheter le bois aux habitants du coin, explique Ahmed Idiwane, spécialisé dans le commerce du bois. Au retour, on doit payer 9000FCFA de taxes au service de l’Environnement pour les véhicules de 10 tonnes. A l’arrivée, les percepteurs municipaux nous demandent 2500 francs de taxes par voyage. Pas étonnant que le bois soit cher ! »
L’insécurité qui sévit dans la région a pour effet de réduire considérablement les déplacements des camions qui, naguère, ramèneraient de la brousse d’importantes quantités de bois. « Nous avons peur de sauter sur une mine ou d’être attaqués par des bandits armés, lance un chauffeur qui parcourait auparavant régulièrement la centaine de kilomètres séparant le village de Tamazalak d’Agadez. En octobre dernier, un ami a sauté sur une mine, qui a tué ses deux apprentis et même d’autres personnes. » Comme le bois de chauffe est la principale source d’énergie pour plus de 90% des foyers d’Agadez, que faire pour alléger les souffrances de pauvres ménagères ? A cette question, les Agadéziens ont tous la même réponse : « La paix, disent-ils en choeur. Seule l’arrêt des violences pourra faire que les activités reprennent et que les prix baissent ! »
David YACOUBA
Réalisé dans le cadre du projet d’appui à la presse écrite nigérienne, grâce au Fonds canadien d’initiatives locales de l’ambassade du Canada.