Le Mali n’est ni un pays producteur de drogue, ni un pays arrière d’Al-Qaeda. Mais sa réputation a été traînée dans la boue par la communauté internationale. Du moins, depuis que l’ex-GSPC d’Algérie, rebaptisé Al-Qaeda au Magrheb (AQMI), a pris pied dans le nord du Mali. Avec, à la clé, ses prises d’otages. Mais surtout, le trafic de drogue en provenance d’Amérique latine.
Du coup le Mali se retrouve, à son corps défendant, au ban de la communauté internationale. Inscrit sur la liste des « pays à risque », le Mali risque de perdre toute crédibilité. Si des mesures vigoureuses ne sont pas prises, par nos autorités, pour bouter AQMI hors de nos frontières. Et, par ricochet, ramener la sécurité dans le septentrion malien.
« Le Mali est un pays sécurisé, un pays plus sécurisé que certaines banlieues de la France ! », disait N’Diaye Bah, le ministre malien du Tourisme, après que le Quai d’Orsay ait déconseillé aux ressortissants français de s’aventurer dans le nord malien, considéré comme une « zone à risque ». C’était au lendemain de l’enlèvement d’un ressortissant français, par des inconnus, à Ménaka, localité de Gao, située à 1500km au nord-est de Bamako.
Comme gage de sécurité, les autorités maliennes citent les patrouilles militaires qui ratissent le nord du Mali. De jour comme de nuit. Mais surtout, l’aide militaire accordé par l’Oncle Sam au Mali. A la formation des soldats maliens s’ajoute l’aide militaire, de plus en plus, importante. Le 20 octobre 2009, le Mali a reçu de l’administration Obama plus de 4 millions de dollars de matériel militaire. Il s’agit, entre autres, de 37 pick-ups Land Cuiser, du matériel de communication, des pièces de rechange et des uniformes militaires. L’aide budgétaire américaine, en faveur de l’Afrique subsaharienne, pourrait augmenter de 300%, passant de 8,2 à 25,5 millions de dollars. Mais pour quels résultats ? En dépit de ces aides militaires, le nord du Mali est loin d’être un havre de paix. La bande Sahélo-saharienne, aussi.
Commune à six pays (Mali, Mauritanie, Niger, Algérie, Burkina Faso, Tchad), elle est devenue le terrain de chasse d’Al-Qaeda au Magrheb. Avec ses prises d’otages, mais surtout, son trafic de drogue. Comme en témoignent les récents évènements, qui ont défrayé la chronique.
LE NORD-MALI : NOUVELLE PLAQUE TOURNANTE DE LA DROGUE ?
En novembre 2009, la carcasse d’un Boeing 727 a été découverte à Tarkint, localité située à 150 km au nord de Gao. Arrivé d’Amérique latine, avec à son bord plusieurs tonnes de drogue, le vieux coucou a été incendié. Après avoir été vidé de sa précieuse « marchandise ». Notamment, plusieurs tonnes de cocaïne, qui auraient été transférés à bord de véhicules. Destination : le Niger.
Aussi le 25 janvier dernier, un autre avion, bourré de drogue aurait, selon notre confrère algérien, « Liberté », atterri à Léré, dans le nord malien. Ouvertes, les enquêtes ont du mal à se refermer sur les auteurs de ce trafic.
A ce trafic de drogue, s’ajoutent les prises d’otages, devenues non seulement un moyen de pression ; mais aussi, la principale source de revenus d’AQMI. En réalité, le retour de la paix et de la sécurité dans le septentrion malien n’est pas pour demain.
LE NORD MALIEN, AU CŒUR D’UN ENJEU ECONOMIQUE MAJEUR.
Riche en uranium, en or, en pétrole et en gaz, la bande Sahélo-saharienne est au cœur de toutes les convoitises. Mais aussi, de tous les enjeux. Surtout, sécuritaires. D’un côté, Al-Qaeda au Magrheb tente de renforcer sa présence dans le nord malien, en soudoyant les populations locales, à travers des dons en nourritures, en argent et en d’autres services. Qui ont permis à AQMI de s’attacher la sympathie des populations. Et, de l’autre, la volonté d’Alger de contrôler cette zone, riche en ressources naturelles.
