L’année 2010 coïncide avec le cinquantenaire des indépendances de 17 pays africains : le Togo, le Mali, le Sénégal, le Madagascar, la République démocratique du le Congo, la Somalie, le Bénin, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Tchad, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, le Nigeria et la Mauritanie. Des indépendances qui avaient suscité beaucoup d’espoirs de la part des peuples exsangues au sortir des siècles d’esclavagisme et des décennies de colonisation. 50 ans plus tard, l’Afrique semble entrée dans l’histoire à reculons. Certains dirigeants politiques qui se sont substitués aux colons, ont même fait pire en détruisant ou en laissant mourir les quelques réalisations de la colonisation comme des routes, des hôpitaux, des écoles etc. En privilégiant leurs propres intérêts au détriment de ceux de leurs concitoyens ils n’ont fait que perpétuer la colonisation.
Aujourd’hui, sur la question de la modernisation des infrastructures, exceptés quelques pays comme l’Afrique du Sud, la Tunisie, l’Ile Maurice, la plupart de pays africains peinent à s’arrimer à la modernité malgré des potentialités économiques énormes de certains d’entre eux. Un autre indicateur : le PIB (produit intérieur brut par habitant). Parmi les 100 pays les mieux classés, on retrouve 11 pays africains : la Guinée Équatoriale, les Seychelles, le Botswana, l’Ile Maurice, l’Afrique du Sud, la Libye, la Tunisie, la Namibie, l’Algérie, le Gabon, le Cap Vert. Tout en bas de ce classement, on retrouve 20 qui ferment la marche et ils sont au total 35 parmi les 50 derniers. Même des pays jadis prospères, tels que la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Zimbabwe sont dans ce groupe. Outre de mauvais choix politiques et économiques, des sommes faramineuses ont été, et sont encore, dépensées pour conserver le pouvoir. Divergences idéologiques et ambitions personnelles ont fini par générer troubles, sécessions, rébellions. La guerre froide aidant, les USA et l’URSS en ont profité pour asseoir leur hégémonie en soutenant des dirigeants à leur solde qui ont bâillonné la démocratie et refusé le multipartisme avec l’instauration des partis uniques. Cela allait aussi avec des privilèges accordés aux barons de ces régimes autocratiques pour s’assurer d’un long règne. Une fois les libertés individuelles bâillonnées, les droits civils bafoués, c’était la voie ouverte au culte aux « dirigeants éclairés », « guides de la révolution », « présidents fondateurs », « présidents à vie », « pères de la Nation ».
Mais, dans la foulée du discours de la Baule de François Mitterrand et de la chute du Mur de Berlin, la roue de l’histoire a commencé à tourner d’où la tenue des conférences nationales dites souveraines et l’instauration, ou la restauration pour certains pays, du multipartisme. Il faut dire que cette expérience a connu des fortunes diverses.
Gabegie persistante et népotisme naissant
Au moment où, partout ailleurs, le mandat est limité au plus à deux ans, on trouve en Afrique des présidents qui ont totalisé entre 20 et plus de 40 ans de pouvoir. Le cas de Kadhafi est éloquent : à son accession au pouvoir, Barack Obama n’avait que 8 ans. À ce phénomène est venu s’ajouter celui des fils qui succèdent aux pères, c’est le cas de Faure Gnassingbé, Joseph Kabila, Ali Ben Bongo et d’autres fils de présidents sur le starting-block pour remplacer leurs géniteurs : les fils Kadhafi, Moubarak, Bozize, Obiang Nguema, Wade etc.
Sur le plan économique, l’Afrique ne s’est pas départie de la tutelle coloniale car son économie est restée de rente et extravertie. Exportateurs des matières premières, les pays africains sont tributaires des cours de ces produits dont les prix sont fixés par les acheteurs. À l’inverse, ceux-ci subventionnent leurs produits rendant ainsi les prix des produits africains non-concurrentiels. Sans compter ces pays dont les économies dépendent d’un ou de deux produits : l’Algérie avec le pétrole et le gaz, le Nigeria avec le pétrole, la RDC avec le diamant, le cuivre et le bois ; l’Angola : le pétrole et le diamant, le Congo Brazzaville : le pétrole et le bois, etc. Malheureusement quand les prix de ces produits flambent, ces pays n’en profitent pas pour diversifier leurs sources des recettes comme les industries de transformation des produits locaux. Le secteur agricole est l’un de ceux qui en pâtissent le plus. Ainsi, des pays ou des régions qui étaient des greniers agricoles importent aujourd’hui des produits agricoles. Ajouter à tout cela le retard considérable dans le transfert des technologiques à l’instar des pays d’Asie, cela fait que l’Afrique ne participe qu’à 1% des échanges commerciaux dans le monde.
Une des conséquences de ces mauvais choix est l’énorme dette qui plombe les économies africaines et qui les mettent à la merci des institutions de Bretton Wood avec ses injonctions sous forme de « Programme d’ajustement structurel » imposé systématiquement. Résultat : privatisations à tout va, licenciements dans les services publics, réduction des budgets pour des programmes sociaux et pour l’éducation ; etc. Face aux critiques et au désordre social et politique qui en découlaient, ces institutions sont passées à « l’initiative pour les Pays pauvres très endettés » (PPTE) avec la remise de la dette conditionnée à l’application des programmes d’austérité. Au moment où les pays d’Asie et des Amériques sortent de ce carcan, les pays africains continuent à s’engluer dans ce mécanisme combien ambigu. L’instabilité politique, couplée à de mauvais choix économiques, fait de l’Afrique un continent pauvre et fragile : taux de mortalité élevé, chômage, analphabétisme, faible taux de couverture médicale, peu d’accès à l’eau et à l’électricité, faible espérance de vie, etc. Ce tableau justifie, en partie, l’afflux des Africains vers l’Europe et l’Outre-mer quelquefois au péril de leurs vies.
Des clés pour s’en sortir
Il ressort que 50 ans après, l’Afrique n’est pas maître de son destin, son avenir se décide à l’étranger et elle continue à dépendre de l’assistance de la communauté internationale alors qu’elle est une grande pourvoyeuse des matières premières. 50 ans après, les dirigeants africains ont montré leur incapacité à mener les populations vers la prospérité et le bien-être. À contrario, ils ont provoqué des guerres à répétition et des coups d’État.
50 ans après, l’Afrique aurait dû s’affranchir de la tutelle des grandes puissances comme certains pays d’Asie et de l’Amérique du Sud. Cet anniversaire, fort en symboles, doit interpeller les dirigeants africains et leur permettre d’ouvrir des perspectives nouvelles pour la relance du continent. Pour ce faire, il est grand temps de considérer le pouvoir comme un mandat émanant du seul souverain primaire, le peuple qui le délégué à travers des élections libres, transparentes et démocratiques. À l’ère de la mondialisation, les pays africains ne retrouveront (trouveront) leurs places dans le concert des nations que lorsqu’ils se mettront au diapason des États modernes respectueux de la démocratie, de la bonne gouvernance, des lois établies et des droits humains. |Herman Bangi Bayo (AEM)
lundi 26 avril 2010 Herman Bangi Bayo(AEM)