Selon Alain Rodier, ancien officier supérieur des services de renseignement français, la plupart des chefs d’AQMI sont des Agents du Département du Renseignement de la Sécurité algérienne (DRS). A commencer par l’ancien chef du GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat) algérien, rebaptisé AQMI : Amari Saïf, alias El-Para. Ancien officier des forces spéciales algériennes, il aurait rejoint les rangs du GIA( Groupe Islamique Armé) algérien en 1992. Du moins, officiellement. Mais deux ans plus tard, El-Para aurait été entraîné, de 1994 à 1997, par les bérets verts américains à Fort Bragg. Promu capitaine, à son retour en Algérie, il aurait de nouveau déserté les rangs de l’armée pour contribuer à la médiatisation du GSPC.
Mais pour Jeremy Keenan, anthropologue britannique, El-Para n’a pour autant jamais cessé de rouler pour le DRS (services secrets algériens). Ses opérations, sous couverture, vise selon lui un double objectifs : « permettre à Alger de resserrer les liens avec les Etats-Unis, dans le cadre de sa guerre contre le terrorisme post-11septembre, tout en offrant à Washington l’occasion d’amorcer son contrôle militaire du Sahel ».
Alain Rodier, l’ancien officier supérieur du renseignement français d’ajouter : « La théorie du complot, qui prétend que les services algériens, et en particulier le DRS, sont derrière AQMI n’est pas nouvelle. Il suffit de voir la polémique qui entoure l’affaire des moines de Tibéhirine pour s’en convaincre ». Du coup les incessantes attaques, dont le Mali et son Président font l’objet dans la presse algérienne, apparaissent comme un écran de fumée visant à masquer son rôle, et ses motivations, dans l’insécurité qui règne au nord du Mali. Et, partant, dans toute la bande Sahélo-saharienne.
Aussi, la présence d’AQMI au nord- Mali, mais aussi, sur la bande Sahélo-saharienne permet aux puissances occidentales de déployer leurs forces sur cette zone, dont les richesses naturelles aiguisent bien d’appétits. « Il est tout à fait normal que les services algériens tentent- et aient tenté- de pénétrer les mouvements islamistes radicaux, afin de les combattre. Cela fait partie de leur mission. Par contre, ce n’est pas pour autant qu’ils maîtrisent la situation en « pilotant » des groupes extrémistes. Très souvent, leurs Agents recrutés pour des objectifs fixés sont, totalement, incontrôlables, d’où les dérapages qui sont le lot de la guerre secrète », précise Alain Rodier. Selon lui, plusieurs groupes armés écument la bande Sahélo-saharienne, dont deux principaux : la 9e région d’AQMI, dirigée par Yahia Djouadi et le groupe de Mokhtar Belmokthar, dont le but est de tirer le maximum de revenus de cette insécurité. Notamment, à travers les prises d’otages.
L’insécurité, au nord du Mali et, dans la bande Sahélo- saharienne en générale, continue de profiter à l’Algérie. Mais aussi, aux puissances occidentales qui gardent un œil jaloux sur les ressources naturelles de cette zone. « L’Algérie fera semblant de considérer que c’est un problème spécifique au Sahel et que ce n’est pas la conséquence de sa propre création. Et, pendant ce temps, des nations européennes, telles que la France et l’Espagne via ses compagnies pétrolières Repsol et Cepsa, utiliseront ce prétexte pour prendre un peu plus la main, militairement parlant, sur le Sahel. Et, principalement, dans les zones minières », analyse dans le Foreign Policy Jeremy Keenan. Qui se demande si, les puissances occidentales, épaulées par les services secrets algériens et certains barons du nord -Mali, n’ont pas contribué à pérenniser, à dessein, l’insécurité dans la bande Sahélo -saharienne.
Le Mollah Omar